Coronavirus : A quel point l’épidémie sème-t-elle à nouveau la zizanie dans les écoles ?

EDUCATION Le gouvernement a annoncé de nouvelles mesures sanitaires ce lundi soir, mais pour les enseignants, le compte n’y est pas face à l’expansion de l’épidémie

Delphine Bancaud
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A l'école Jules Ferry d'Ormesson-sur-Marne, le 3 décembre 2021.
A l'école Jules Ferry d'Ormesson-sur-Marne, le 3 décembre 2021. — ISA HARSIN/SIPA
  • Jean Castex a annoncé ce lundi que le protocole dans les écoles primaires allait passer au niveau 3. Cela signifie essentiellement que le port du masque devient obligatoire à l’extérieur, la limitation du brassage est renforcée à la cantine et les activités physiques sont limitées en intérieur.
  • Les classes de maternelle et d’élémentaire ne ferment toujours pas dès le premier cas de Covid-19, mais seulement au bout de trois cas positifs. Une mesure pourtant critiquée par les enseignants.

Impossible de maintenir le statu quo concernant l’épidémie de Covid-19, qui flambe sur l’ensemble du territoire et touche de nombreux enfants. Pour ne rien arranger, la diffusion du variant Omicron, possiblement plus contagieux, pèse comme une épée de Damoclès. Ce lundi soir, le Premier ministre, Jean Castex, a annoncé un renforcement du protocole sanitaire à l’école primaire, qui passera du niveau 2 au 3.

Ce qui implique quelques changements : le port du masque devient obligatoire, y compris en extérieur, pour les élèves ainsi que pour le personnel et ce, à compter de jeudi prochain. Une limitation du brassage des élèves à la cantine (les repas se prendront par niveau et par classe) est aussi prévue à partir de lundi prochain, le temps aux collectivités territoriales de s’organiser. Les activités physiques et sportives restent autorisées en extérieur, ainsi qu’en intérieur, mais uniquement pour les activités de basse intensité compatible avec le port du masque et les règles de distanciation.

« Il n’y a plus de région épargnée »

Un tour de vis qui s’explique par la dégradation de la situation sanitaire dans les écoles. Selon le ministère de l’Education, 4.578 classes (soit 0,9 % du total) ont été fermées la semaine dernière à cause du Covid-19. C’est moitié moins que la semaine précédente. Mais cette baisse est artificielle puisque le protocole avait déjà changé fin novembre : il n’y a désormais plus de fermeture de classe dès le premier cas détecté chez un élève, et seuls ceux testés positifs sont isolés. Les enfants cas contacts peuvent revenir en classe sur présentation d’un résultat de dépistage négatif. Sur ce point, rien ne change avec le protocole de niveau 3. « Nous maintiendrons notre politique de dépistage systématique de tous les élèves s’il y a un cas positif dans la classe et de fermeture de la classe au bout de trois cas positifs », a déclaré Jean Castex. Ce qui a fait bondir les syndicats d’enseignants : « Après avoir tiré la sonnette d’alarme en vain, le SE-Unsa dépose une alerte sociale », a réagi ce lundi ce syndicat.

Or, sur le terrain, les enseignants et directeurs d’écoles s’arrachent les cheveux. « C’est la grande loterie. J’ai par exemple envoyé des élèves se faire tester deux fois la semaine dernière en raison de cas positifs », raconte à 20 Minutes Benjamin Grandener, cosecrétaire du SNUipp-FSU dans le Rhône. « Il n’y a plus de région épargnée, il y a des cas positifs chaque semaine et les élèves sont absents à tour de rôle », renchérit Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa. La gestion des cas contacts est aussi complexe et chronophage : c’est normalement le directeur d’école qui se charge d’appeler les familles pour leur demander de faire tester les enfants. « Mais souvent, on se partage le travail. Et quand on apprend qu’un élève est positif en cours de journée, les enseignants doivent souvent interrompre la classe pour prévenir en urgence les parents. Parfois, il faut faire déjeuner les enfants sur place, donc on leur amène leurs plateaux-repas en classe afin qu’ils évitent de croiser d’autres enfants à la cantine », explique Benjamin Grandener.

« Un enfant testé négatif le mardi peut être positif le jeudi »

Pas évident non plus de faire comprendre les règles aux parents : « Certaines familles posent beaucoup de questions. Elles n’avaient pas saisi que l’apparition de trois cas parmi les élèves conduisait à la fermeture de la classe pour 7 jours », relève Stéphane Crochet. « Comme le délai d’incubation de la maladie n’est pas pris en compte par le protocole, un enfant testé négatif le mardi peut être positif le jeudi. Donc les familles ne comprennent pas qu’on l’ait renvoyé en classe entre-temps », ajoute Benjamin Grandener. Certains parents témoignent aussi de leur difficulté à trouver un créneau en laboratoire pour faire tester leurs enfants : « Il vaudrait mieux suspendre la classe et donner un délai de 24 ou 48 heures aux familles pour leur laisser plus de temps », estime Stéphane Crochet.

Autre souci selon les syndicats d’enseignants : le manque de profs remplaçants. « Chaque semaine, des enseignants sont malades, atteints du coronavirus ou d’autres maladies. Dans le Rhône par exemple, on n’a plus de remplaçants disponibles. Donc nous sommes contraints de nous répartir les élèves, ce qui n’est pas du tout recommandé en période épidémique », souligne Benjamin Grandener.

Difficile de suivre le programme

Au final, toutes ces instabilités aboutissent à des semaines en gruyère pour les élèves et leurs enseignants. Ce qui a une incidence sur les aspects pédagogiques : « Les professeurs des écoles ont perdu en visibilité. Avec un quart ou un tiers d’élèves en moins certains jours, ils ne savent pas s’ils peuvent avancer dans le programme ou préférer les révisions », indique Stéphane Crochet. « Les parcours des élèves sont tellement erratiques qu’ils n’ont pas pris un bon rythme de travail et que nous sommes obligés d’individualiser les objectifs d’apprentissage », complète Benjamin Grandener.

Et comme lors des précédents pics épidémiques, les élèves qui sont confinés chez eux reçoivent des devoirs sur leur environnement de travail. « Mais cette fois, les parents ne bénéficient plus du chômage partiel et doivent télétravailler. Ils n’ont pas le temps d’accompagner le travail scolaire de leurs enfants pendant des heures », souligne Stéphane Crochet. Les nouvelles règles sanitaires annoncées ce lundi ne prévoient pas de dispositif pour faciliter la vie des parents. Mais le gouvernement incite les entreprises à développer le télétravail ces prochaines semaines…