Alpes-Maritimes : « Pour repartir de zéro », une association aide les femmes victimes de violences conjugales à déménager

INITIATIVE Depuis la première action de l'association en mars, « on n’arrête pas », s’exclame Loëtita Mas, la présidente d'Une voix pour elles

Elise Martin
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L?action « On bouge » aide les femmes victimes de violences conjugales du déménagement jusqu?au relogement
L?action « On bouge » aide les femmes victimes de violences conjugales du déménagement jusqu?au relogement — Une voix pour elles
  • En 2020, 87 % des 159.400 personnes concernées par les violences conjugales étaient des femmes d’après les chiffres des services de police et de gendarmerie communiqués lundi par le ministère de l’Intérieur.
  • Ces femmes n’osent souvent pas partir contraintes par le confort matériel dont elles bénéficient.
  • Une asso maralpine a alors décidé depuis fin février d’aider ces femmes grâce à un soutien logistique, matériel et moral à quitter leur foyer pour tout recommencer.

« Fuyant une relation violente, Alex, une jeune mère devient femme de ménage et se bat pour subvenir aux besoins de sa fille Maddy, dans l’espoir d’un avenir meilleur ». Voici le scénario d’une des dernières séries Netflix, inspirée d’une histoire vraie. Elle part à la suite d’un énième épisode de violences de la part de son conjoint. Et se retrouve sans rien. Une situation bien plus courante qu’on ne le pense, qui peut se passer juste à côté de chez nous. « Les témoignages de femmes qui disaient en cercle de paroles "je veux quitter mon domicile mais je n’ai pas les moyens", revenaient beaucoup. On a décidé de faire quelque chose », raconte Loëtitia Mas, présidente de l’association Une voix pour elles, située dans les Alpes-Maritimes.

Depuis le 16 mars et le premier déménagement, « on n’arrête pas », s’exclame-t-elle. Avec son équipe de 23 bénévoles, dont surtout 5 permanents sur le terrain, elle aide les femmes victimes de violences conjugales à fuir leur foyer « pour repartir de zéro ». Une action nommée « on bouge » car « elles ont la force et le courage de partir, et nous, on a les bras ».

« Il y a un réel besoin »

Elle développe : « C’est un soutien logistique et matériel. On fait des déménagements d’urgence, on agit avec des structures sociales pour agir vite et en toute sécurité, pour savoir le volume de ce qu’on doit prendre pour mettre en place l’intervention. Ensuite, on dépose la femme, parfois ses enfants, dans un hôtel secours et ses affaires dans un endroit de stockage. » En six mois, 33 déménagements ont été réalisés dans le département ce qui a aidé 55 femmes et enfants. Et 170 interventions ont été effectuées vers des hôtels secours, sans compter les milliers de kits d’hygiène distribués.

La présidente de l’association fait le bilan. « On ne se rend pas compte, mais on a mis le doigt sur quelque chose. Il y a un réel besoin. » En 2020, 87 % des 159.400 personnes concernées par les violences conjugales étaient des femmes d’après les chiffres des services de police et de gendarmerie communiqués lundi par le ministère de l’Intérieur. Et il ne comptabilise pas les 102 féminicides perpétrés cette année-là.

Un prix de la Fondation des femmes

Elle ajoute : « On a reçu le grand prix de la Fondation des femmes cette année pour commencer à déployer ce modèle sur d’autres départements. » Elle raconte que des associations de toute la France, l’ont contactée pour savoir comment elle avait réussi à mettre en place cette action qui couvre tout le département, de Mandelieu à Menton, gratuitement. « Il est nécessaire que la prise en charge soit globale, ce sont des femmes fragilisées, qui ont besoin d’un accompagnement complet et un suivi », précise-t-elle.

« On bouge » aide jusqu’au bout, jusqu’au nouveau logement avec « un soutien mobilier si nécessaire ». Loëtitia Mas détaille : « On rencontre toutes les catégories socioprofessionnelles, parfois elles quittent un vrai confort et sont victimes de violences économiques et ont tout laissé. On a déjà commandé des Uber eats pour qu’elles puissent manger et elles n’osaient même pas ouvrir la porte. Le chemin de la reconstruction est long. » C’est pour cette raison que l’association insiste sur la nécessité d’être reconnues et identifiées pour « ces personnes très vulnérables ». Elle ajoute : « Il faut que la honte change de camp et montrer qu’on est là. Et on n’est pas près de lâcher l’affaire, on est vraiment là et on veille. »

L’association fonctionne grâce aux subventions et aux dons. Les 25, 26 et 27 novembre, une collecte aura d'ailleurs lieu à Cap3000, près du Monoprix, « pour toutes ces femmes ». « Les couches, le dentifrice et le lait sont des denrées qui partent vite et dont elles ont vraiment besoin », conclut la présidente d’Une voix pour elles.