OL – OM interrompu : « La sécurisation des stades a toujours été le parent pauvre des clubs », explique le sociologue Dominique Bodin

INTERVIEW Spécialiste des questions de violence dans le sport et de hooliganisme, le sociologue Dominique Bodin revient pour « 20 Minutes » sur les incidents dimanche survenus lors du match Lyon-Marseille

Propos recueillis par Thibaut Chevillard
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L'auteur du jet de la bouteille a été interpellé dès dimanche et le joueur visé, le capitaine marseillais Dimitri Payet, a porté plainte.
L'auteur du jet de la bouteille a été interpellé dès dimanche et le joueur visé, le capitaine marseillais Dimitri Payet, a porté plainte. — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Le match OL-OM s’est arrêté au bout de quelques minutes de jeu, dimanche soir, après qu’un spectateur a envoyé une bouteille d’eau sur Dimitri Payet.
  • Après une réunion avec les cadres du football français, ce mardi, Gérald Darmanin a assuré que des mesures pour la sécurité dans les stades seront proposées « dans quinze jours ».
  • Spécialiste des questions de violence dans le sport et de hooliganisme, le sociologue Dominique Bodin estime qu’il « faudrait simplement appliquer les lois qui existent » et donner davantage de moyens aux clubs pour assurer la sécurité des enceintes sportives.

 

Après une série d’incidents dans le monde du football, le gouvernement s’est emparé de la question de la sécurisation des stades. Ce mardi, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a assuré que des mesures seront proposées « dans quinze jours ». Spécialiste des questions de violence dans le sport et de hooliganisme, le sociologue Dominique Bodin estime qu’il « faudrait simplement appliquer les lois qui existent ». Pour l’enseignant chercheur à l’université Paris-Est Créteil, il convient aussi de renforcer les moyens dont disposent les clubs pour assurer la sécurité dans les enceintes sportives.

Comment analysez-vous les derniers événements survenus dans les stades ?

Il n’y a rien de spécifiquement nouveau, ça fait partie des phénomènes habituels. Il n’y a que les hommes ou femmes politiques pour trouver que c’est la nouveauté et que le football est en très grand danger. Non, le football connaît ça depuis des années. Cela montre que les problématiques de violence sont récurrentes dès lors qu’on accueille des foules entières. Dans les stades – qui contiennent entre 25.000 et 45.000 spectateurs par journée de championnat – prend place l’équivalent d’une ville moyenne. Avec toutes les vicissitudes que cela comprend : des antagonismes entre supporteurs et entre clubs, de la provocation, du jeu et de la bêtise.

Cela met surtout en évidence un défaut dans la sécurité. Si on prend le cas précis de la bouteille jetée sur Dimitri Payet, cela veut dire que quelqu’un est entré avec une bouteille et son bouchon. Il y a donc eu un défaut dans les fouilles ou les palpations, ou alors il a bénéficié d’une complicité à l’intérieur. Mais c’est un défaut de sécurité. En même temps, il faut garder à l’esprit que c’est particulièrement difficile de contrôler une ville qui entre dans un stade durant la demi-heure qui précède la rencontre.

Est-ce que les filets de sécurité peuvent être un outil intéressant pour éviter ce genre de problème ?

Bien évidemment, si on installe un filet, il n’y aura pas de projectiles sur le stade. On sait aussi qu’en en grillageant des tribunes, ont crée des territoires dont se servent les groupes de supporteurs. Même si on parle ici d’un filet antiprojectile, le résultat serait symboliquement le même. C’est donc une solution, mais elle ne permettra pas de faire disparaître les problèmes. Ils ne disparaîtront qu’avec des procédures de sécurité renforcée, avec la remise à plat des procédures.

On voit bien qu’avec les arrêts dus à la crise sanitaire, un certain nombre de rouages sont grippés. Il faut savoir aussi que les problèmes de violences ne disparaissent pas, ils accompagnent le fonctionnement des groupes. Ces phénomènes sont récurrents, car les plus anciens qui s’assagissent sont remplacés par des plus jeunes qui veulent prouver qu’ils sont aussi bons que leurs aînés.

Que peuvent faire les clubs ?

La question des clubs est davantage une question de moyens donnés aux directeurs de la sécurité. La sécurisation des stades est toujours le parent pauvre des clubs. Ils investissent, bien évident. Mais l’objectif est que ça coûte le moins cher possible. Si vous regardez le budget des clubs consacré à la sécurité au regard de leur masse salariale, vous verrez que c’est totalement dérisoire. Il faut que les clubs soient conscients que la sécurité a un coût, mais aussi beaucoup d’avantages. Lorsqu’il y a des incidents, c’est d’abord l’image du club, de la villen qui est touchée. Et cette image se mesure en retombées publicitaires, en sponsors. C’est une prise de conscience que le monde du football n’a jamais réellement eue. Tout comme il n’a jamais compris qu’il fallait prévenir les incidents en s’intéressant aux plus jeunes supporteurs.

Qu’attendre des propositions qui seront présentées d’ici 15 jours ?

Le groupe chargé de travailler dessus ne va rien apporter à ce qui existe déjà. Il faudrait simplement appliquer les lois qui existent. Lorsqu’il y a des incidents, il faut avoir recours aux interdictions de stade de manière exemplaire. Mais c’est très difficile à appliquer.

Il faut renforcer les moyens des clubs. Il faut des moyens de formation, humains, financiers, matériels… Dans la plupart des clubs, il n’y a pas de plafond pour les salaires des joueurs. Par contre, le budget « sécurité » ne doit pas dépasser une certaine somme. Et là, brutalement, on s’aperçoit que c’est là ou le bât blesse.