Enquête : Les discriminations au travail touchent plus d’un jeune sur trois

EMPLOI Cette catégorie de population est à la fois « surexposée » au harcèlement discriminatoire et plus consciente de ce dernier, selon les auteurs de l’enquête

20 Minutes avec agences
— 
Un jeune dans une antenne Pole emploi (illustration).
Un jeune dans une antenne Pole emploi (illustration). — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Plus d’un jeune de 18 à 34 ans sur trois (37 %) déclare avoir vécu une situation de discrimination ou de harcèlement discriminatoire dans le cadre de sa recherche d’emploi ou de sa carrière. Voici le bilan inquiétant   d'une enquête du Défenseur des droits et de l’Organisation internationale du travail (OIT) publiée mardi.

Par comparaison, 23 % des personnes actives en France métropolitaine ont déclaré avoir été victimes de discrimination ou de harcèlement discriminatoire dans l’emploi en 2020. Les jeunes sont à la fois « surexposés » aux discriminations et plus conscients de ces dernières, analysent donc les auteurs. Près d’un jeune sur cinq (18 %) dit y avoir été confronté à plusieurs reprises.



Les jeunes « davantage conscients de l’ampleur des discriminations en France »

Les critères de discriminations les plus cités sont le sexe (27 % des jeunes ayant déclaré une discrimination ou un harcèlement discriminatoire), l’âge (23 %), l’apparence physique (22 %) et l’origine (16 %). Environ 60 % déclarent, par ailleurs, avoir été confrontés à des propos stigmatisants ou des demandes discriminatoires lors d’un entretien pour un poste ou une promotion, et 40 % ont déjà vécu ces deux types de situation.

De manière générale, les jeunes interrogés « considèrent que les discriminations constituent un phénomène massif dans la société française et semblent davantage conscients de l’ampleur des discriminations en France, par comparaison avec l’ensemble de la population active », selon les auteurs de l’étude.

De faibles revenus aggravent le phénomène discriminatoire : 43 % des personnes gagnant moins de 1.300 euros par mois déclarent en avoir été victimes, contre 35 % pour celles percevant plus de 1.800 euros par mois. Le type de contrat joue aussi fortement, les intérimaires se disant deux fois plus discriminés (58 %) que les jeunes en CDI (30 %).

« Des conséquences délétères »

Les auteurs pointent du doigt un « recours trop faible à leurs droits » des victimes de discrimination. « Plus de quatre jeunes sur 10 n’ont rien dit à la suite des faits, et principalement des femmes. » Les autres ont alerté prioritairement la direction ou l’encadrement, ou les syndicats et représentants du personnel.

« L’expérience répétée des discriminations a des conséquences délétères et durables sur les parcours individuels, mine la cohésion de la société française et la confiance de notre jeunesse dans la promesse d’égalité. C’est un des axes de travail majeur de mon mandat », commente dans un communiqué Claire Hédon, la Défenseure des droits.

Le 39 28 pour aider les victimes

Cette dernière a lancé en février la plateforme antidiscriminations.fr, dédiée aux victimes de discriminations, accompagnée d’un numéro de téléphone 39 28, et d’un module de chat en ligne.

Elle recommande aux employeurs publics et privés de s’emparer du sujet en « mettant en œuvre une phase de diagnostic et d’enquête au sein de l’organisation », en élaborant « des actions de prévention et de lutte contre les discriminations » et en « interrogeant l’ensemble des processus et critères de décision en matière de ressources humaines tout en informant et sensibilisant l’ensemble du personnel à la non-discrimination ».

L’enquête étayée de nombreux témoignages est la 14e édition d’un baromètre annuel destiné à mesurer la perception des discriminations dans l’emploi. Elle a été conduite en ligne par l’institut Ipsos du 7 au 26 juillet 2021 auprès d’un panel représentatif de 3.201 personnes actives âgées de 18 à 34 ans.