Coronavirus : La qualité de l’air intérieur, un enjeu pour les entreprises

EPIDEMIE Le coronavirus a joué le rôle de révélateur d’une problématique pourtant documentée de longue date : la qualité de l’air intérieur en entreprises

20 Minutes avec AFP
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Illustration du port du masque en entreprise.
Illustration du port du masque en entreprise. — M.Libert / 20 Minutes

L’épidémie de coronavirus a accéléré la prise de conscience des entreprises sur les risques liés à la pollution de l’air intérieur sur les lieux de travail, une préoccupation auparavant confidentielle.

« La pandémie a ouvert cette prise de conscience sur l’invisible », affirme Thierry Ricci, fondateur de NatéoSanté, un fabricant de purificateurs d’air créé en 2009. « Jusqu’à maintenant, on n’imaginait pas à quel point la qualité de l’air intérieur pouvait avoir un impact sur notre santé », ajoute-t-il.

Des « valeurs repères »

« Au niveau de nos entreprises adhérentes, on rencontre beaucoup de problématiques liées à la qualité de l’air au travail » depuis 2020, confirme Jean-Mickaël Dupuy, spécialiste de la prévention des risques professionnels au SEST (Service aux entreprises pour la santé au travail). Le coronavirus a joué le rôle de révélateur d’une problématique pourtant documentée de longue date. Depuis 2001 existe en effet en France un Observatoire de la qualité de l’air intérieur, et depuis 2004, l’Anses élabore des « valeurs guide de qualité de l’air intérieur » (VGAI).

Une quinzaine de VGAI – des seuils de concentration dans l’air à ne pas dépasser – ont ainsi été définies, pour des substances aussi diverses que l’ammoniac, le monoxyde de carbone ou le dioxyde d’azote. Le Haut Conseil de la santé publique a également émis ces dix dernières années plusieurs « valeurs repères » pour une série de polluants de l’air intérieur.

Intérêt tardif

Mais ces mesures sont « partielles », souligne Alban Gomet, directeur général de Condair France, la filiale française d’un groupe suisse spécialisé dans l’hygrométrie, la gestion de l’humidité de l’air. « Concrètement, quand le gouvernement dit "il faudrait mesurer" (le niveau de concentration des polluants), il dit "ça serait bien" », sans visée injonctive, ajoute-t-il. Les entreprises françaises s’intéressent d’ailleurs plus tardivement que leurs homologues nordiques au sujet de la qualité de l’air en milieu professionnel. « En Suède, au Danemark, aux Pays-Bas, on voit que l’humain est beaucoup plus au cœur des préoccupations des entreprises, et de fait elles s’attachent beaucoup plus à la qualité de l’air intérieur », soutient Alban Gomet.

Au niveau mondial, « les premiers marchés sont les Etats-Unis et la Chine », complète Boris Bravard, ingénieur commercial chez Antibactéries, un fabricant de purificateurs d’air. Mais en France, « des rattrapages extrêmement forts » sont à l’œuvre sur le sujet, assure Thierry Ricci. Les enjeux sont à la mesure des conséquences sanitaires engendrées par un air intérieur vicié. Asthme, allergies respiratoires, irritation du nez et des voies respiratoires : la liste des pathologies recensée sur le site du ministère de la Santé est édifiante. Certaines substances peuvent même avoir un effet cancérigène.

« Payer l’air »

Avant de fonder NatéoSanté, « j’avais des formes d’asthme, d’allergies assez sévères, je devais prendre des traitements tous les jours », témoigne Thierry Ricci. Autant de symptômes qui ont de son propre aveu quasiment disparu depuis qu’il recourt aux purificateurs d’air. Alors que les coronavirus ne sont qu’une source de pollution de l’air parmi de nombreuses autres, le covid a popularisé ces produits auprès du grand public. « On connaissait une progression avant le covid, mais en toute franchise elle était lente malgré l’énergie déployée », reconnaît Thierry Ricci. « Depuis mars 2020, on n’a plus besoin d’expliquer. Aujourd’hui le terme "purificateur d’air", c’est un nom commun », fait-il valoir.

Comme argument de vente, les fabricants mettent en avant l’élimination de plus de 99 % des coronavirus présents dans l’air. « Mais aujourd’hui en France, on n’est pas encore totalement prêts à payer l’air », tempère Boris Bravard. Les services de santé au travail relèvent d’ailleurs que quand les entreprises les sollicitent au sujet de la santé au travail, c’est notamment pour se renseigner sur l’efficacité réelle de ces dispositifs. Les purificateurs d’air « peuvent diminuer la concentration de virus susceptibles d’être présents dans l’air », admettait l’Institut national de recherche et de sécurité en novembre 2020. « Mais ils ne peuvent en aucun cas se substituer aux apports d’air extérieur définis par le Code du travail (…) et ne doivent donc être utilisés que comme compléments aux systèmes de ventilation », mettait en garde l’INRS.