Wish déréférencé : Guirlandes inflammables, tétines au bisphénol… C’est quoi exactement un produit non conforme ?

FRAUDE Guirlande, chargeur, tétine, peluches, collier, bracelet… De nombreux produits vendus sur Wish sont jugés non conformes ou dangereux par la DGCCRF

Manon Aublanc
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Des agents de la DGCCRF opèrent une saisie dans un entrepôt à Paris, en 2013.
Des agents de la DGCCRF opèrent une saisie dans un entrepôt à Paris, en 2013. — A. Gelebart/20 Minutes/SIPA
  • La répression des fraudes (DGCCRF) a demandé ce mercredi le déréférencement de la plateforme américaine de vente en ligne Wish des principaux moteurs de recherche et des magasins d’applications.
  • Une analyse de la DGCCRF révèle que sur 140 produits vendus sur la plateforme spécialisée dans les prix cassés et qui revend des produits bon marché principalement fabriqués en Chine, un nombre important a été identifié comme non conformes.
  • Mais, au fait, c’est quoi un produit non conforme et dangereux ?

Une première en Europe. Après une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), qui reproche au site de vente en ligne Wish la commercialisation de produits non conformes, voire dangereux, la plateforme d'objets à prix cassés va être déréférencée, a annoncé le ministère de l’Economie, ce mercredi.

Appareils électriques, bijoux ou encore jouets… Sur 140 produits vendus sur Wish et analysés par la DGCCRF​, un nombre important a été épinglé par le gendarme de consommation. A deux jours du Black Friday et quelques semaines de Noël, 20 Minutes fait le point sur ces produits non conformes et parfois même dangereux.

Suffocations, sapin en feu et colliers au plomb

Après plusieurs enquêtes menées depuis 2018 sur la sécurité des produits vendus sur plusieurs plateformes en ligne, le Service National d’Enquête (SNE) de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a ouvert, en septembre 2020, une seconde enquête sur 140 produits vendus sur le site américain Wish, spécialisé dans la vente d’objets à prix cassés. Et le résultat est sans appel : « L’enquête a permis de révéler la mise en vente d’un grand nombre de produits non conformes et dangereux », explique la DGCCRF dans son communiqué de presse.

Certaines familles de produits atteignent même des taux de dangerosité particulièrement élevés, comme les jouets qui sont 95 % à être non conformes, dont 45 % dangereux. C’est le cas de plusieurs peluches, dont une partie peut se détacher facilement et être ingérée par un nourrisson ou un enfant, ou d'une tétine pour bébé contenant du bisphénol A, une substance suspectée d’être un perturbateur endocrinien et interdit depuis 2017 dans les produits pour enfant.

Du côté des appareils électriques, le gendarme de la consommation a repéré 95 % d’objets non conformes, dont 90 % dangereux. C’est le cas de plusieurs guirlandes lumineuses ou de chargeurs, vendues sur Wish, qui présente un risque de choc électrique pouvant entraîner un départ de feu du sapin, voire de votre habitation. Même chose pour un détecteur de fumée, vendu sur la plateforme américaine, qui présente un défaut d’alerte. « Le produit ne détecte pas la fumée. De plus, sa puissance acoustique est trop faible. De ce fait, il ne peut remplir sa fonction, laissant ainsi le feu se développer ? Si un incendie se déclare, le produit peut ne pas générer de signal d’alarme, provoquant un risque d’asphyxie et de brûlures pour les occupants du bâtiment », explique le site « Safety Gate », qui permet l’échange rapide d’informations sur les produits non alimentaires dangereux entre les pays européens.

Du côté des bijoux fantaisie, dont 62 % sont considérés comme dangereux, la DGCCRF a pointé du doigt des colliers, des parures et des bracelets contenant des substances nocives, comme le cadmium ou le plomb, à haute dose, pouvant entraîner des risques de cancer ou d’allergies.

Des réglementations différentes en fonction des produits

Selon la définition donnée sur le site du gendarme de la consommation, un produit est considéré comme non conforme s’il ne répond pas à un ou plusieurs critères. Il peut s’agir d’un produit qui « ne répond pas à l’usage habituel », qui « ne correspond pas à la description donnée par le vendeur », qui « ne présente pas les qualités détaillées dans une publicité ou dans son étiquetage », qui « ne correspond pas à l’usage spécial recherché », dont « l’installation convenue n’a pas été effectuée correctement par le vendeur », dont « le manuel d’installation est incomplet ou incompréhensible », ou qui « présente un défaut de fabrication, une imperfection, un mauvais assemblage ». Concernant la sécurité, elle dépend du produit en question. Les mêmes normes de sécurité ne sont pas les mêmes pour des aliments, des jouets, des appareils électroniques ou encore des meubles.

Par exemple, les jouets ne doivent pas présenter de risques chimique, physique, mécanique, électrique, d’inflammabilité, de radioactivité et d’hygiène, explique Bercy sur son site. Les bijoux dits de fantasie, eux, font l’objet d’une réglementation spécifique, compte tenu de la toxicité du plomb, du nickel et du cadmium, avec des seuils maximums réglementaires à respecter. Lorsqu’un produit est considéré comme dangereux ou non conforme, il peut faire l’objet d’un retrait ou d’un rappel. Le retrait peut intervenir tant que le produit est disponible dans les magasins mais n’est pas encore vendu : les professionnels les retirent alors des rayons ou des entrepôts. Le rappel, quant à lui, intervient pour les produits qui sont déjà sur le marché. Les particuliers doivent alors rapporter aux magasins les produits défectueux ou les détruire.

Les voisins européens prévenus

Ce n’est visiblement pas le cas des produits Wish. Le site de vente en ligne « n’effectuait pas les retraits et les rappels de produits de manière satisfaisante (…) Si les offres concernant les produits notifiés dangereux sont bien retirées sous vingt-quatre heures, dans une majorité de cas ces produits restent proposés sous une autre dénomination », a expliqué Bercy pour justifier sa décision. Après plusieurs mises en garde, la répression des fraudes qui n’a pas reçu de « réponse satisfaisante » de Wish, a réclamé le déréférencement du site, comme le lui permet la loi DDADUE. Adoptée en 2020, cette loi « renforce les pouvoirs de la DGCCRF en cas d’infractions et de manquements aux règles de protection des intérêts économiques des consommateurs et à celles relatives à la conformité et à la sécurité des produits sur Internet ».

« Les acteurs du numérique, et en particulier les places de marché, savent désormais qu’elles ne peuvent plus vendre n’importe quel produit en toute impunité ! », a déclaré Alain Griset, le ministre des TPE-PME. Résultat, dans les prochains jours, le site et l’application Wish devraient donc disparaître des grands moteurs de recherche comme Google et des magasins d’applications (Apple Store, entre autres). L’accès au site sera en revanche toujours possible en tapant l’adresse directement.

Quelques semaines avant Noël, ces produits pourraient-ils continuer à être vendus dans d’autres pays ? Oui, mais nos voisins européens pourraient eux aussi décider de bannir certains produits Wish. Quand la DGCCRF procède au retrait ou au rappel d’un produit sur le marché français, elle informe immédiatement la Commission européenne, via le système d’alerte Rapex, un réseau d’échange d’informations entre chaque pays membres de l’Union européenne permettant de signaler rapidement un produit dangereux.