Paris s'inquiète du phénomène Chemsex, qui se diffuse à grande échelle dans la capitale

ADDICTIONS Une étude inédite sur le phénomène Chemsex met en avant sa diffusion toujours plus importante depuis les confinements à Paris

Romarik Le Dourneuf
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Les substances utilisées, parfois injectables, se trouvent facilement sur Internet. (Illustration)
Les substances utilisées, parfois injectables, se trouvent facilement sur Internet. (Illustration) — Pixabay
  • Une étude inédite a été présentée ce mercredi à l’hôtel de ville de Paris sur le phénomène du Chemsex. Cette pratique mêle le sexe à une prise importante de drogues.
  • Selon cette étude, le Chemsex se répand de plus en plus à travers toutes les couches de la société et ne répond pas aux canaux habituels des pratiques à risques. Ce qui rend difficile la prévention et l’information.
  • La ville de Paris a annoncé la mise en place d’un plan et d’un comité stratégique pour informer sur les dangers du Chemsex.

Le Chemsex gagne du terrain et gagne une population de plus en plus importante. C’est ce qui ressort d’une étude, présentée ce mercredi à l’hôtel de ville de Paris. Derrière ce mot-valise (« chemicals » pour produits chimiques en anglais et « sex »), se cache une pratique qui consiste à consommer des psychotropes ou des drogues de synthèse pour intensifier et prolonger les rapports sexuels. Selon l’étude Sea, Sex and Chems, elle serait en plein essor au point de devenir un phénomène inquiétant pour les autorités et les services de santé par les dangers qu’il entraîne. 

Si Paris essaie de prendre en main le sujet, c’est qu’elle est « une ville historique du Chemsex », selon Jean-Luc Romero-Michel, adjoint d’Anne Hidalgo et militant de longue date. Initialement vue comme une pratique réservée aux hommes ayant des rapports avec des hommes (HSH), elle se diffuse depuis quelques années dans « toutes les parties de la population, quelle que soit l’orientation sexuelle ou le genre des personnes concernées », explique Dorian Cessa, docteur et coordinateur principal de l’étude. Le phénomène se serait, de plus, multiplié avec les confinements, qui ont cassé les codes habituels. « Et les produits utilisés sont disponibles en deux clics sur Internet pour des prix ridicules », ajoute Jean-Luc Romero-Michel. « La diffusion de certaines de ses drogues, notamment de la 3MMC », a été « significativement majorée depuis le début de l’épidémie de COVID-19 », affirme Dorian Cessa.

Un phénomène difficile à saisir aux conséquences dramatiques

Pour le moment, aucun chiffre sur le nombre de pratiquants ne ressort tant le phénomène est difficile à saisir. Pour donner une idée de l’expansion possible du Chemsex, Dorian Cessa cite une précédente étude anglaise qui montrait que sur les 500.000 utilisateurs de l’application Grindr (site de rencontres entre hommes), « entre 25 et 30 % des inscrits » déclaraient s’y adonner. Un chiffre impressionnant d’autant que l’étude Sea, Sex, and Chems fait remonter que les hétérosexuels sont toujours plus nombreux à pratiquer le Chemsex et que les femmes, en majorité hétérosexuelles aussi, représentent 16,5 % des pratiquants dans l'étude. Cela donne une idée de l’étendue du phénomène.

Et il a de quoi inquiéter au regard des risques encourus. Si des cas de nombreux cas de comas et des décès sont déjà rapportés, l’étude montre que le Chemsex mène à différentes addictions, que ce soit aux produits ou au sexe. De plus, il altère la vigilance face aux maladies et infections sexuellement transmissibles.

S’il précise que le phénomène touche toutes les couches de la société, « notamment beaucoup de CSP+ », Dorian Cessa identifie certains publics à risque face au Chemsex. Les populations fragiles, comme celles qui ont connu la monétisation du sexe, les violences sexuelles ou la séropositivité sont plus à même d’entrer dans cette pratique. De même que les celles qui ont connu une entrée précoce dans la sexualité, une dysfonction sexuelle ou une non-binarité sont particulièrement exposées à l’addiction aux produits consommés. Et l’addiction comportementale au sexe touche particulièrement les personnes qui visent une performance sexuelle, « très courante chez les HSH, et les utilisateurs d’application », commente-t-il.

La Ville de Paris met en place un plan d’information et de réduction des risques

Pour lutter contre ces risques, la Ville de Paris a annoncé la mise en place d’un plan d’information et de réduction des risques du Chemsex qui doit coordonner les actions des autorités de santé, les associations et la police. « Les professionnels sont désarçonnés par ce phénomène », explique Anne Souyris, adjointe à la maire de Paris en charge de la santé et à l’initiative du plan.

Après avoir annoncé la création d’un comité stratégique « dans les semaines à venir », l’élue a insisté sur la nécessité de communiquer avec les différentes parties et sur la diffusion la plus large possible d’informations sur le sujet. Et Jean-Luc Romero-Michel de conclure : « Il faut absolument éviter la stigmatisation et la moralisation, ce sont les pires ennemis de la prévention. »

20 secondes de contexte

L’étude Sea, Sex and Chems a été réalisée de mars à juin 2021, sur 2.767 personnes dont 1.196 ayant déjà pratiqué le Chemsex par le centre d’addictologie de la Croix-Rousse et le collectif queer Plus belle la nuit et agréée par le comité d’éthique de l’université d’Aix-Marseille.