Alpes-Maritimes : A la frontière italienne, le nombre d’interpellations de migrants augmente, ainsi que « les atteintes aux droits fondamentaux »

CONTROLES En 2021, les chiffres de la Police aux frontières se rapprochent de ceux de 2017 et de l’année « record »

Elise Martin
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Des policiers à la gare de Menton, en train de procéder à des contrôles
Des policiers à la gare de Menton, en train de procéder à des contrôles — Syspeo / Sipa
  • Les chiffres de la police aux frontières des Alpes-Maritimes s’approchent de nouveaux records en termes d’interpellations de migrants et de passeurs.
  • Si pour cette institution, « les chiffres parlent », pour les associations, ils évoquent et mettent en lumière les atteintes des droits fondamentaux aux personnes.
  • Une commission d’enquête sur les migrations a d’ailleurs rendu son rapport la semaine dernière après huit mois d’analyses et de terrain, notamment à la frontière franco-italienne où les députés ont été « choqués ».

L’année 2021 est une année « record » à la frontière italienne. Le service de la police aux frontières des  Alpes-Maritimes indique à 20 Minutes que « sur dix mois, 467 passeurs ont été arrêtés. En 2020, on était à 333 et en 2019, 191 ». Des chiffres qui s’illustrent également au palais de justice. « Nous avons des défèrements quasi-quotidiens avec, entre un et trois cas par jour rien qu’en ce qui concerne les passeurs », détaille Xavier Bonhomme, procureur de la République de Nice.

Les forces de l’ordre interprètent la situation en expliquant : « plus il y a de candidats, plus il y a de passeurs ». Toujours sur les dix premiers mois de 2021, 25.998 personnes ont été interpellées à la frontière entre l’Italie et la France. En 2017, « l’année record en termes d’interpellations, on était à 37.164 ». Selon les autorités, « il y a deux années bouchons du fait du coronavirus », ce qui a induit « une grosse pression migratoire » actuellement. En 2019 et 2020, il y a eu respectivement 15.591 et 17.321 citoyens étrangers arrêtés à Menton. Si pour certains, « les chiffres parlent », grâce aux points de contrôles principaux qui se trouvent en gare et sur les autoroutes, pour d’autres, il est nécessaire de mettre en avant un autre aspect de cette politique « de lutte contre l’immigration clandestine ».

« Pour le respect des droits fondamentaux à la frontière franco-italienne »

« Il n’y a pas vraiment de changements depuis six ans, on constate des procédures administratives discriminatoires systématiques », affirme Agnès Lerolle, chargée de coordination pour la Cafi (Coordination des actions aux frontières intérieures). Depuis 2017, ce projet a pour vocation d’apporter un soutien aux actions et aux acteurs intervenant des deux côtés de la frontière. Ainsi, les cinq ONG Amnesty International, la Cimade, Médecins du monde, Médecins sans frontières et Secours Catholique-Caritas, agissent ensemble pour dénoncer les violations graves des droits des personnes à la frontière franco-italienne.

« Ce qu’on constate, et le député de Haute-Garonne Sébastien Nadot, ainsi que sa rapporteuse, la députée de la Manche Sonia Krimi ont pu le constater également lors de la commission d’enquête sur les migrations, c’est que ce qui se passe à Menton est choquant, poursuit la chargée de coordination. Il y a des pratiques illégales qui portent atteinte aux droits fondamentaux des personnes. » Notamment, dans ces fameux Algeco où sont enfermés les migrants arrêtés. Des endroits « illégaux » mais considérés comme « des lieux de mise à l’abri » pour la préfecture où des associations n’ont pas accès.

Elle cite également les contrôles au faciès, le refoulement systématique vers l’Italie lors de contrôles « même si une personne évoque sa volonté de demander l’asile » ou « même s’il s’agit de mineurs isolés ». « Les acteurs sur le terrain décrivent une situation difficile avec 100 à 120 personnes par jour qui essaient de passer la frontière. La nouveauté cette année, ce sont les interventions dès la gare de Vintimille et cette coopération avec les forces de l’ordre italiennes. »

Plus de contrôles, plus de risques pris

Agnès Lerolle analyse alors : « Le problème, c’est que comme il y a des contrôles renforcés, les migrants prennent plus de risques, comme aller sur les camions, ils paient cher des passeurs. Et on constate alors de nouveaux drames. Une personne a été électrocutée sur un chemin de fer fin août, en novembre c’était sur le toit d’un train. »

Elle conclut : « A Vintimille, il n’y a aucun lieu d’accueil et pourtant, ce n’est pas parce qu’il n’y a rien ou un mauvais accueil que les personnes cessent de venir. Aux distributions de repas, les associations ont comptabilisé plus de deux cents personnes par soir. »

La chargée de coordination s’appuie alors sur le rapport de la commission d’enquête rendu la semaine dernière. « On a un outil puissant qui permet que tout le monde soit sur le même constat, ça aide à alimenter nos demandes. La principale, c’est l’arrêt de ces pratiques illégales et l’assurance de donner un accueil digne à ces personnes au lieu de les renvoyer systématiquement. » Elle reprend d’ailleurs une phrase de ce rapport : « La migration, c’est un mouvement qui est présent et continue depuis 3.000 ans, c’est un leurre de vouloir l’empêcher alors autant l’organiser pour que ce soit moins compliqué pour tout le monde. »