Marseille : « On n’est pas sortis de l’auberge », estime FO après avoir rejoint le mouvement de grève des éboueurs

GREVE DES EBOUEURS Le mouvement de grève de ramassage des poubelles lancé par les autres syndicats dans la métropole de Marseille a pris une autre tournure avec l’entrée en lice de FO, qui avait négocié l’accord-cadre de septembre dernier

A.V avec M.Ce
— 
Illustration de la grève des ordures, ici à Marseille en septembre 2021
Illustration de la grève des ordures, ici à Marseille en septembre 2021 — SOPA Images/SIPA
  • Après un premier épisode en septembre dernier, un nouveau mouvement de grève des collectes des ordures, rejoint par FO, prend de l’ampleur à Marseille.
  • FO, syndicat majoritaire, estime « qu’il peut y avoir encore mieux » que ce qui avait été négocié en septembre dernier.
  • En fond de décors, une lutte d’influence entre syndicats semble se dessiner, alors que les trois autres organisations représentatives, n’avaient jamais accepté l’accord de septembre.

Le mouvement se durcit et c’est toute la ville qui risque de crouler sous les déchets. Dans un communiqué de presse, le syndicat ​ majoritaire au sein des éboueurs de Marseille, Force ouvrière, a annoncé rejoindre le mouvement de grève de ramassage des ordures lancé à la fin du mois de novembre par la CGT, l’Unsa et FSU.

Un retournement de situation après l’accord-cadre convenu à l’oral avec FO lors de la grève de septembre dernier. « On avait négocié au mieux, il se trouve qu’il peut il y avoir encore mieux », a expliqué Patrick Rué, secrétaire générale FO des agents territoriaux. L’entente portée sur une diminution de temps de travail au titre de la pénibilité de 9.5 % – la CGT demande 20 % –, portant les 1.607 heures annuelles induites par la loi de transformation de la fonction publique, supposée entrer en vigueur au 1er janvier, à 1.467 heures. Cet accord, jamais accepté par les autres syndicats et autour duquel il « n’y a jamais eu de majorité absolue chez les agents, même de FO », a précisé Patrick Rué, a volé en éclat. Dans les autres griefs dénoncés, l’intention de « supprimer des bennes et donc d’augmenter le tonnage ramassé par tournée » ainsi que « le maintien de la grille de travail sur 200 jours par an et non sur 228 ».

Voir jusqu’où l’Etat peut accepter de descendre

C’est visiblement la tenue ce mardi en métropole d’une table ronde avec les tous les syndicats qui a décidé FO à rejoindre la grève. « Une négociation, plus on est nombreux, moins on avance », a commenté le syndicaliste qui convient de « revendications très diverses selon les agents et les organisations syndicales ». Et d’ajouter : « Mettez quatre syndicats autour d’une table et vous ouvrez à la concurrence ».

« Peut-être FO ne tolère pas que nous ayons discuté avec les autres syndicats », note Yves Moraine, conseiller métropolitain chargé par Martine Vassal des négociations, qui juge « incompréhensible » l’attitude du syndicat majoritaire. « Il y avait des discussions sur la formation continue, le régime indemnitaire, la reconversion – au regard de la pénibilité, on n’est ripeur pas plus de 10 ou 15 ans ».

Reste que FO, poussé par la base et les autres syndicats, a décidé de replacer le débat sur le temps de travail. « Avec un peu de provocation, et parce que ça fait un chiffre rond, on demande 5 heures par jour, sur 200 jours, soit 1.000 heures », a lancé Patrick Rué, désireux de voir jusqu’où l’Etat peut accepter de descendre. Car le fin mot de cette négociation revient bien à celui-ci qui, par l’intermédiaire de son préfet décide de la légalité ou non d’un accord. « On veut faire porter le chapeau aux syndicats en leur disant "transmettez vos revendications au préfet". Des revendications que le préfet n’acceptera pas », estime Patrick Rué.

En coulisses, une lutte d’influence entre organisations syndicales ?

« On savait que le préfet ne retoquerait pas les 9,5 %. Honnêtement, au regard de la pénibilité réelle, si l’Etat acceptait 15 %, ça ne me choquerait pas. On va essayer d’avoir des contacts pour voir ce qui est possible », a conclu Yves Moraine qui n’exclut pas non plus de solliciter les services de l’Etat pour procéder, comme en septembre, à des réquisitions d’agents afin de « ne pas laisser les Marseillais passer Noël sous les ordures ».

En coulisses, semble également se dessiner une lutte d’influence entre les organisations syndicales. Historiquement, c’est FO qui tient la barre à la métropole. Mais le dialogue est difficile, pour ne pas dire inexistant, avec les autres organisations. « Je n’ai pas leur numéro, ils savent où me joindre », a résumé en substance le syndicaliste pour qui le conflit est parti pour durer. « On n’est pas sorti de l’auberge », a-t-il soufflé