Le cidre peut-il exploser en France comme il l’a fait aux Etats-Unis ?

POMME POMME POMME Produite en grande partie en Bretagne et en Normandie, la boisson pétillante à base de pommes a souffert de la fermeture des restaurants

Camille Allain
— 
Illustration de la récolte de pommes à cidre chez un producteur de Bédée en Ille-et-Vilaine.
Illustration de la récolte de pommes à cidre chez un producteur de Bédée en Ille-et-Vilaine. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • Après une année 2020 compliquée par la fermeture des restaurants et crêperies, les professionnels du cidre tentent de se relancer.
  • Les producteurs de Bretagne et de Normandie espèrent s’inspirer du succès du cidre aux Etats-Unis, où il fait un carton depuis quelques années.
  • La profession espère rajeunir son image et séduire une clientèle plutôt féminine.

Ils ont dégusté. Dans l’incapacité de vendre leur production en raison de la fermeture des bars et surtout des restaurants imposée par le Covid-19, les producteurs de cidre ont tout tenté. L’an dernier, le breuvage qu’ils mettent tant de cœur à préparer n’a pas pu être écoulé. Une partie des surplus a dû être transformée pour produire du vinaigre, de l’alcool ménager et même du carburant après avoir été méthanisé.

Passé l’orage, la profession tente de tirer les leçons de cette année 2020 au goût amer et fait face à un constat implacable : que ce soit en Bretagne ou en Normandie, elle est trop dépendante des restaurants et crêperies. « Les fermetures ont fait très mal. Les producteurs se sont tournés vers la grande distribution, mais tout n’a pas été écoulé », reconnaît Yves Maho.

La profession a besoin « d’un rajeunissement de l’image »

Installé à Crac’h, dans le Morbihan, le propriétaire de la cidrerie du pays d’Auray nourrit l’espoir de rendre sa boisson fétiche plus populaire. « Dans les campagnes, dans les années 1950-1960, le cidre avait sa place sur la table. Ce n’est plus le cas. L’histoire a voulu que le vin l’a supplanté », concède celui qui est devenu président de la Maison cidricole de Bretagne en mars.

Pour sortir du seul réseau des crêperies, la profession a selon lui besoin « d’un rajeunissement de l’image ». « On doit encore sortir de l’image de la boisson âpre du grand-père. L’ensemble des cidriculteurs a amélioré sa méthode de travail et nos produits sont de très bonne qualité. Il nous reste à le faire savoir ». Le succès encore grandissant de la bière leur fait évidemment envie. Chaque Français en boit en moyenne 30 litres par personne, quand le cidre dépasse à peine les cinq litres par an et par ménage.

Illustration de bouteilles de cidre, ici dans un entrepôt de Bretagne.
Illustration de bouteilles de cidre, ici dans un entrepôt de Bretagne. - C. Allain / 20 Minutes

Le cidre doit monter en gamme pour séduire les plus jeunes

Pour se refaire la cerise, les fanas de la pomme comptent sur une tendance venue des Etats-Unis. Depuis quelques années, le cidre y est devenu très populaire, s’imposant comme une boisson sucrée, légère, peu calorique et très féminine. « J’ai halluciné quand j’ai vu ça à New York. Il y a des bars qui proposent des sélections de produits supérieurs. C’est un produit presque de luxe, qui se vend 20 dollars la bouteille », raconte Charles Kergaravat, ancien New Yorkais. Le président de l’association Breizh Amerika estime que le cidre doit gagner en modernité et monter en gamme pour séduire les plus jeunes.

Aux Etats-Unis, la croissance est énorme parce que les produits sont perçus comme authentique, naturels, de qualité »

En canettes ou en petites bouteilles, l’alcool de pommes a trouvé son public en jouant sur son côté « fruité ». « C’est le style dit nouveau monde. Les cidres sont élaborés avec des variétés de pommes à couteau car il n’y a pas de tradition de culture du pommier à cidre aux Etats-Unis. C’est un peu comme si on faisait du vin avec les mêmes variétés de raisins qu’on trouve dans les magasins d’alimentation. Au final, cela fait des cidres acidulés, légers et frais et sans tanins, donc pas d’amertume et très peu d’astringence », explique Claude Jolicoeur, cidrier installé au Québec et auteur de multiples ouvrages sur le sujet.

« On va beaucoup entendre parler du cidre »

Cette tendance US n’a évidemment pas échappé aux responsables bretons qui rêvent de s’en inspirer. « Le prix de vente y est plus élevé alors que chez nous, le cidre est toujours perçu comme bon marché. C’est ingrat parce que notre fermentation et la surveillance des cuves demandent plus de temps que pour le vin », rappelle Yves Maho.

Le président de la maison cidricole en est convaincu : « La France et l’Europe suivront, j’en suis persuadé, le cidre va séduire et on va beaucoup en entendre parler dans les années à venir ». La Bretagne et la Normandie ne demandent que ça.