Coronavirus : La santé mentale des jeunes mise en péril par la crise sanitaire

ESPRITS CONFINES Le premier confinement a doublé les dépressions chez les jeunes de 15 à 24 ans, et les enfants souffrent davantage de problèmes d’attention et de troubles alimentaires

20 Minutes avec AFP
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Chez les enfants, la crise du coronavirus a provoqué des difficultés à se concentrer à l'école.
Chez les enfants, la crise du coronavirus a provoqué des difficultés à se concentrer à l'école. — Jacques Witt/SIPA

C’est l’une des conséquences directes de la crise du coronavirus : nos rapports sociaux se sont restreints. Problème, ce déficit de sociabilité pèse lourd chez les jeunes, qui construisent encore leurs cercles de connaissances. La Défenseure des droits Claire Hédon alerte justement ce mercredi sur l’état de la santé mentale des jeunes mis à mal par la crise sanitaire, avec une augmentation des troubles dépressifs et une insuffisante prise en charge psychiatrique, dans son rapport annuel sur les droits de l’enfant.

« Il a été démontré que le premier confinement a conduit à une hausse générale des syndromes dépressifs et même à un doublement chez les 15-24 ans (10 % d’entre eux présentaient un syndrome dépressif en 2019, contre plus de 20 % en 2020) », relève-t-on dans ce rapport qui constate une hausse des « troubles anxieux » et « phobies sociales ». Publié à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’ enfant, le 20 novembre, le rapport s’appuie sur les réclamations reçues par le Défenseur des droits (3.000 chaque année), ainsi que la consultation d’enfants et de professionnels (médecins et infirmières scolaires, enseignants et éducateurs, psychiatres, pédiatres…).

Retard des consultations des pédopsychiatres

La fermeture des établissements scolaires et l’enseignement à distance ont aggravé « les risques d’addiction » aux écrans, a relevé le Défenseur des Enfants Eric Delemar lors d’une conférence de presse mardi. Les professionnels « nous ont interpellés sur les difficultés des rythmes circadiens, des troubles alimentaires, du sommeil des enfants, qui étaient épuisés dans les écoles, qui souffrent de problèmes d’attention. Les professeurs ont du mal à les mobiliser sur des projets », a-t-il poursuivi.

Ensuite, c’est l’effet boule de neige. Hausse des demandes de consultations, manques de moyens, retard accumulé… « On ne peut pas avoir six mois ou un an de délai d’attente pour avoir rendez-vous avec un psy », fustige Claire Hédon, qui précise qu' « une prise en charge très rapide d’un enfant en situation difficile » peut résoudre les difficultés « en quelques séances », alors que « si on laisse traîner », les conséquences peuvent être graves sur le long terme.

Décrochage en hausse

« La santé mentale est une des conditions de l’apprentissage et de la réussite scolaire », souligne Claire Hédon, prévenant qu'« un enfant qui ne va pas bien deviendra un adulte qui va mal » et qui vivra dans « une société qui va mal ». Or, pour le Défenseur des Enfants, les élèves ont été « livrés à eux-mêmes » durant la crise sanitaire, seuls à la maison pour apprendre. Le décrochage scolaire a augmenté, et de nombreux bacheliers se sont détournés des études.

Sur le harcèlement scolaire également, source de nombreuses réclamations auprès du Défenseur des Droits, les enfants ne sont pas assez écoutés : « Ce qui nous frappe à chaque fois, c’est le temps de réaction de l’institution scolaire pour réagir. On n’a pas su écouter l’enfant à temps, au bon moment, on s’étonne qu’il n’ait pas parlé, mais qu’est-ce qu’on a prévu pour recueillir la parole de l’enfant ? », déplore Claire Hédon.