« Il y a toujours autant de mortes » : Deux ans après la grande mobilisation féministe de #NousToutes, « rien n’a changé »

VIOLENCES SEXISTES A l'appel du collectif #NousToutes, elles étaient plusieurs milliers à manifester ce samedi à Paris contre les violences faites aux femmes. Deux ans après la dernière grande mobilisation, l'urgence est toujours là

Mathilde Cousin
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Des milliers de personnes ont défilé à Paris ce samedi contre les violences sexistes et sexuelles à l'appel du collectif #NousToutes.
Des milliers de personnes ont défilé à Paris ce samedi contre les violences sexistes et sexuelles à l'appel du collectif #NousToutes. — Alain JOCARD / AFP
  • Des manifestations ont eu lieu ce samedi à Paris et dans plusieurs dizaines de villes françaises à l'appel du collectif #NousToutes pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles.
  • Dans le cortège, des manifestantes estiment que « rien n'a changé », depuis la précédente manifestation de 2019. 
  • Elles réclament une meilleure éducation contre ces violences.

« Rien n’a changé. Il y a toujours autant de mortes. » Ces mots, glaçants, c’est Héloïse qui les prononce. Elle est venue manifester ce samedi à Paris avec trois amies, à l'appel du collectif #NousToutes et d’une soixantaine d’associations. L’objectif ? Lutter contre les violences sexuelles et sexistes. Une précédente manifestation avait rassemblé il y a deux ans 100.000 personnes selon #NousToutes, 35.000 selon la police.

101 féminicides ont déjà eu lieu depuis le début de l'année, comme le rappelle l’artiste Karine Branger à 20 Minutes. Avec 100 autres personnes, elle a défilé à Paris vêtue d’une combinaison blanche et d’un masque, pour représenter ces 101 femmes victimes de violences de la part de leur conjoint ou de leur ex-compagnon. Son groupe fait fort impression, dans le cortège de plusieurs milliers de personnes. « La combinaison blanche nous rend anonymes et universels », souligne l’artiste. 50.000 personnes ont défilé ce samedi dans la capitale selon les organisatrices, 18.000 selon la police. C’est moitié moins qu’il y a deux ans.

« Tata, aujourd’hui, je marche pour toi »

Julia, une Parisienne de 26 ans, a elle aussi le sentiment que la situation des femmes n’a pas changé depuis la dernière manifestation de 2019. « La crise sanitaire n’a fait qu’aggraver les violences », confie-t-elle, en portant une pancarte sur laquelle elle a écrit « Tata, aujourd’hui, je marche pour toi ». L’agresseur de sa tante, victime de violences conjugales, « a été condamné à des mesures d’accompagnement », mais pas à une peine plus ferme. Il porte un bracelet d’éloignement, « mais ce n’est pas ça qui la protège », regrette-t-elle.

A la campagne, la situation des femmes n’est guère meilleure, alerte Camille Estournes, une élue de La Réole, une petite commune rurale du Bordelais, venue manifester à Paris. « Un féminicide sur deux à la campagne », peut-on lire sur sa pancarte. Elle liste les nombreux obstacles que rencontrent les femmes de son territoire : « On n’a pas d’antennes de médecine légale [ce sont les médecins légistes qui constatent les violences sexuelles], il n’y a pas d’intervenants sociaux dans les gendarmeries. » La distance peut rendre ces dispositifs inaccessibles à certaines femmes, peu ou pas mobiles.

« Il manque la volonté politique et les moyens »

Le collectif #NousToutes demande « au prochain gouvernement » un milliard d’euros « pour financer des politiques publiques qui touchent l’ensemble de la population ». La société « est prête à se mettre en mouvement contre les violences », note #NousToutes. « Il manque la volonté politique et les moyens. » Dans le cortège, plusieurs manifestantes demandent qu’une véritable éducation à ces violences et au consentement soit mise en place. « A l’école, c’est là où tout commence, où on peut inculquer des valeurs aux jeunes », lancent Lola et Louisiane, des amies d’Héloïse.

Le gouvernement, lui, défend son bilan, avec notamment l’ouverture de places d’hébergement ou la mise en place de bracelets anti-rapprochement et de téléphones grave danger. Des mesures jugées bien insuffisantes dans le cortège, où l’on entendait régulièrement des « Darmanin démission ».