Dimitri Jourdan a ouvert dans son sous-sol, près de Lyon, le premier musée du skate en France

PASSION A 36 ans, Dimitri Jourdan vient de lancer à Grigny (Rhône) l’unique musée dédié au skateboard en France, avec près de 500 planches exposées

Jérémy Laugier
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Dimitri Jourdan au milieu de sa folle collection, dans son sous-sol à Grigny.
Dimitri Jourdan au milieu de sa folle collection, dans son sous-sol à Grigny. — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • Dimitri Jourdan est un passionné de skate depuis son enfance dans le quartier de la Croix-Rousse, à Lyon.
  • Depuis une dizaine d’années, il s’est mis à collectionner les planches, quitte à traverser l’Europe pour effectuer de belles prises.
  • Depuis le mois de juillet, il en expose près de 500, des années 1980 à aujourd’hui, dans le sous-sol de sa maison à Grigny (Rhône).

Une Super Nintendo, un scooter vintage, des casquettes Vans et des bières Duff. Entrer chez Dimitri Jourdan, c’est effectuer illico un sacré voyage dans le temps. L’imposant sous-sol aménagé par ce Lyonnais de 36 ans, dans sa maison située à Grigny (Rhône), contient surtout près de 500 skateboards retraçant sa passion, des années 1980 à aujourd’hui. Le fondateur du premier musée dédié au skate en France est tombé dedans à l’âge de 10 ans, et il se souvient « avoir depuis tout petit pris soin » de chacune de ses planches à roulettes.

Durant son enfance dans le quartier de la Croix-Rousse (Lyon 4e), son père l’amenait très souvent autour des Terreaux ou au premier skatepark lyonnais sur le cours Charlemagne, bien avant le lancement de Confluence. « Le skate n’était pas encore à la mode en France mais je passais tous mes mercredis et week-ends à m’éclater avec ça, et gamin, je gérais bien », indique le trentenaire.

Les alentours de la place des Terreaux sont le spot incontournable de skate à Lyon depuis de longues années.
Les alentours de la place des Terreaux sont le spot incontournable de skate à Lyon depuis de longues années. - KONRAD K./SIPA

« Je traverse l’Europe pour vider des caves de partout »

Après avoir lancé de 2000 à 2005 sa marque de « fringues punk rock », Disturb, Dimitri Jourdan dresse un constat : « Certains passionnés ont pu se spécialiser sur une seule marque ou période mais il n’y a globalement jamais eu de gros collectionneurs de skates en France ». Depuis une dizaine d’années, celui qui a longtemps été salarié dans une boutique Vans commence donc à chiner à tout va, essentiellement sur eBay.

Né dans les années 1950 outre-Atlantique, le skate fait tellement partie de la vie de la famille Jourdan que Dimitri sort toujours une planche sur ses lieux de vacances, que ce soit au Maroc, en Turquie ou en Israël. D’autres voyages, comme Barcelone, la Suisse, l’Allemagne et la Norvège, ont même été planifiés afin d’y rencontrer des collectionneurs. « Je traverse l’Europe pour vider des caves de partout, sourit le fondateur du Disturb House museum, qui a ouvert ses portes en juillet dernier. Il m’arrive de tomber sur des petits trésors. Il y a des propriétaires de skateboards qui ne se rendent pas compte de la valeur de leurs planches. »

Dimitri Jourdan pose fièrement à côté de la planche que lui a offert et dédicacé en 2019 Tony Hawk, LA référence de la discipline.
Dimitri Jourdan pose fièrement à côté de la planche que lui a offert et dédicacé en 2019 Tony Hawk, LA référence de la discipline. - Jérémy Laugier/20 Minutes

Le coup de pouce de Tony Hawk himself en 2021

Ce Rhodanien préfère rester discret sur la cotation de ses boards. Sur eBay, certains modèles des années 1980 qu’il ne possède pas peuvent s’envoler jusqu’à 20.000 euros. « Ça s’explique facilement : des quadras font une crise d’ado et ils veulent remettre la main sur des souvenirs d’enfance marquants. » En 2019, il a la chance de rencontrer la légende de la discipline Tony Hawk, lors d’une présentation à Paris en vue de la grande première du  skate aux JO de Tokyo. Là où l’un des deux représentants tricolores sur ce concours olympique était lyonnais, à savoir Aurélien Giraud, 6e de l’épreuve.

