Pédocriminalité dans l'Eglise : Un texte de l'Académie catholique critique la méthodologie du rapport Sauvé

VICTIMES Le rapport Sauvé estime à 330.000 le nombre de victimes de l’Eglise catholique en France

J.-L.D. avec AFP
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Jean-Marc Sauvé voit son rapport être remis en cause
Jean-Marc Sauvé voit son rapport être remis en cause — Valentine CHAPUIS / AFP

Déclassez ce rapport que je ne saurais voir. Huit membres de l’Académie catholique ont dénoncé la « méthodologie défaillante », les « carences sérieuses » et les recommandations « discutables » de la commission sur la pédocriminalité dans l’Eglise (Ciase), ce dont s’est défendu son président Jean-Marc Sauvé.

Publié début octobre, le rapport de la commission a causé une onde de choc dans l’institution en estimant à 330.000 le nombre de personnes de plus de 18 ans ayant fait l’objet de violences sexuelles depuis 1950, quand elles étaient mineures, de la part de clercs, de religieux ou de personnes en lien avec l’Eglise.

Solidaires des victimes quand même

Plus d’un mois après, huit des quelque 200 à 250 membres de cette Académie, qui réunit des intellectuels catholiques, ont remis en cause ces conclusions dans un texte de 15 pages révélé par La Croix. Parmi les signataires figurent le président de l’Académie Hugues Portelli, professeur émérite à l’université Paris-II, Philippe Capelle-Dumont, professeur de théologie à l’université de Strasbourg, ou encore le philosophe Pierre Manent.

Les auteurs précisent que leur texte n’engage pas l’Académie – dont Jean-Marc Sauvé est membre – et qu’ils « entendent être solidaires des victimes ». Ils dénoncent d’abord la « méthodologie défaillante et contradictoire » de la Ciase, en particulier le chiffre de 330.000 victimes, issu d’un sondage Ifop et exploité par une équipe de l’Inserm. Il existe à leurs yeux « un gouffre entre cette estimation » et les autres chiffrages obtenus (2.738 avec l’appel à témoignages, et 4.832 à 27.803 via le travail sur les archives).

Des chiffres et des peut-être

« La fonction d’un tel chiffre est de clore la discussion », regrettent les signataires, jugeant que « l’esprit qui préside à l’analyse des causes et à la formulation des recommandations semble a priori idéologique ». Le rapport de la Ciase présente en outre des « carences sérieuses dans les domaines théologiques, philosophique et juridique », ajoutent-ils. Les signataires regrettent par exemple, que le rapport ne mentionne que les évangiles « et semble ignorer les autres textes canoniques du Nouveau Testament ».

Selon eux, les 45 recommandations sont « discutables dès lors que leurs prémisses le sont ». Formulées par une « Commission sans autorité ecclésiale ni civile », elles « ne peuvent être qu’indicatives pour guider l’action de l’Eglise et de ses fidèles. Certaines pourraient s’avérer ruineuses pour l’Eglise », mettent-ils en garde. De manière générale, « c’est à l’Eglise seule (…) qu’il revient d’entreprendre librement (…) les réformes nécessaires », disent-ils.

« Mises en cause aussi graves qu’indigentes »

Jean-Marc Sauvé a jugé ces « mises en cause aussi graves qu’indigentes ». Aucune « n’est de nature à remettre en cause nos analyses ». « Je répondrai de manière circonstanciée à toutes (ces) allégations », a-t-il promis, en invitant l’Académie catholique « à mener une étude scientifique avec toutes les garanties scientifiques nécessaires, sur les violences sexuelles dans l’Eglise catholique, comme dans notre société, de telle sorte qu’elle puisse étayer ou non ses soupçons ».

« Je suis prêt à tout moment à débattre publiquement avec Hugues Portelli », a-t-il encore dit. Selon lui, « il ne suffit pas d’insinuer et de dénigrer ou encore de dénoncer de graves biais ou manquements déontologiques et méthodologiques. Il faut de la clarté (…) du débat contradictoire et, pour nos détracteurs, des preuves, ce qui implique de leur part un indispensable travail qui, en réalité, n’a pas vraiment commencé. »

Née en 2008, l’Académie catholique de France réunit des intellectuels catholiques notamment pour « faire avancer la réflexion sur des thèmes choisis, d’actualité intellectuelle ou sociale ».