Lyon : Les bornes à compost urbaines ont-elles convaincu les habitants ?

TRI VERTUEUX L’installation de 150 bornes à compost publiques, fin septembre dans le 7e arrondissement de Lyon, semble être un franc succès pour la métropole. Si de nombreux habitants jouent le jeu, d’autres sont confrontés à des limites propres à la vie urbaine

Jennifer Lesieur
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Une borne à compost place Jean-Jaurès, dans le 7e arrondissement.
Une borne à compost place Jean-Jaurès, dans le 7e arrondissement. — J.L. / 20 MINUTES
  • La métropole de Lyon a tiré un premier bilan de ses bornes à compost, installées depuis fin septembre dans le 7e arrondissement.
  • Si les premiers résultats ont dépassé les espérances des élus (compost abondant et de bonne qualité), des réticences demeurent à l'usage.
  • La campagne de sensibilisation doit encore s'adapter pour que trier ses déchets en ville ne fasse pas craindre l'apparition de bêtes ou de mauvaises odeurs.

Nourrir la terre de ses épluchures : ce geste vertueux ne va pas toujours de soi en ville. Pour encourager les Lyonnais à trier désormais ses déchets organiques, la métropole de Lyon a installé, fin septembre, 150 bornes à compost publiques dans le 7e arrondissement, choisi pour sa taille (82.000 habitants) et la diversité de ses quartiers.

Ce mardi, des élus sont venus place Jean-Jaurès dresser un premier bilan de cette initiative phare dans sa politique, puisque la métropole veut réduire de 25% les déchets ménagers d’ici 2026. Bilan qui se veut positif, mais se heurte encore à des limites propres à la vie urbaine.

Une première collecte au-delà des espérances

Pour Isabelle Petiot, vice-présidente de la métropole en charge de la réduction des déchets, le succès des bornes a été immédiat : « Nous avons observé les premières collectes avec beaucoup d’impatience, et un peu d’inquiétude aussi, avoue-t-elle, mais le seuil attendu a été dépassé. Surtout, nous avons trouvé un compost d’une qualité exceptionnelle, avec seulement 3 % d’indésirables », ceux-ci étant composés de plastique ou de canettes.

« On a recueilli une tonne de compost, puis huit, on en est maintenant à 15 tonnes par semaine : la dynamique est lancée », se réjouit-elle. Le maire de Lyon, Grégory Doucet, ajoute en outre que ces collectes contribuent à « accélérer la captation de carbone dans les sols, qui est un autre de nos enjeux pour réduire l’impact du réchauffement climatique ».

Certains ont vite pris le pli…

Du côté des habitants, certains sont devenus des « composteurs réguliers », comme Samia, femme au foyer de 35 ans : « Je suis maman de trois enfants et je jette beaucoup de choses quand je prépare les repas, et que je débarrasse leurs assiettes. Cela fait beaucoup de gâchis de nourriture, mais au moins, je peux les mettre dans les sacs, puis dans les bacs ».

Fred, musicien de 48 ans, a « un peu râlé au début, parce que ça prend encore des places de stationnement ». « Et puis, finalement, je trie déjà mes papiers, mes bouteilles, alors de temps en temps j’ajoute mon petit sachet kraft au lot, ça ne pèse pas plus lourd », sourit-il.

… d’autres redoutent les insectes et les odeurs

Un peu plus loin, vers les quais du Rhône, Célia, étudiante, est venue jeter ses bouteilles en verre à côté d’une borne à compost qu’elle boude : « J’ai essayé au début, mais ça me fait trop de poubelles parce que ma cuisine est minuscule. L’autre problème, c’est que ça attire mon chat, et j’ai peur que ça m’amène des insectes ou des souris à la longue ». Une réticence partagée par Véronique, quinquagénaire : « Le compost, c’est bien quand on habite à la campagne. Là, dans mon appartement, non, à moins d’y aller tous les jours, ça attirera les bêtes et ça va sentir mauvais. »

Un travail de sensibilisation devra donc être adapté par le président de la métropole, Bruno Bernard (EELV), qui a annoncé ce mardi vouloir « augmenter fortement notre budget de sensibilisation concernant les déchets organiques et les bonnes pratiques », pour pouvoir déployer les bacs « dans toutes les zones urbaines de l’agglomération d’ici 2023-2024 ».