Guadeloupe : « Il y a de plus en plus de pillages, d’agressions… » Pourquoi la situation est-elle tendue sur l’archipel ?

VIOLENCES La Guadeloupe, en proie à des barrages routiers et des émeutes depuis plusieurs jours, est sous le coup d’un couvre-feu qui court jusqu’à mardi matin, de 18 heures à 5 heures

Thibaut Chevillard
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Depuis plusieurs jours, la contestation de l'obligation vaccinale des soignants dégénère en blocages et en violences en Guadeloupe.
Depuis plusieurs jours, la contestation de l'obligation vaccinale des soignants dégénère en blocages et en violences en Guadeloupe. — CARLA BERNHARDT / AFP
  • La Guadeloupe affronte un mouvement social d’ampleur depuis une semaine, entre incendies et pillages qui ont débouché sur 38 interpellations dans la nuit et fait deux blessés chez les forces de sécurité.
  • La mobilisation lancée il y a cinq jours par un collectif d’organisations syndicales et citoyennes contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale des soignants contre le Covid-19 se double désormais de violences commises par des émeutiers.
  • Gérald Darmanin, a annoncé l’envoi dans l’île d’une cinquantaine de membres des forces d’élite du GIGN et du Raid pour rétablir l’ordre.

Magasins alimentaires pillés, pharmacies vandalisées, armureries cambriolées, barrages enflammés, forces de l’ordre ciblées par des tirs d’armes à feu… Le week-end est resté agité en Guadeloupe où la contestation de l’obligation vaccinale des soignants dégénère en blocages et en violences. Malgré le couvre-feu imposé depuis vendredi soir, 38 personnes ont été interpellées, dans la nuit de samedi à dimanche. La situation est « absolument intolérable et inacceptable », a jugé dimanche le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Pour rétablir l’ordre dans l’archipel, le ministre de l’Intérieur a décidé de l’envoi d’une cinquantaine de membres des forces d’élite du GIGN et du Raid.

« Ça va crescendo, il y a de plus en plus de pillages, d’agressions… On espère que l’ordre sera rétabli dans le département dans les jours à venir. ​​Les renforts vont nous aider dans cette situation. Néanmoins, ce mouvement social a commencé lundi. On savait que ça allait dégénérer. Mais il a fallu que ça commence pour que l’on pense à envoyer des effectifs supplémentaires », regrette Patrice Abdallah, secrétaire départemental du syndicat Unité SGP-FO. « Il est nécessaire de rétablir l’ordre », explique à 20 Minutes Justine Benin, députée Modem de la Guadeloupe, qui se dit « assez attristée par ces violences ». D’autant qu’en raison de très nombreux barrages routiers, l’activité tourne au ralenti. Quant aux écoles, elles étaient fermées encore vendredi.

« Il faut privilégier le dialogue »

Comment expliquer cette flambée de violence en Guadeloupe ? Depuis lundi, l’archipel est secoué par une grève générale illimitée pour protester contre l’obligation vaccinale des soignants contre le Covid-19 et le pass sanitaire. « J’avais demandé, dès le 19 octobre dernier, des mesures d’accompagnement, une souplesse de gestion dans l’obligation vaccinale, pour éviter le chaos », poursuit Justine Benin. La députée, qui va rencontrer le Premier ministre Jean Castex lundi, plaide « pour l’instauration d’une instance de concertation, de dialogue social ». « Il faut privilégier le dialogue et rapidement le dialogue doit prendre le relais. »

Mais selon l’élue, il faut « faire la différence entre les personnes qui manifestent contre ou pour le vaccin, et ces personnes qui cassent au quotidien ». « Je fais la différence car je pense que les casseurs ne sont pas représentatifs de ceux qui sont opposés à l’obligation vaccinale. » Un point de vue partagé par Cédric Boyer, le représentant local du syndicat Alliance police nationale. « Pour moi, ceux qui manifestent contre le vaccin ne sont pas ceux que l’on retrouve face à nous le soir, ce ne sont pas ceux qui pillent et cassent les commerces, affirme-t-il. On a affaire à des délinquants. »

« Un contexte économique et social fragilisé »

Pour Patrice Abdallah, aux revendications concernant l’obligation vaccinale des soignants et au pass sanitaire s’ajoutent celles « qui perdurent depuis un certain temps ». Coupures d'eau, hausse du prix de l'essence, manque de travail... « Il y a un contexte économique et social fragilisé. Plus de 50 % des jeunes au chômage », souligne le syndicaliste. Pour son homologue du syndicat Alliance, le gouvernement doit « apporter des réponses concrètes, pour la Guadeloupe mais aussi pour le reste de l’Outre mer car il y a un malaise profond ».

« Ce n’est pas tellement avec des renforts que l’on va régler le problème des violences en Outre mer et particulièrement aux Antilles en ce moment, estime Cédric Boyer. On a un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale, rappelle-t-il. On se retrouve avec des territoires un peu abandonnés par la République. »

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