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SOCIALQuelle est l’ampleur du mal-logement pour les personnes sans-papiers ?

Mal-logement : Quelle est l’ampleur du phénomène pour les personnes sans-papiers ?

SOCIALSelon un rapport de la Fondation Abbé-Pierre, les personnes en situation irrégulière n’ont parfois pas d’autre solution que de vivre en bidonville, en hébergement d’urgence ou sont victimes de marchands de sommeil
Un bidonville à Marseille.
Un bidonville à Marseille. - Olivier Papegnies/Médecins du Monde /  Olivier Papegnies/Fondation Abbé Pierre
Delphine Bancaud

Delphine Bancaud

L'essentiel

  • Un rapport de la Fondation Abbé-Pierre qui paraît ce jeudi montre que les conditions de vie et de logement des personnes sans-papiers sont bien souvent indignes.
  • Des conditions de vie difficiles qui freinent leur parcours d’intégration, mais qui ont aussi des conséquences sur leur santé psychologique et physique.
  • Cependant, pour la Fondation Abbé-Pierre, il existe des leviers à actionner pour réduire cette précarité.

On se souvient de cette image forte : en 1996, l’abbé Pierre apportait son soutien à 300 Africains sans-papiers occupant l’église Saint-Bernard, à Paris. Ce n’est donc pas étonnant que vingt-cinq ans plus tard, la fondation qui porte son nom dévoile un rapport sur le mal-logement des personnes en situation irrégulière. Selon ses calculs, 600.000 à 700.000 personnes sont actuellement sans papiers en France et ne bénéficient pas d’un lieu de vie digne et stable. Inéligibles au logement social et aux prestations sociales, ne pouvant travailler légalement, elles sont obligées de se reporter sur un marché locatif privé coûteux ou d’autres solutions plus précaires.

« Beaucoup sont hébergées chez des personnes de leur communauté, ont recours à des marchands de sommeil, s’abritent dans des squats ou des bidonvilles, obtiennent une place d’hébergement d’urgence en hôtel ou dans un foyer de travailleurs migrants… », décrit Manuel Domergue, directeur des études à la Fondation Abbé-Pierre. Des conditions de vie qui freinent leur parcours d’intégration, mais qui ont aussi des conséquences sur leur santé psychologique et physique : « Elles souffrent souvent de malnutrition et dépendent des distributions alimentaires. Le surpeuplement des logements entraîne aussi des maladies, du stress, des retards de motricité chez les petits enfants… Et la difficulté à se chauffer provoque des maladies chroniques », énonce Manuel Domergue.

Pour l’État, ces situations de mal-logement ont aussi un coût social et financier : « La mise à l’abri de certaines familles dans des hôtels coûte très cher », souligne Pauline Portefaix, chargée d’étude à la Fondation Abbé-Pierre et coordinatrice de cette étude.

Des personnes ont souvent eu un titre de séjour avant de le perdre

Mais force est de constater que les conditions de vie de ces personnes n’émeuvent pas beaucoup l’opinion publique. « Les personnes sans papiers sont souvent stigmatisées dans le débat public. On met l’accent sur l’entrée illégale sur le territoire, mais dans la majorité des cas, l’irrégularité du séjour survient à l’expiration d’un visa, au non-renouvellement d’un titre de séjour, au rejet de la demande d’asile », précise Manuel Domergue.

En France, les titres de séjour doivent être renouvelés le plus souvent chaque année. « Or, beaucoup perdent leur droit au séjour en raison d’un changement de statut, de la perte de leur emploi, d’une rupture, de l’échec d’un examen ou faute d’avoir obtenu un rendez-vous dans les temps à la préfecture pour effectuer les démarches administratives », poursuit Pauline Portefaix. Maria*, une Albanaise de 24 ans en situation irrégulière depuis 2016, témoigne de la complexité des situations des personnes sans papiers en France : « Mon conjoint et moi n’étions plus en sécurité dans notre pays et nous avons fait une demande d’asile qui a été rejetée, car nous n’avions pas assez de preuves. Mais personne ne quitte son pays sans raison. C’est difficile de vivre loin de sa famille », explique-t-elle.

Des solutions contre l’habitat indigne

Il existe pourtant des leviers pour améliorer leurs conditions de logement. « Devant l’insuffisance de solutions proposées par les pouvoirs publics, des associations et des collectifs de citoyens se mobilisent », souligne Manuel Domergue. Des logements solidaires sont proposés par des associations, avec généralement un accompagnement social dans la durée, afin d’aider les bénéficiaires dans leurs démarches de régularisation. Maria et sa famille bénéficient d’un tel dispositif : « Une association paye notre loyer et nous les charges », explique-t-elle, en attendant que les soucis administratifs de la famille se règlent. Autre exemple : le dispositif « 100 pour 1 toit » vise à réunir 100 membres donateurs pour loger temporairement une famille sans abri.

Mais selon la Fondation Abbé-Pierre, l’Etat devrait actionner d’autres outils : « Actuellement, il faut que tous les membres d’une famille soient régularisés pour avoir accès au logement social, même lorsque le foyer dispose de ressources suffisantes pour assurer le paiement du loyer. Or jusqu’en 2010, il suffisait que l’un des membres dispose d’un titre de séjour pour y accéder, Il faut revenir à cette règle », insiste Pauline Portefaix. La Fondation recommande aussi de développer des maisons de répit solidaires, de mobiliser les logements vacants… Mais également de faire bouger les lignes en ce qui concerne les modalités de régularisation, notamment en délivrant davantage de titres de séjour pluriannuels, donnant de la stabilité aux personnes, de permettre systématiquement l’exercice d’une activité professionnelle lors de la délivrance d’un titre de séjour… Des idées qui vont à contre-courants de celles portées par plusieurs candidats à l’élection présidentielle.

* Le prénom a été changé.

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