Crise aux Antilles : Sébastien Lecornu est en Martinique, après un dialogue peu fructueux en Guadeloupe

TENSIONS Le gouvernement va envoyer des forces de sécurité intérieure supplémentaires en Guadeloupe pour faire face à la violence durant la crise sociale

M.F avec AFP
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Sébastien Lecornu, ministre des outremer, lors de sa visite à point à Pitre en Guadeloupe le 29 novembre 2021.
Sébastien Lecornu, ministre des outremer, lors de sa visite à point à Pitre en Guadeloupe le 29 novembre 2021. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP

Le court marathon de Sébastien Lecornu ​ pour tenter d’apaiser les tensions aux Antilles se poursuit avant son retour à Paris mercredi. Après 24 heures passées en Guadeloupe, le ministre des Outre-mer a atterri en Martinique lundi soir. Cette visite à pour vocation de sortir de la crise sociale traversée par les deux îles des Antilles françaises, distantes de 120 km et marquées par un fort taux de chômage, en particulier chez les jeunes.

Mais les choses ont mal commencé. Lundi en Guadeloupe, où il était arrivé la veille, les discussions avec l’intersyndicale et les élus locaux ont tourné court. Le ministre a jugé qu’aucune discussion n’était possible tant que les syndicats « ne veulent pas condamner des tentatives d’assassinat contre des policiers et des gendarmes », un « préalable pourtant évident et indispensable ». Sa rencontre avec quatre représentants syndicaux de l’UGTG et FO s’est donc résumée à une simple remise de « documents de revendication ».

« On arrose au 9 millimètres dans les rues »

Réclamant une « prise de conscience » face aux violences, Sébastien Lecornu a annoncé lors d’un point presse l’envoi d’un escadron de 70 gendarmes mobiles et 10 membres du GIGN supplémentaires, pour « tenir ». « Lorsqu’on tire et qu’on arrose au 9 millimètres dans les rues », c’est « un miracle qu’un enfant de 9 ou 10 ans » ne se soit pas « retrouvé sous ces balles », a-t-il insisté. « Tout va être mis en œuvre pour libérer les barrages » qui entravent encore par endroits la circulation sur l’île « et les renforts participent de ça » a poursuivi Sébastien Lecornu.

Lundi, le Collectif des socio-professionnels, qui rassemble plusieurs corps de métiers très différents (transporteurs, taxis, BTP, tourisme), a menacé d'« une action » d’ici 24 heures s’il n’était pas invité aux négociations. Le collectif avait barré la Guadeloupe durant trois jours en février.

Les responsables syndicaux critiqués

Né du refus de l’obligation vaccinale pour soignants et pompiers, le mouvement s’est étendu à des revendications politiques et sociales, notamment contre la vie chère, et a occasionné des violences, pillages et incendies, comme en Martinique. Les deux îles sont placées sous couvre-feu. Sébastien Lecornu a par ailleurs vivement critiqué les responsables syndicaux qui « ont commencé à vouloir chercher des amnisties » pour les auteurs de violences.

Côté syndicats, la délégation estime que Sébastien Lecornu « n’est pas venu pour négocier, mais parce qu’il a été forcé par le rapport de force que nous avons installé ». Maïté Hubert-M’Toumo, de l’UGTG, rappelle leurs revendications « prioritaires » comme « l’arrêt des suspensions des personnels et professions libérales » non-vaccinés, la « suspension des condamnations des personnes pour les violences », et un « plan d’urgence pour la qualification des jeunes et les conditions de travail des familles guadeloupéennes ».

« Il faut que chacun soit à sa place dans ce territoire »

Alors que de nombreux domaines sont gérés par les collectivités territoriales (distribution d’eau, voirie, transport, environnement, formation professionnelle), Sébastien Lecornu a également placé les élus locaux face à leurs responsabilités. « Je veux bien me faire engueuler pour des choses que l’Etat n’a pas faites avant même que nous soyons au pouvoir (….) ce qui est compliqué c’est de se faire engueuler pour des choses dont l’Etat n’est pas responsable » a-t-il affirmé.

« Il faut que chacun soit à sa place dans ce territoire » a ajouté le ministre, qui avait déclaré vendredi que le gouvernement était « prêt » à « parler » de davantage d’autonomie pour la Guadeloupe.

Une situation plus apaisée en Martinique

Plus tôt, les élus locaux guadeloupéens avaient décidé de ne pas se rendre à une rencontre prévue avec le ministre, qui a néanmoins participé à une visioconférence avec 16 maires de l’île. « (…) Nous ne voyons pas cet état d’esprit d’apaiser la situation et de faire en sorte que les conditions soient réunies » pour sortir de crise, a indiqué Guy Losbar, ex-président du département dont l’élection a été annulée, pour justifier le refus des élus locaux.

Sébastien Lecornu rencontrera également en Martinique les élus locaux et l’intersyndicale, qui ont signé avec l’Etat un « accord de méthode » pour tenter de sortir de la crise. Sept thématiques (santé, jeunesse, vie chère dont prix des carburants et du gaz, transports, chlordéconomie, pêche, culture) doivent faire l’objet de discussions.

« La situation n’est en rien comparable entre la Guadeloupe et la Martinique puisqu’en Martinique, (les) préalables républicains » aux négociations « ont été remplis par les élus et l’intersyndicale » a estimé Sébastien Lecornu.