Tentative d'évasion à Fresnes : Comment une détenue a-t-elle pu creuser un trou dans le mur de la prison ?

LA GRANDE EVASION Douha M., en détention provisoire pour association de malfaiteurs terroriste, a tenté de s’évader de la prison de Fresnes ce week-end en creusant un trou dans le mur de l'établissement. Le parquet national antiterroriste s'est saisi de l'affaire

Caroline Politi
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Une détenue de la prison de Fresnes a tenté de s'évader en creusant un trou dans sa cellule
Une détenue de la prison de Fresnes a tenté de s'évader en creusant un trou dans sa cellule — Philippe LOPEZ / AFP
  • Douha M., détenue depuis 2017 pour association de malfaiteurs terroriste a tenté de s'enfuir de la prison de Fresnes en creusant un trou dans le mur de sa cellule puis en descendant en rappel.
  • Le parquet national antiterroriste s'est saisi de l'affaire.
  • Des travaux de sécurisation de l'éblissement doivent avoir lieu en 2022.

Le scénario a beau être rocambolesque, il a bien failli aboutir. Dans la nuit de samedi à dimanche, vers 4 heures du matin, Douha M., une Héraultaise de 31 ans, fichée S, est parvenue à s’échapper de sa cellule de la prison de Fresnes, au 2e étage, en creusant un trou dans le mur de sa cellule puis en descendant en rappel à l’aide d’un drap. Elle a finalement été interpellée peu après les faits, dans l’enceinte même de l’établissement pénitentiaire. « Vu l’état de Fresnes, je suis à peine surpris qu’on puisse creuser un trou à la petite cuillère. Les murs sont tellement poreux, il suffit de passer la main dessus et il s’en dégage de la poussière », souffle Laurent*, un surveillant en poste depuis une dizaine d’années. Le parquet national antiterroriste, qui s’est saisi de l’affaire, a ouvert une enquête pour évasion et association de malfaiteurs terroriste.

« Le trou n’est vraiment pas grand, il doit faire une tête et demie, pas plus. Elle est fine, mais elle a probablement dû se contorsionner pour passer », estime une source pénitentiaire. Arrivée sur le chemin de ronde, sa présence a été repérée par les détecteurs de mouvement. Elle a été interpellée sans émettre de résistance. Selon nos informations, des traces au plafond de sa cellule laissent également penser que la détenue a envisagé de passer par les toits de l’établissement avant d’abandonner cette option.

Une détenue qui ne posait pas de « difficultés »

« C’était une femme polie, calme et réservée, se remémore Juanita, surveillante depuis huit ans à Fresnes et déléguée FO Pénitentiaire. Mais d’une manière générale, dans le quartier des femmes, il y a peu de difficultés. Si cette affaire était arrivée chez les hommes, on aurait été beaucoup moins surpris. » Douha M. était en détention provisoire depuis décembre 2017, interpellée à son retour de Syrie, après avoir rejoint les rangs de l’Etat islamique. « Elle ne posait pas de difficulté particulière en détention », confirme une source proche du dossier. Aucune date de procès n’était pour l’heure fixée.

Quand a-t-elle mis son plan à exécution ? A-t-elle bénéficié de complicités ? C’est ce que devront déterminer les investigations confiées par le parquet à la section antiterroriste de la brigade criminelle et à la DGSI. Selon Juanita, le sondage des barreaux a lieu tous les jours. « C’est assez rapide car nous avons énormément à faire, mais cela demande une grande concentration, sur le bruit qu’ils font notamment. On jette à chaque fois un œil à gauche et à droite. » Les fouilles des cellules, elles, sont programmées et ont lieu au moins une fois par mois, plus régulièrement si le ou la détenue a un comportement suspect. « C’est une fouille assez poussée, assure Laurent. Mais s’il y a un poster ou un élément d’immobilier devant le trou, il faut faire preuve de plus de pugnacité. » L’un comme l’autre l’assure, le quartier pour femme, plutôt calme, a également pu tromper la vigilance des surveillants.

Travaux de sécurisation

Si l’évasion a tourné court, elle met néanmoins en valeur d’importantes failles en matière de sécurité dans ce centre pénitentiaire, le deuxième plus important de France derrière Fleury-Mérogis. Dimanche, quelques heures après la découverte de la tentative d’évasion, l’ensemble des cellules du quartier des femmes a été fouillé et vérifié. Sans que rien d’anormal ne soit mis en lumière. Une nouvelle vérification, notamment de l’immeuble en lui-même, sera organisée dans les prochains jours. « Tout le bâtiment s’effrite, elle ne serait jamais parvenue à creuser un mur avec une cuillère s’il était en bon état », insiste Juanita.

Des travaux de sécurisation – décidés bien avant cette affaire – débuteront également dès 2022. Ils concernent principalement les abords de l’établissement : sécurisation du domaine aérien au-dessus de la prison avec l’installation de filins ou de filets pour empêcher l’envoi de projectiles mais également des espaces réservés aux surveillants, notamment les parkings, qui font régulièrement l’objet de dégradations. A l’intérieur, de nouveaux détecteurs de mouvements devraient être installés et les surveillants dotés de moyens plus performants pour communiquer en interne. « 4,5 millions d’euros sont alloués à ces travaux pour 2022, insiste une source proche du dossier. Il s’agit du plus gros budget du plan de sécurisation de 100 millions d’euros pour l’année prochaine. »

En parallèle, et malgré plusieurs recours du ministère de la Justice, le Conseil d’Etat a confirmé en octobre la nécessité de réaliser d’importants travaux de réhabilitation de tout l’établissement, et en particulier de la promenade. Un comité de pilotage est en cours pour déterminer le scénario de tels travaux mais, pour l’heure, aucune date n’est arrêtée.