Loire-Atlantique : On vous dit tout sur l’indémodable « bol prénom » de Pornic

TERRE CULTE Ces incontournables bols sont peints à la main depuis 1947 à la faïencerie de Pornic, en Loire-Atlantique

Julie Urbach
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Dans les coulisses du "bol prénom", à la faïencerie de Pornic — 20 Minutes
  • Souvenir de vacances ou cadeau de naissance, le bol prénom va aussi s’écouler à des dizaines de milliers d’exemplaires pour Noël.
  • 20 Minutes s’est rendu à la faïencerie de Pornic, qui emploie une quinzaine de décoratrices.

Il rappelle une escapade romantique en Bretagne, la naissance de la petite dernière, ou une joyeuse fête des mères. Dans un mois, ce sont les retrouvailles en famille à l’occasion des fêtes de Noël que des dizaines de milliers de ces « bols prénom » s’apprêtent à accompagner. A la faïencerie de Pornic ( Loire-Atlantique) où ils sont peints à la main depuis 1947, les commandes s’enchaînent pour arriver à temps sous le sapin. « On fait trois à quatre fois plus de ventes directes à cette période, détaille Franck Picart, directeur de production. Mais le plus gros de notre production reste l’été, chez nos 300 magasins revendeurs dans l’Ouest. On a d’ailleurs battu notre record historique en août ! »

Kitsch pour certains, tradi pour d’autres, l’incontournable bol pornicais a le vent en poupe. Avec l’essor du fait maison, et le gros boom de la destination Bretagne, la production ne s’est jamais aussi bien portée pour dépasser ces dernières années les 400.000 pièces. Au rez-de-chaussée de l’entrepôt, qui est resté le même depuis 75 ans, des palettes de « biscuits », ces bols à l’état brut, arrivent du Portugal. Car contrairement aux idées reçues, les bols en eux-mêmes ne sont pas made in France, et ce depuis que la manufacture de Loire-Atlantique s’est détachée de la maison-mère, à Niderviller (Moselle). L’émaillage puis la décoration se font par contre bel et bien là, sans grosse machine sauf un impressionnant four, dans lequel les pièces passent deux fois pendant 11 heures, à 1.080 degrés.

Un millier de prénoms par jour !

Au premier étage, derrière son petit bureau, Jany trempe son pinceau dans un pigment rose, qui deviendra bleu après la fameuse cuisson. Cette décoratrice (elles sont une quinzaine) est la spécialiste du « filet », ce trait de peinture sur la tranche du bol, qu’il faut appliquer « en appuyant légèrement puis de plus en plus » tout en faisant manuellement tourner l’objet. A côté, sa collègue tamponne les deux oreilles à l’éponge tandis qu’une troisième, d’un geste assuré, enchaîne les inscriptions dans le style d’écriture propre à la faïencerie, qu’il faudrait « entre trois et six mois » pour maîtriser. « En plus, il ne faut surtout pas se tromper dans les orthographes, sourit celle qui écrit parfois un millier de prénoms par jour. Surtout qu’on a parfois des demandes originales. »

Bien sûr, les classiques Camille, Louise, Louis, Emma et Marie restent les plus prisés. Mais les inscriptions sont de plus en plus variées (comme Marie-Francine, à la demande de Valérie Lemercier) depuis que la faïencerie a ouvert en 2015 son « configurateur » de bol à personnaliser en ligne, avec près de 2.500 modèles différents, pour 25 euros, frais de port inclus. Si certaines pièces sont encore peintes à la main à Pornic, les best sellers, avec en tête le couple de petits bretons, sont imprimées grâce à des « chromos », sortes de décalcos que d’autres employées collent à la chaîne, au fond de l’atelier, avant d’envoyer l’objet à la cuisson. « Au total, entre six et sept personnes interviennent sur un même bol », calcule Franck Picart, à côté d’un étal de mugs.

Le bol aux oreilles bleues toujours gagnant

Car si le bol est la star indémodable de la faïencerie, leader en la matière, un tas de toutes autres pièces sont aussi décorées ici. Dans la boutique d’usine, juste en face de l’entrepôt, on s’arrache les mugs, porte-serviettes, mais aussi ces drôles de plats diviseurs (qui permettent de couper le gâteau en parts égales) estampillés de multiples décors comme Bécassine, dont la licence a été obtenue il y a dix ans. Mais si chaque année, de nouveaux artistes collaborent, c’est toujours le bol aux oreilles bleues qui gagne à la fin. « On avait fait des essais pour démarcher d’autres régions, avec des cigales, des épongés orange, se rappelle d’ailleurs Franck Picart. Mais ça n’a pas bien marché… rien à voir avec la Bretagne ! »