Joséphine Baker au Panthéon : En Dordogne, le Château des Milandes est un temple à la mémoire de l'artiste

PANTHEONISATION La chanteuse, danseuse et actrice d’origine américaine a vécu avec sa « tribu arc-en-ciel », douze enfants adoptés à travers le monde, dans un château du Périgord, de 1937 à 1969

Elsa Provenzano
— 
Jospéhine Baker et son mari Jo Bouillon, au Château des Milandes le jour de leur mariage le 3 juin 1947.
Jospéhine Baker et son mari Jo Bouillon, au Château des Milandes le jour de leur mariage le 3 juin 1947. — AFP
  • Le château des Milandes est le musée le plus complet sur la vie de Joséphine Baker, estime l’un des fils de l’artiste américaine.
  • La propriétaire actuelle du château a œuvré pour enrichir les collections et redonner aux jardins l’allure qu’ils avaient à l’époque où la célèbre chanteuse y vivait.
  • Ses enfants gardent un lien avec les Milandes et l’un d’eux revient même vivre dans le secteur à partir du début de l’année prochaine.

Ce mardi, l’artiste Joséphine Baker va entrer au Panthéon, devenant la première femme noire à rejoindre le temple républicain. Pour connaître la vie extraordinaire de cette femme qui a été résistante pendant la Seconde Guerre mondiale et très active dans la lutte contre le racisme, la visite de son « temple », à elle, le château des Milandes, est incontournable. Le cénotaphe (cercueil vide) qui fera son entrée au Panthéon contiendra d’ailleurs de la terre issue des lieux qui ont eu une importance particulière pour Joséphine Baker, dont celle des Milandes où elle a vécu 30 ans.

« C’est le musée de Joséphine Baker en France, il y en a un autre à Saint-Louis, dans sa ville natale mais il est moins richement doté et moins grand », estime Brian Bouillon Baker, l’un des douze enfants adoptés par la chanteuse américaine. Il a passé douze ans dans ce château érigé au XVe siècle, à Castelnaud-la-Chapelle, en Dordogne. « C’est l’endroit où l’on apprend le plus de choses sur elle, on peut s’y faire une idée de sa carrière artistique, de ses engagements et du côté "maman" aussi avec des photos, c’est très complet », précise-t-il.

La propriétaire, une « adoratrice » de Joséphine Baker

Il faut dire que l’actuelle propriétaire du château, Angélique de Saint-Exupéry, décrite comme une « adoratrice » de Joséphine Baker par Brian Bouillon Baker, a œuvré pour compléter les collections depuis 2006, année où elle a repris la gestion du site après ses parents qui avaient acheté les Milandes en 2001. « On lui a prêté des éléments, notamment des médailles, des costumes militaires et des robes de scène, mais elle a découvert aux enchères des tas d’autres pièces », souligne le fils de Joséphine Baker.

Elle a même reproduit quasiment à l’identique les jardins à la française tels qu’ils existaient à l’époque où Joséphine Baker y vivait. L’artiste a loué le château de 1937 à 1947, avant de l’acheter et d’y résider jusqu’en 1969. Elle a été contrainte de s’en séparer pour des raisons financières. « Angélique de Saint-Exupéry est récompensée parce que chaque année elle a de plus en plus de visiteurs et là maintenant, avec la panthéonisation, cela va évidemment avoir des répercussions sur les visites », commente Brian Bouillon Baker.

Un lien de la fratrie arc-en-ciel avec le Périgord

S’il vit aujourd’hui à Paris, il revient une à deux fois par an aux Milandes. Il a été le premier en 1981 à y retourner, certains comme sa sœur Marianne ont éprouvé des difficultés à revenir sur ce lieu quitté à contrecœur. « Au fur et à mesure certains ont suivi ma démarche et même Marianne est revenue, dans les années 1990. D’ailleurs sa fille s’est mariée dans le parc des Milandes », raconte-t-il.

Le fils aîné de la chanteuse, Akio Bouillon Baker, va quitter Paris pour s’installer tout près des Milandes, à partir du mois de janvier. La fratrie « arc-en-ciel » garde encore quelques contacts avec des habitants du coin, à Castelnau et à Sarlat par exemple. Il y a dix ans, Brian Bouillon Baker a même participé avec trois autres de ses frères à une réunion des anciens du lycée Belvès. « Je me souviens de gens admiratifs de la trajectoire de ma mère et de l’image positive renvoyée par notre famille unie », conclut-il.