Marseille : « Être cagole, c'est la liberté », le retour du concours des « bad bitches »

MISS CAGOLE Animé par Jeanne-Pierrette Boucan et Jeanne-Vieille De Fond-de-Tain, le retour du concours de Miss cagole s’annonce rafraîchissant et sérieusement extravagant

Alexandre Vella
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Des cagoles en goguette, à Marseille.
Des cagoles en goguette, à Marseille. — Cagole Nomade
  • Mercredi soir, au bar le Makeda (5e) est organisée à Marseille l’élection de Miss Cagole 2021.
  • Au menu de cette folle soirée, quiz sur Marseille et l’écoféminisme, et DJ set du meilleur des sons des bad bitchs.
  • L’organisation, portée par la cofondatrice d’une jeune marque marseillaise de prêt-à-porter, entend « revaloriser les cagoles » et porter une définition positive de la féminité.

Parfois moquée, souvent parodiée, mais jamais égalée, la cagole, également objet de fantasme, est, en un sens, à l’image de Marseille. Elle a le verbe haut, parle fort, dit ce qu’elle pense, répond, tient tête et, surtout, est fière de ce qu’elle est. Mais ce mot porte aussi une charge péjorative, et peut-être synonyme de vulgarité, de frivolité, de superficialité, le tout enrobé d’un style vestimentaire, au mieux, douteux.

Et c’est pour « revaloriser le terme » que Lisa, cofondatrice de Cagole Nomade, une jeune marque marseillaise de prêt-à-porter a décidé de remettre au goût du jour le concours de Miss cagole. Car Miss cagole a une histoire. Celui d’un concours de beauté sans pareil organisé dans les années 90 par le Traquenard, un bar pilier de la Plaine. Événement que l’INA n’avait pas manqué d’immortaliser. En 2018, ce même bar avait organisé un revival, remporté par Marie. « On avait tellement rigolé qu’Enzo, serveur du bar et coorganisateur de cette soirée, s’est dit 'on n’en fera pas d’autres' », se souvient Marie a.k.a Gloria, ce soir-là. « Mais avec les copines, on avait en tête de continuer ».

L’écoféminisme avec strass et paillettes

La soirée qui désignera le ou la nouvelle reine des cagoles – car le concours est aussi ouvert aux hommes, désireux d’offrir le meilleur de leur queerness - est prévue au bar le Makeda (5e) ce mercredi. Le ou la vainqueur deviendra égérie de Cagole Nomade, marque qui produit des vêtements unisexe et éco-conçus. Le jury, probablement influencé par l’audience, jugera la dizaine de candidat.e.s sur un défilé et une performance, type danse ou karaoké. Cette partie du concours s’effectuera sous l’œil expert de Maryam Kaba, fondatrice d’AfroVibe. « Je suis une cagole moderne et mon métier c’est de décoincer les gens dans leur tête et qui le sont aussi dans leur corps. Pour moi, une cagole est une femme qui s’assume, s’accepte comme elle est, et n’a pas peur d’exprimer ses envies. Elle aime les hommes mais la cagole est aussi pansexuelle », décrit-elle.

Et parce qu’une cagole ne se résume pas à son apparence précieuse, un quiz, conçu par Éric Akopian de Clean my Calanque sur Marseille, l’écologie et le féminisme testera leurs connaissances. À l’issue de l’élection, une DJette prendra le relais. Au menu « les meilleurs sons des bad bitch des années 90 et 2000 », annonce Lisa. Comprenez R’n’B, Eurodance et Dancehall. Mais derrière cette organisation très sérieuse se trouve une double dose de second degré et une critique acide d’une certaine vision de la féminité.

« Être cagole est une forme d’expression différente des femmes dans l’espace public »

« On a aussi voulu le faire dans le même timing que Miss France (qui se déroule 10 jours plus tard, N.D.L.R.) », précise Lisa, qui animera la soirée sous le pseudonyme de Jeanne-Pierrette Boucan en compagnie de Jeanne-Vieille De Fond-de-Tain (Maryam Kaba). « Miss France, c’est le Moyen Âge », critique-t-elle. « Une miss ne se résume pas à son tour de taille ». « La cagole est aussi une bonne mère de famille », ajoute Maryam. « Moi, j’ai été élevée par des grosses cagoles, des femmes qui ne sortaient jamais sans talons et ne portaient que des strings », confie Marie. « En fait, être cagole est une forme d’expression différente des femmes dans l’espace public, résume-t-elle. Et il y a des cagoles dans toutes les cultures et de tous types. Rien qu’à Marseille, ça va de l’algérienne en 50 nuances de léopards, aux filles riches du 8e avec leurs mèches et leur Austin mini ».

« Les cagoles paraissent superficielles, mais au final, elles sont vraies. Être cagole, c’est la liberté, et sans demi-mesure », conclut Lisa. Une définition positive pour une féminité du XXIe siècle, en strass et paillettes, pas loin de former une théorie sociologique de la cagole.