Outre-mer : Le mouvement de contestation peut-il se propager à l’ensemble des territoires ultramarins ?

MANIFESTATION Les évènements de Guadeloupe et de Martinique se répandront-ils à Mayotte, à la Réunion et en Guyane ?

Jean-Loup Delmas
— 
Les contestations en Guadeloupe peuvent-elles s'étendre à l'ensemble de l'Outre-mer ?
Les contestations en Guadeloupe peuvent-elles s'étendre à l'ensemble de l'Outre-mer ? — Cedrick Isham CALVADOS / AFP
  • Depuis quelques jours, la Guadeloupe s’embrase et connaît des violences, pour protester contre le pass sanitaire et l’obligation des soignants de se faire vacciner sur fond de crise sociale.
  • Un brasier qui a atteint ce lundi la Martinique, avec les mêmes causes et les mêmes actions.
  • L’incendie peut-il gagner l’ensemble des outre-mer ?

L’Outre-mer s’embrase. En Guadeloupe, des violences se déchaînent depuis plusieurs jours. Manifestations, incendies, pillages, barrages empêchant des patients de se faire soigner...  L'île prend, selon ses habitants, des faux airs de Beyrouth. Une situation incandescente qui vient de gagner la Martinique, où des blocages et des manifestations ont dégénéré en tirs à balle réelle sur des forces de l’ordre et des pompiers ces lundi et mardi.

Face à ces débordements, le gouvernement a décidé d’envoyer des renforts policiers et militaires et s’est engagé à ne délivrer que des vaccins non-ARN messagers aux soignants d’Outre-mer. La grève illimitée et les premières mobilisations en Guadeloupe sont, en effet, nées de l’obligation vaccinale des soignants et du pass sanitaire. Patricia Braflan-Trobo, docteure en sciences politique, détaille : « Il y a une grande défiance en Outre-mer sur les vaccins, qui sont souvent vus comme un élément de l’Etat pour empoisonner la population. » Une crainte alimenté par le souvenir d’anciens scandales sanitaires comme la chlordécone, par des leaders syndicaux et politiques ouvertement antivaccin, le passé colonial…  « Être contre le vaccin, c’est un moyen facile de montrer sa rébellion contre Paris », résume l'experte.

Les vaccins de la colère

Alors que 77 % des Français ont reçu au moins une première dose de vaccin à l’échelle nationale, ils ne sont que 34 % en Guadeloupe, 35,3 % en Martinique, 22,7 % en Guyane, 25,4 % à Mayotte et 60,2 % à la Réunion. Des chiffres qui soulignent une défiance partagée vis-à-vis du vaccin et laissent penser que le mouvement de contestation pourrait gagner l’ensemble de l’Outre-mer.

D'autant que ces territoires partagent, en plus de cette étincelle potentielle, le même baril de poudre prêt à exploser. « Cette crise contre le vaccin réactive des colères structurelles : un taux de chômage très élevé, plus de deux fois supérieur à la métropole, une pauvreté endémique, un département sans eau… », assure Olivier Pulvar, enseignant-chercheur à l’université des Antilles. Un portrait-robot de la Guadeloupe qui peut se calquer sur chaque territoire ultramarin, souligne le chercheur. 

Incompréhension

Patricia Braflan-Trobo le confirme, les violences vont au-delà du cadre du coronavirus : « La plupart des jeunes sur les barrages font de la délinquance d’opportunité. La contestation contre la vaccination n’est qu’un prétexte pour commettre des incivilités. » Et ce ne sont pas les réponses apportées jusque là par le gouvernement qui devraient calmer le jeu : « On ne peut pas répondre que par des forces de l’ordre en plus, surtout quand la population se plaint déjà d’une trop grande autorité de Paris », note Olivier Pulvar. Quant au vaccin non-ARN, il s’agit là d’une réponse uniquement à la contestation vaccinale, qui n’est que la partie émergée de l’iceberg.

En revanche, il est peu probable que la grogne actuelle gagne la métropole, estime Patricia Braflan-Trobo. Non seulement l’Hexagone ne compose pas avec les mêmes problématiques économiques et sociales, mais il abrite également une population beaucoup moins réticente au vaccin. Sans étincelle ni poudrière, la France continentale devrait donc être épargnée. Le mouvement anti-pass qui l’a animée quelques samedis depuis cet été n’a engendré à ce jour que peu de mobilisations, et encore moins d’incidents. C’est bien là, pour Olivier Pulvar, la limite du mythe d’une France unique et indivisible. « On veut traiter chaque territoire de la même manière. Or, chacun a ses disparités, et ne nécessite pas les mêmes réponses ».

20 Minutes est partenaire de la première édition des Assises économiques des Outre-mer, organisée par le groupe Ouest-France sur le thème de « Les Outre-mer : des territoires d’innovation, des terres d’adaptation », qui aura lieu le 7 décembre 2021. Une journée consacrée aux territoires ultramarins qui comptent plus de deux millions de Français. Des territoires qui regorgent d’attractivité, d’opportunités et de perspectives d’avenir. Un événement 100% digital et gratuit sur inscription.