Présidentielle 2022 : Accidents, ruralité… On a vérifié trois affirmations sur la chasse

FAKE OFF A l'approche du scrutin, la chasse s'est invitée dans le débat politique

Alexis Orsini
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Illustration de chasseurs.
Illustration de chasseurs. — Arnaud Andrieu/SIPA
  • Yannick Jadot s'est récemment fait remarquer pour ses déclarations sur les dangers de la chasse.
  • Le candidat EELV à l'élection présidentielle a trouvé sur sa route Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, qui a contre-attaqué.
  • 20 Minutes fait le point sur certains chiffres avancés récemment par les deux personnalités. 

La chasse va-t-elle s’inviter dans la campagne présidentielle de 2022 ?

Ces dernières semaines, le candidat EELV, Yannick Jadot, et le président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen, ont tenu quelques propos remarqués sur cette pratique. 20 Minutes fait le point.

FAKE OFF

Yannick Jadot, le 29 octobre 2021 sur BFMTV : « Quand j’entends, et ce sont les enquêtes qui le montrent, que les trois quarts des personnes qui vivent dans la ruralité n’osent pas aller se promener le dimanche quand il y a des tirs de fusils, ce n’est pas normal. »

Jointe par 20 Minutes, l’équipe de Yannick Jadot explique que cette affirmation se base sur deux enquêtes récentes. La première, réalisée par Ipsos pour l’association de défense des droits des animaux One Voice, remonte à septembre 2021 auprès d’un échantillon de 1.079 personnes, représentatif de la population française âgée de 16 à 75 ans.

50 % d’entre eux s’y disent « tout à fait d’accord » et 33 % « plutôt d’accord » avec l’idée que « la chasse pose des problèmes de sécurité pour les promeneurs, lors de balades dans la nature », soit une approbation totale de 83 %.

La seconde enquête, également réalisée par l’Ipsos en septembre et intitulée « Seul 1 Français sur 5 est favorable à la chasse », interrogeait quant à elle un échantillon de 1.079 personnes représentatif des Français âgés de 16 à 75 ans.

L’institut de sondages y mentionnait, parmi ses enseignements, que « les trois quarts des Français habitant à proximité d’une zone de chasse déclarent avoir déjà évité de se promener en forêt ou dans certaines zones par peur d’un accident de chasse. » Tout en notant « une forte progression des arguments anti-chasse chez les habitants de milieu rural », puisqu’ils sont « 64 % (+4 points) à considérer que c’est une pratique cruelle et 37 % (+6 points) à déclarer que c’est une pratique polluante. »

Willy Schraen, le 1er novembre 2021 dans Le Parisien : « En vingt ans, on a divisé par quatre tous les accidents, qu’ils soient mortels ou corporels »

Contactée par 20 Minutes, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) précise qu'« il s’agit des accidents mortels qui ont été divisés environ par quatre en vingt ans : on est passé de 39 en 1999/2000 à 11 en 2019/2020 ». La FNC se base sur les statistiques de l’Office français de la biodiversité (OFB), qui faisaient bien état d’une telle diminution sur les deux dernières décennies dans son bilan 2019/2020, publié en juillet 2020.

« En 20 ans, la tendance globale des accidents de chasse est à la baisse. Le nombre d’accidents a ainsi diminué de 41 % comparé à son niveau de 1999 et reste inférieur à la moyenne générale de ces vingt dernières années qui est de 158 victimes par an », détaillait également l’OFB, tout en notant que « la saison 2019-2020 est malgré tout plus accidentogène que la précédente, avec 141 victimes contre 131 ». Et sur cette même période, 11 accidents mortels ont été répertoriés, contre 7 lors de la saison précédente.

L’Office français de la biodiversité précise également, dans son bilan, que 90 % des victimes de ces accidents étaient des chasseurs, et que leurs causes relevaient essentiellement d’une mauvaise manipulation de l’arme, du « non-respect de l’angle de 30 degrés » ou encore de « tirs à hauteur d’homme ou en direction d’habitations et de routes ouvertes à la circulation ».

Comme nous le notions récemment, aux yeux des militants anti-chasse, ces statistiques sur les accidents mortels méritent d’être nuancées car elles ne tiennent pas compte, selon eux, des décès survenus plusieurs semaines ou mois après une blessure.

Yannick Jadot, le 29 octobre 2021 sur BFMTV : « Les statistiques le prouvent : 70 % des chasseurs viennent des villes. Qu’on arrête de nous dire que ce sont les ruraux qui chassent ! »

Sur ce point, l’équipe de Yannick Jadot cite en source une étude commandée en 2015 par la Fédération nationale des chasseurs au BIPE, un cabinet de conseil en stratégie. Si on y apprend que le profil socio-professionnel des chasseurs est constitué à 39 % de cadres et de professions libérales et à 21 % d'« employés » et seulement à 8 % d'« agriculteurs », ce chiffre de 70 % n’y apparaît pas.

Une étude de l’Ifop pour la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de 2020, citée par l’entourage de Yannick Jadot à nos confrères du JDD, présente par ailleurs  des données recueillies lors de l’élection présidentielle de 2017 auprès d’un échantillon de 39.000 personnes dont a été « extrait un échantillon de 1.058 personnes se définissant comme chasseurs ». Selon cette enquête, seuls 32,9 % des chasseurs résideraient dans une « commune rurale », contre 67,2 % (en cumulé) dans des villes de 2.000 à près de 2 millions d’habitants.

Dans le sondage Ifop sur le « rapport des Français à la chasse et aux chasseurs » réalisé pour la FNC en février 2021 auprès de 2.024 personnes, 48 % des personnes sondées habitant en « commune rurale » affirmaient cependant compter, dans leur entourage proche (famille, amis), « un ou plusieurs chasseurs ».