Naufrage de migrants : « C’est 30 ans de politiques toujours plus sécuritaires qui sont mises en lumière par ce drame », explique Manon Fillonneau

INTERVIEW Les associations venant en aide aux migrants sur le littoral des Hauts-de-France soulignent toutes le caractère inéluctable du drame qui s’est joué, mercredi, en Mer du Nord

Mikaël Libert
— 
Des policiers patrouillent sur la place à Wimereux, à proximité de Calais, au lendemain du naufrage ayant causé la mort de 27 migrants en Mer du Nord
Des policiers patrouillent sur la place à Wimereux, à proximité de Calais, au lendemain du naufrage ayant causé la mort de 27 migrants en Mer du Nord — Louis Witter/AP/SIPA
  • Vingt-sept migrants sont morts, mercredi, dans le naufrage de leur embarcation pour tenter de rejoindre la Grande-Bretagne.
  • Le gouvernement a aussitôt mis en cause la responsabilité des passeurs et annoncé des mesures pour lutter contre ces réseaux mafieux.
  • Humanitaires et associations, comme Manon Fillonneau d'Amnesty International France, dénoncent le résultat d’une politique migratoire répressive.

Mercredi après-midi, au large de Calais, en pleine mer du Nord, 27 exilés ont péri dans le naufrage de leur embarcation de fortune en tentant de rejoindre l'« Eldorado » britannique. Un drame humain inédit dans la région, dont les associations d’aide aux migrants, les sauveteurs en mer et même certains politiques redoutaient le caractère inéluctable. Si Emmanuel Macron affirme que «  La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière », les humanitaires, eux, espèrent que les gouvernants les écouteront enfin. Manon Fillonneau, chargée de plaidoyer migrations à Amnesty International France, a répondu aux questions de 20 Minutes.

Lutter contre les passeurs n’est-il pas vain au vu des sommes en jeu ?

Le renforcement de la lutte contre les passeurs est annoncé à chaque nouveau drame. Il y a pourtant eu plus de 340 morts depuis 1999 à cette frontière franco-britannique. Au moins 30 personnes sont mortes à la frontière franco-italienne depuis 2015, et 6 à la frontière franco-espagnole juste en 2021. Les politiques successives annonçant la lutte contre les passeurs n’y ont rien changé. C’est avant tout 30 ans de politiques toujours plus sécuritaires en France et en Royaume Uni qui sont mises en lumière par ce drame.

Pourquoi les exilés continuent-ils de vouloir se rendre en Grande-Bretagne ?

Les personnes exilées qui sont sur le littoral du Nord ont tout quitté dans leur pays d’origine, souvent dans la douleur. Certains veulent rejoindre des proches en Grande-Bretagne, et en sont à la dernière étape d’un long voyage déjà extrêmement dangereux, à travers la Libye, la Méditerranée, sur les routes des Balkans, dans les massifs alpins. La France pourrait être, pour certaines d’entre elles, une destination finale, mais les traitements qui sont réservés aux personnes exilées ici en découragent plus d’une : expulsions forcées de leurs abris de fortune sans proposition de relogement, brutalités policières, interdiction de la distribution alimentaire et harcèlement des associations aidant les exilés à Calais. Aussi, certaines personnes ne peuvent même pas demander l’asile en France, car l’injuste règlement de Dublin impose qu’ils la fassent dans le premier pays par lequel elles sont entrées en Europe.

Que faudrait-il faire pour éviter un nouveau drame ?

En premier lieu, il faut des voies de migration légales et sûres vers l’Angleterre, et donc entamer des réelles négociations avec le Royaume-Uni sur ce plan. Il est nécessaire de réviser en profondeur le règlement de Dublin, pour permettre une meilleure répartition des demandes d’asile en Europe. Les exilés sur le littoral Nord doivent être autorisés à demander l’asile en France si elles le souhaitent, et elles doivent pouvoir avoir les informations nécessaires et la possibilité de le faire depuis Calais. Tant qu’il y aura des tentatives de passages dangereux faute de mieux, la priorité doit être de sauver les personnes en danger en mer.