Lyon : Pourquoi certaines écoles hébergent-elles des familles ?

SOLIDARITE L’école élémentaire Alix, dans le 2e arrondissement de Lyon, héberge depuis lundi deux familles qui vivaient à la rue. Une cinquantaine d’autres, dont 123 enfants, sont dans le même cas à Lyon, faute de trouver un hébergement d'urgence

Jennifer Lesieur
— 
L'école élémentaire Alix, cours Charlemagne, abrite deux familles albanaises depuis le 22 novembre.
L'école élémentaire Alix, cours Charlemagne, abrite deux familles albanaises depuis le 22 novembre. — J.L. / 20 MINUTES
  • L'école élémentaire Alix héberge depuis lundi 22 novembre deux familles albanaises sans abri, dont les enfants sont scolarisés.
  • C'est la neuvième école lyonnaise qui décide d'abriter des familles précaires parce que les pouvoirs publics ne trouvent pas d'hébergement d'urgence.
  • Le collectif Jamais sans Toit les aide avec des collectes et des bénévoles, en attendant une solution définitive. 

A la récréation, la cour de l’école Alix, cours Charlemagne (Lyon 2), résonne de jeux et de cris de joie. Parmi ces enfants rieurs, quelques-uns ne rentreront pas chez eux ce soir. Ils resteront dormir à l’école, avec leurs parents, parce qu’ils n’ont pas de toit. Ces deux familles albanaises, dont les enfants sont scolarisés tout étant à la rue, ne sont pas des cas isolés : une cinquantaine de familles, dont 123 enfants, sont actuellement hébergées par neuf écoles lyonnaises, grâce au collectif Alix Solidarité, soutenu par  Jamais Sans Toit.

« Ce collectif existe depuis longtemps et il est toujours très actif », explique François Bachelet, enseignant à l’école Audrey-Hepburn, occupée depuis la semaine dernière, et parent d’élève à l’école Alix. « Ces deux familles dormaient par terre à Perrache, dans les parcs… Elles ont eu un parcours compliqué, et c’était trop dur de voir les copains de nos enfants dormir dehors, c’est pourquoi nous avons décidé de les abriter à Alix dès lundi. »

A la recherche de responsables et de lieux d’accueil

Cette occupation, illégale, répond à la lenteur des pouvoirs publics face aux demandes d’hébergement d’urgence. François Bachelet a renouvelé les mêmes démarches : « On a contacté les mairies d’arrondissement, la mairie centrale, la métropole et la préfecture. Les réponses sont simples, à savoir se renvoyer la balle, et tout ce que peut faire la métropole, c’est de n’héberger que les mères seules avec un enfant de moins de 3 ans. »

Si la mairie actuelle n’a pas de compétence officielle en la matière, elle tolère l’occupation des écoles en permettant de les chauffer la nuit, et recense les appartements vacants pour pouvoir placer ces familles à l’abri. « La préfecture est censée gérer les hébergements d’urgence, mais pour le moment, elle n’est pas à la hauteur », regrette François Bachelet. « Des lieux auparavant adaptés pour l’accueil, comme le Cemagref dans le 9e arrondissement, n’ont pas rouvert cette année, on ne sait pas pourquoi. »

Une longue attente qui dépend des collectes

De précédentes occupations d’écoles avaient abouti à une prise en charge par l’Etat, mais au bout de plusieurs mois. Or, le collectif manque de moyens, humains et matériels, pour attendre aussi longtemps : « Quand on commence une occupation d’école, c’est pour que ces gens ne retournent plus jamais à la rue », rappelle François Bachelet. « C’est pour ça qu’on leur paye des nuits d’hôtel en complément, les week-ends. Ce sont des sommes importantes que l’on doit collecter, à la longue, mais le devoir de protéger, de mettre à l’abri, est plus fort que le reste. »

Prévenue, l’Education nationale n’a pas répondu, « à part des mails pour nous rappeler de bien penser à célébrer la journée des Droits de l’enfant… Et nous, en tant qu’enseignants, on a du mal à parler de ces droits, et de l’école de la République, à ces enfants, quand on leur dit que parmi leurs camarades, il y en a qui vont dormir dehors. On ne trouve pas les mots pour justifier ça, parce que c’est injustifiable. »