« Je ne parle pas un mot d’anglais donc c’était compliqué, indique Dimitri Jourdan. Mais il m’a fait comprendre qu’il me laissait sa board, car celle-ci irait très bien dans mon projet de musée. » Cette planche dédicacée par l’Américain, dont les jeux vidéo portant son nom ont contribué à l’envol de la pratique en France dans les années 2000, est mise en avant dans l’entrée de ce Disturb house museum de Grigny.

Pour promouvoir son sport de toujours, devenu discipline olympique à Tokyo l'été dernier, Tony Hawk s'est livré à une petite exhibition avant le concours, à 53 ans.
Pour promouvoir son sport de toujours, devenu discipline olympique à Tokyo l'été dernier, Tony Hawk s'est livré à une petite exhibition avant le concours, à 53 ans. - Robert Gauthier/Los Angeles Time/SIPA

Une planche rapproche Donald Trump et le Ku Klux Klan

Ses modèles dépassent parfois largement le cadre du skateboard, entre la série Andy Warhol de la marque Alien Workshop, une parodie foutraque de la Cène, ou la planche hommage à Charlie Hebdo sortie après les attentats en édition limitée par Cliché. L’apparition en 1997 de cette première marque lancée hors des Etats-Unis par le skateur lyonnais  Jérémie Daclin symbolise le lien historique fort entre Lyon et la discipline. « Le skate aborde énormément de thèmes, avec des messages subliminaux fréquents sur le port d’armes, l’homosexualité ou les drogues, résume Dimitri Jourdan. Real Skateboards a même sorti une planche ayant bien fait causer aux Etats-Unis, puisqu’on y voit Donald Trump serrer la main à un membre du Ku Klux Klan. »

Dimitri Jourdan nous présente une étonnante planche de la Cène revisitée, avec ici de nombreux clins d'œil sur de célèbres skateurs américains.
Dimitri Jourdan nous présente une étonnante planche de la Cène revisitée, avec ici de nombreux clins d'œil sur de célèbres skateurs américains. - Jérémy Laugier/20 Minutes

Autant de belles pièces de collection que ce père de trois enfants a longtemps accumulées dans son appartement de Gerland. « Je stockais mes skates derrière les portes, dans les chambres des gamins, j’étais insupportable ! », se marre-t-il. Le déménagement dans une maison à Grigny, à une vingtaine de kilomètres de Lyon, lui offre donc d’autres perspectives, à commencer par cette ouverture du seul musée du skate en France qu’il avait dans un coin de tête depuis 2013.

Un véritable skatepark sera construit devant son domicile

Depuis l’ouverture au public de son sous-sol déjanté en juillet, il a accueilli près de 500 visiteurs, « plein de curieux mais aussi des centres aérés ». Les préados rhodaniens n’ont pas eu le droit de tirer un mystérieux rideau noir digne « des vieux vidéoclubs ». A savoir ses quelques planches à dimension pornographique, qui se sont toujours vendues « dans des sacs noirs opaques confidentiels ».

Alors que se profile une belle médiatisation du skate en France avec les JO de Paris-2024, les projets de Dimitri Jourdan sont nombreux : organiser des expositions à thèmes, devenir prof de skateboard et faire construire l’an prochain devant son domicile un skatepark de 100 m2 avec une grosse rampe. L’intéressé est conscient que ce dernier point ne sera peut-être pas très bien accueilli : « Je crois que ceux qui ont pu faire ça en France ont tous eu des problèmes avec leur voisinage, mais je tente le coup quand même. » Thug life in Grigny.

8 euros l’entrée guidée payante du Disturb house museum. Toutes les informations sur le musée du skate de Grigny (Rhône) sont ici.