Lyon : Elles vont marcher dans les quartiers pour lutter contre l’insécurité

HARCELEMENT SEXISTE Les « marches exploiratoires » lancées en 2015 sur les lignes de bus lyonnaises vont désormais être étendues aux quartiers. A commencer par celui de la Guillotière

Caroline Girardon
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A Lyon, des femmes vont des
A Lyon, des femmes vont des — C. Girardon / 20 Minutes
  • Afin de lutter contre le harcèlement sexiste et l’insécurité, le Sytral a lancé en 2015, des « marches exploratoires » d’usagères.
  • Opérées dans un premier temps sur les lignes de bus, ces marches vont s’étendre au quartier de la Guillotière.
  • Le recrutement des ambassadrices a été lancé jeudi.

Les violences sexistes, le harcèlement de rue ? « Malheureusement, ils sont très visibles au quotidien », répond Delphine. Lyonnaise d’adoption, cette jeune maman de 32 ans, fait partie de la quarantaine de femmes volontaires qui effectuent des « marches exploratoires » sur le réseau des transports en commun lyonnais. Une initiative, lancée en 2015, qui a fait ses preuves. Par exemple, la descente à la demande a été mise en place sur plusieurs lignes de bus, chaque soir après 22 heures. Le temps d’attente est désormais affiché aux stations et l’éclairage a été renforcé.

En ce jeudi, journée internationale pour l’élimination de la violence à l'égard des femmes, le Sytral a lancé une nouvelle campagne de lutte contre le harcèlement sexiste, signée Diglee, tout en annonçant vouloir étendre le principe des « marches » à l’échelle d’un quartier. Celui de la Guillotière, en l’occurrence. Le choix n’est pas anodin, la place Gabriel-Péri, où s’est déployé un marché sauvage avec différents trafics de rue, suscite un fort sentiment d’insécurité chez les riverains et les passants.

« Interpellée toutes les deux minutes »

Cette fois, il ne s’agira plus pour les « ambassadrices », d’explorer une ligne de bus. Elles devront rayonner en groupe autour de « la Fosse aux ours », parcourir les rues qui mènent aux arrêts des bus C9 et C12. Faire la même chose le long de la ligne de tramway et aux abords de la station de métro. Avec le même objectif : « établir un diagnostic de terrain ». Formuler des propositions après avoir soulevé tous les points qui, aujourd’hui, empêchent les femmes de se sentir en sécurité.

« Quand on passe, on nous regarde de bas en haut. On reçoit des remarques par rapport à notre couleur de peau, relate Delphine qui a habité dans le secteur pendant trois ans. A un moment, je ne pouvais pas circuler sans être interpellée toutes les deux minutes pour qu’on me propose d’acheter des choses illicites. C’était assez intrusif. » « Quand on sort du métro, on se fait tout de suite interpeller pour des cigarettes ou de la drogue », confirme Edith, 46 ans. Elle aussi fait partie des « marcheuses ». La Guillotière n’est toutefois pas une exception. A Bron où elle réside, les remarques sont aussi légion. « On est mal vu pour notre façon de s’habiller ou notre manière de parler », témoigne-t-elle.

Démarrage du recrutement

Sarah, étudiante de 22 ans en master de psychologie, a été « suivie plusieurs fois ». Que ce soit à la Guillotière ou à Rillieux-la-Pape, près de son logement. « Parfois, il n’y a même plus aucune distance. Il y a des frottements, témoigne-t-elle. On entend des sifflements, des moqueries, des comparaisons animales, des insultes ou des phrases comme : "Vous êtes là par ce que vous le voulez bien". C’est simple, on ne peut plus vraiment marcher librement. Ce n’est pas pour rien que vous voyiez de plus en plus de femmes marcher avec des écouteurs dans les oreilles ».

Jeudi matin, Sarah et ses camarades sont allées tracter dans les rues pour convaincre d’autres femmes de venir grossir leurs rangs et les informer que la phase de recrutement était lancée. Les volontaires ont d’ailleurs édité un guide et des affiches placardées aux abords des stations. Les premières « marches exploratoires » au cœur de la Guillotière devraient démarrer au cours du premier trimestre 2022.