Coronavirus : Les enfants sont-ils un des vecteurs de la cinquième vague ?

FAKE OFF Le gouvernement a décidé de durcir le protocole anti Covid-19 dans les écoles, alors que le taux d'incidence chez les plus jeunes augmente

20 Minutes Fake off
— 
Des enfants dans une école maternelle et primaire à Bordeaux, le 2 septembre.
Des enfants dans une école maternelle et primaire à Bordeaux, le 2 septembre. — UGO AMEZ/SIPA
  • En cette cinquième vague épidémique, le nombre d’enfants testés positifs augmente fortement. En conséquence, le gouvernement a décidé de durcir le protocole anti-Covid-19 dans les écoles.
  • Une situation qui a fait dire au professeur Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectueuses à l’hôpital Tenon, à Paris, que les enfants « sont le noyau de la circulation virale ».
  • Si le taux d’incidence a spectaculairement augmenté chez les plus jeunes, en particulier les 6-10 ans, les 30-39 ans sont aussi touchés par le regain de l'épidémie.

Un protocole qui passe au niveau trois. Entre le CP et le CM2, les écoliers devront, à partir de jeudi, porter le masque lors des récréations. Le brassage des élèves doit aussi être limité à la cantine et pendant la pratique de certains sports. Des annonces faites par Jean Castex lundi soir, en réaction à l’augmentation des cas de Covid-19. « La transmission du virus, on le voit, s’est en effet fortement accélérée chez les enfants de moins de 12 ans, a lancé le Premier ministre. C’est logique car ces catégories d’âge ne peuvent pas encore être vaccinées et sont aussi beaucoup plus dépistées, compte tenu des protocoles appliqués en milieu scolaire. »

Une situation qui a fait dire au professeur Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon, à Paris, que les enfants « sont le noyau de la circulation virale ». Mardi, c'est Hans Kluge, le directeur Europe de l'OMS, qui notait que « les taux les plus élevés [de cas de Covid-19] dans le groupe d’âge des 5 à 14 ans ». 20 Minutes s’est penché sur les données disponibles pour vérifier ces affirmations.

FAKE OFF

Les données de Santé Publique France montrent bien une accélération du taux d’incidence chez les plus petits : chez les 0-9 ans, ce taux est passé de 55,6 cas pour 100.000 début novembre à 496,2 à la fin du mois. Si l’on regarde les élèves de primaire (6-10 ans), le taux d’incidence est encore plus important et s’élevait à 663 sur la semaine du 22 au 28 novembre. Le département de la Drôme a même dépassé les 2.000 cas pour 100.000 bambins la semaine dernière. Ces taux d’incidence chez les plus jeunes sont le plus élevés depuis le début de la pandémie, rapporte le Huffington Post.

Le taux d'incidence ces dernières semaines.
Le taux d'incidence ces dernières semaines. - Santé publique France

Toutefois, les 30-39 ans, dont certains sont susceptibles d'être parents d'enfants en bas âge, connaissent un taux d’incidence important : il était de 529,9 le 29 novembre. Chez les 40-49 ans, ce taux est un peu en dessous de celui des enfants, à environ 460 cas pour 100.000.

Pourquoi ces chiffres sont-ils aussi importants chez les plus jeunes ? « Les enfants ont toujours été un vecteur de l’épidémie », rappelle à 20 Minutes Michaël Rochoy, membre du collectif Du côté de la science. Le médecin regrette que le niveau trois n’ait pas été appliqué dès la rentrée de septembre dans les écoles élémentaires, afin d’éviter les brassages entre niveaux à la cantine et le sport en intérieur sans masque.

Le risque de contamination est ici « multifactoriel », comme le note Michaël Rochoy. Les moins de 12 ans ne sont en pas vaccinés, comme l’a souligné Jean Castex, et ils n’ont jamais été autant testés depuis le début de l’année, rapporte la Drees (la direction du ministère de la Santé chargée de faire des études statistiques). Michaël Rochoy déplore aussi que le gouvernement ait pu envoyer des « mauvais messages de prévention » en arrêtant le port du masque à l’école dans certains départements début octobre.

Par ailleurs, c’est le variant Delta qui sévit désormais majoritairement. Or, ce variant est plus contagieux que le variant Alpha, ce qui explique l’augmentation des contaminations chez les enfants et leurs parents. Toutefois, comme le note la Drees, le nombre de tests positifs est plus élevé chez les non-vaccinés que chez les vaccinés, à taille de population comparable.

Revenir aux fermertures de classe au premier cas ?

Comment limiter cette hausse des contaminations chez les enfants ? Michaël Rochoy plaide notamment pour un retour des fermetures de classe dès qu’un écolier reçoit un test positif : « Si un enfant est positif le mercredi, il était déjà contagieux le lundi et le mardi. Il a mangé à la cantine, fait du sport sans masque. Le jeudi, presque aucun enfant de sa classe [qui fait un test PCR] ne sera positif », détaille-t-il. En revanche, des enfants pourront devenir positifs plus tard, le vendredi ou le samedi, en raison du temps d’incubation. Or, « on les laisse en classe », déplore le médecin, qui se prononçait aussi en faveur d'avancer les vacances scolaires de décembre d'une semaine.