Ultradroite : Les « accélérationnistes » cherchent à « créer une guerre civile et raciale »

INTERVIEW Deux hommes sont actuellement en garde à vue dans les locaux de la DGSI. Jean-Yves Camus, co-directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès, fait le point sur ce que l’on sait de ce « mouvement néonazi »

Caroline Politi
— 
Vue en date du 15 novembre 2015 des locaux de la DGSI (Direction générale de la Sécurité Intérieure) à Levallois-Perret
Vue en date du 15 novembre 2015 des locaux de la DGSI (Direction générale de la Sécurité Intérieure) à Levallois-Perret — LIONEL BONAVENTURE AFP
  • Deux hommes soupçonnés d’appartenir à l’ultradroite ont été interpellés mercredi et se trouvent en garde à vue ce jeudi. Un véritable arsenal a été découvert lors de la perquisition.
  • Selon les premiers éléments de l’enquête, ils évoluaient dans la mouvance « accélérationniste ». Né en 2015 aux Etats-Unis, ce mouvement veut monter les différentes composantes de la société les unes contre les autres.
  • « Les accélérationnistes cherchent à utiliser et exploiter la violence pour semer le chaos », explique Jean-Yves Camus, co-directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès.

Plusieurs dizaines d’armes, des munitions, des éléments pouvant entrer dans la composition d’explosifs… C’est un coup de filet d’envergure qui a été mené, mercredi, par la DGSI, au sein de la mouvance d’ultradroite :  deux hommes, qui appelaient à des « actions violentes » sur la messagerie cryptée Telegram, sont actuellement en garde à vue pour « association de malfaiteurs terroriste et provocation directe par un moyen de communication en ligne à un acte de terrorisme ». Agé de 60 ans, le premier a été interpellé dans la région bordelaise. Très défavorablement connu – il a notamment été condamné pour meurtre –, il est soupçonné d’avoir participé à la recherche des armes.

Mais c’est surtout le profil de l’homme interpellé à Montauban, sans antécédents judiciaires, qui interpelle les enquêteurs. Selon les premiers éléments de l’enquête, cet employé municipal de 46 ans est soupçonné d’avoir animé une chaîne Telegram dans laquelle il postait des messages antisémites et islamophobes, des appels à la violence et ne cachait pas son admiration pour Brenton Tarrent, l’auteur de l’attentat de Christchurch (Nouvelle-Zélande), qui a fait 51 morts dans une mosquée en 2019. Des sources concordantes le dépeignent comme un adepte du mouvement néonazi « accélérationniste ». Que sait-on de ce mouvement ? Elément de réponses avec Jean-Yves Camus, co-directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès.

Qu’appelle-t-on « accélérationnisme » ?

C’est un mouvement néonazi qui pense que, pour dynamiter le « système », il faut monter les différentes composantes de la société les unes contre les autres. L’objectif est de créer une guerre civile et raciale, dont évidemment ils sont persuadés de sortir vainqueurs. Cela peut passer par des actions violentes menées par les membres de cette mouvance ou par le soutien d’autres actions violentes, dont certaines peuvent sembler à l’opposé de leurs convictions.

Par exemple, ils peuvent soutenir des attentats islamistes car, dans leur idée, cela va créer des tensions au sein de la société, du ressentiment et, in fine, opposer des groupes à d’autres. Les accélérationnistes cherchent à utiliser et exploiter la violence pour semer le chaos.

Quelle est la différence avec des groupuscules néonazis classiques ?

D’abord, le fait de soutenir des actions violentes qui ne visent pas spécifiquement telle ou telle cible. Ensuite, ce n’est pas un groupe constitué et hiérarchisé. C’est un mouvement qui rassemble des individus seuls ou de toutes petites cellules qui communiquent sur les réseaux sociaux, notamment Telegram. Ils sont très éparpillés et l’action individuelle est privilégiée.

Quand ce mouvement est-il apparu ?

Il est né en 2015 aux Etats-Unis sous le nom d’ « Atomwaffen Division » («Division armes nucléaires »). A l’origine, il s’agissait d’un mélange de néonazisme et d’occultisme mais, au fur et à mesure qu’il a essaimé – dans les pays anglo-saxons d’abord puis en Europe –, il a perdu ce second aspect, notamment parce que la société européenne est bien moins imprégnée de religiosité que ne l’est la société américaine. On retrouve des traces de ce mouvement dans le manifeste écrit par le terroriste de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Lors des perquisitions chez Stephan Balliet, l’Allemand qui a tenté d’attaquer en 2019 la synagogue de Halle, de la littérature accélérationniste a également été retrouvée.

On estime en France, la mouvance d’ultra-droite à 3.000 à 4.000 personnes. Parmi elles, combien d’accélérationnistes ?

C’est très difficile à dire, on ne sait même pas vraiment quand le mouvement s’est implanté en France, mais probablement relativement récemment. Je dirais qu’ils sont actuellement quelques dizaines, tout au plus.