Violences faites aux femmes : « Ça devient une banalité chez de jeunes couples », alerte une association d’aide aux victimes

HAUTS-DE-FRANCE L’association Solfa, qui intervient dans le Nord et le Pas-de-Calais, estime que la situation s’aggrave, concernant les violences conjugales

Gilles Durand
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Un centre d'accueil des femmes victimes de violences de l'association Solfa, à Lille. (Archives)
Un centre d'accueil des femmes victimes de violences de l'association Solfa, à Lille. (Archives) — G. Durand / 20 Minutes
  • C’est dans le département du Nord que le nombre de victimes de violence conjugale est l’un des plus important de France.
  • Pour l’association Solidarités Femmes accueil (Solfa), qui intervient dans le Nord et le Pas-de-Calais, la situation s’aggrave.
  • Elle s’inquiète notamment de la banalisation de la violence au sein des jeunes couples.

Le constat est sans appel. La région des Hauts-de-France est la plus touchée par les féminicides et c’est dans le département du Nord que le nombre de victimes de violence conjugale est l’un des plus importants de France. Entre actions à mener et bilan, 20 Minutes fait le point, à la veille de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Accueil de mineures en rupture de prostitution

Comme annoncé en octobre, Solfa va accueillir, à partir du 1er décembre, dix jeunes filles anciennes prostituées, dans une structure adaptée pour une durée de six mois. Le projet, élaboré par l’association avec l’aide du département du Nord, a trouvé une oreille attentive auprès du gouvernement. L’Etat va ainsi financer le fonctionnement de la structure pendant deux ans. « Il s’agit de faciliter la réinsertion avec une activité de maraîchage, dans la métropole de Lille », explique Jean-Yves Morisset, président de Solfa.

La structure définitive (hébergement et lieu de travail) doit ouvrir en 2023 après réhabilitation d’une ancienne brasserie. « Il nous manque encore un million », signale Jean-Yves Morisset qui compte sur le fonds de dotation de Solfa pour boucler le budget. Ce fonds, créé en 2017, bénéficie déjà du soutien financier de grands groupes régionaux comme La Redoute, Camaïeu, Promod, Nocibé ou Boulanger. « Nous espérons aussi une aide du grand public », souligne le président de Solfa.

Ecoutes de victimes encore trop partielles

Le cœur de métier de Solfa, c’est l’écoute et l’orientation des femmes victimes de violences. En 2020, l’asso a reçu plus de 10.000 appels, dont 70 % ont pu être traités. « On assiste à une forte hausse des appels, note Jean-Yves Morisset. Première raison : la parole s’est libérée avec la médiatisation des violences conjugales. Mais une deuxième raison nous inquiète davantage. Le nombre de cas augmente chez les jeunes. La violence devient une banalité chez de jeunes couples. »

Début janvier, un nouvel outil de gestion des appels doit permettre d’analyser plus finement les coups de fil. « L’objectif est de savoir s’il faut embaucher davantage d’écoutants ou décaler les horaires vers la nuit », souligne-t-il. L’autre problème, c’est l’hébergement. « On ne peut répondre qu’à 15 % des demandes. Heureusement que grâce au fonds de dotation, des accueils provisoires en hôtel sont possibles. Mais le dispositif reste insuffisant. »

Conjoints violents moins récidivistes

L’association accompagne aussi les auteurs de violences au sein du centre Clotaire, à Arras, dans le Pas-de-Calais. Hormis l’hébergement possible pour les conjoints brutaux, des stages de 4 ou 5 semaines y sont dispensés avec des psychologues et des gendarmes, notamment. « Il s’agit d’une alternative à la prison », note Jean-Yves Morisset.

Inédit en France, ce dispositif semble faire ses preuves. Depuis sa création en 2008, plus de 1.000 personnes y ont été responsabilisées, et le taux de récidive est passé de 50 % à 10 %. « Nous souhaitons qu’avec la mise en place de tous ces dispositifs, la tendance des violences envers les femmes soient enfin à la baisse dans les prochaines années. »