Amphis bondés, manque de profs, installations sportives insuffisantes… Pourquoi les étudiants en Staps ne décolèrent pas

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Les enseignants et étudiants de la filière dénoncent un sous-investissement chronique de l’Etat

Delphine Bancaud
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Une manifestation des Staps à Paris le 13.10.2021.
Une manifestation des Staps à Paris le 13.10.2021. — SEVGI/SIPA
  • La filière Staps (les Sciences et techniques des activités physiques et sportives) déplore le fait d’avoir de plus en plus d’étudiants sans que les moyens humains ne suivent.
  • Les conditions d’enseignement sont aussi vivement critiquées par les étudiants : les amphis sont surchargés, les TD accueillent parfois 60 élèves, et certains examens ont lieu dans des gymnases…

Ce mercredi, c’est la colère qui les a réunis. Les étudiants de Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) se sont donné rendez-vous devant les rectorats. Certains ont même fait le déplacement à Paris pour se rejoindre devant l’Assemblée afin d’interpeller le Premier ministre et la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

Il y a quelques mois, l’UFR de Staps de Rennes 2 a mis le feu aux poudres en se mobilisant et en retardant sa rentrée. En cause : le manque de moyens pour encadrer correctement les étudiants. Le mouvement de contestation a fait ensuite boule de neige dans d’autres universités. Exemple à Chambéry, où le directeur de la composante Staps a démissionné à la rentrée pour montrer l’impossibilité de poursuivre sa mission correctement.

Une filière en tension depuis des années

C’est d’abord le manque d’enseignants qui pose problème. Comme le rappelait l’ancienne ministre des Sports et actuelle députée de Seine-Saint-Denis Marie-George Buffet dans un courrier adressé à Jean Castex le 17 novembre, consulté par 20 Minutes : « En dix ans, le nombre d’étudiants Staps a augmenté de 100 %, mais le nombre de professeurs seulement de 30 % », déplore-t-elle. Il faut dire que la filière Staps est victime de son succès, car elle est la troisième licence la plus demandée sur Parcoursup, avec plus de 180.000 vœux enregistrés sur la plateforme en 2021. Même si, au final, seul un candidat sur dix est accepté dans la filière, faute de places suffisantes.

« Sur 51 composantes Staps en France, une dizaine a un taux d’encadrement particulièrement faible : c’est le cas d’Amiens, où l’on compte un enseignant pour 70 étudiants ; Valenciennes, un pour 60 ; Rouen et Paris XIII, un pour 50… Alors que la moyenne pour les autres formations est d’un enseignant pour 20 étudiants », explique Pascal Anger, secrétaire national du Snesup-FSU.

« Certains cours ne sont dispensés que grâce au recrutement de vacataires »

« Les enseignants effectuent un taux d’heures supplémentaires faramineux et certains cours sont neutralisés car il n’y a pas d’enseignants, comme l’informatique ou l’anglais. Cela fragilise le diplôme », estime Anne Roger, secrétaire générale du Snesup-FSU et enseignant à l’UFR Staps de Lyon 1. « Certains cours ne sont dispensés que grâce au recrutement de vacataires. Il y a une rupture d’égalité », ajoute Frédérique Roux, enseignante à l’UFR Staps Rennes 2.

Les conditions d’enseignement sont aussi vivement critiquées. Timothée Brun, étudiant en M2 à Nantes et président de l’association étudiante Anestaps, décrit le « mal-être profond et le sentiment de délaissement des étudiants ». Dans de nombreuses universités, les amphis sont surchargés, les TD accueillent parfois 60 élèves.  « Nos emplois du temps ne sont pas adaptés et les cours sont mal répartis pendant la journée. On assiste à des situations ubuesques, comme des cours de rugby dispensés dans les couloirs, des examens qui ont lieu dans des gymnases. Et les étudiants doivent parfois prendre leur voiture pour accéder à un équipement sportif car il n’y en a pas à côté de l’université », décrit Timothée Brun. Faute de salles de cours suffisantes, « on se retrouve parfois à enseigner dans des préfabriqués », témoigne aussi Séverine Delbosq, enseignante à l’UFR Staps de Paris XIII.

« On laisse la porte ouverte à des écoles privées »

Une situation qui encourage la concurrence. « On laisse la porte ouverte à des écoles privées non adossées à la recherche et qui proposent des formations pas toujours reconnues par l’Etat », déclare Frédérique Roux, enseignante à l’UFR Staps Rennes 2. Ce que déplorent les équipes universitaires, d’autant que le taux d’insertion professionnelle des diplômés de Staps est bon. Et que le contexte est porteur. « Car la France est en phase d’organisation des Jeux olympiques de 2024 à Paris et qu’elle aura besoin de managers dans le domaine du sport », souligne l’enseignante.

Pourtant, en 2017, un groupe de travail avait été mis en place par le ministère de l’Enseignement supérieur, concluant qu’il fallait réinjecter 100 millions d’euros dans la filière et créer 1.000 postes sur dix ans. « Au final, 17 millions ont été versés aux universités en 2018. Mais seulement 50 % de la somme a été redistribuée aux composantes Staps », souligne Pascal Angers. Ce qui incite Marie-George Buffet à demander à Jean Castex « un plan de recrutement pluriannuel de 1.000 professeurs titulaires en Staps, un plan d’investissement massif pour la rénovation et la construction de nouveaux équipements… » Tout en s’assurant que ces crédits « aillent bien entièrement aux UFR Staps ».

Des demandes auxquelles souscrit le Snesup-Fsu, qui estime qu’il faudrait en urgence une centaine de postes d’ici à la rentrée prochaine. Contacté par 20 Minutes, le ministère de l’Enseignement supérieur indique que les UFR Staps en difficulté doivent faire « remonter leurs projets dans le cadre du dialogue stratégique et de gestion qui a lieu chaque année, à cette période, entre les établissements et les recteurs. Une enveloppe supplémentaire a été prévue pour tenir compte de cette situation particulière ».