Prostitution des adolescentes : « Ce plan de lutte est le premier pas d’un long chemin », estime Armelle Le Bigot-Macaux de l’ACPE

INTERVIEW Présidente de l’association Agir contre la prostitution des enfants, Armelle Le Bigot-Macaux salue une avancée majeure sur un sujet jusqu’alors peu pris en compte par les pouvoirs publics

Propos recueillis par Maïwenn Furic
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Le nombre de mineurs qui se prostituent ne cesse d'augmenter avec l'accès de plus en plus répandu aux réseaux sociaux. (Illustration)
Le nombre de mineurs qui se prostituent ne cesse d'augmenter avec l'accès de plus en plus répandu aux réseaux sociaux. (Illustration) — OMERO/AGENCIA ESTADO/SIPA
  • Le gouvernement a présenté, lundi, un plan interministériel de 14 millions d’euros qui vise à lutter contre la prostitution des mineurs, en particulier des adolescentes. On estime aujourd’hui qu’entre 7000 et 10.000 mineurs sont concernés, dans tous les milieux sociaux.
  • Parmi les principales actions annoncées figurent des actions de prévention sur les réseaux sociaux mais aussi dans les écoles, ainsi qu’une meilleure formation des personnels en contact avec les jeunes.
  • « Maintenant que le train est lancé il ne faut pas qu’il s’arrête », réagit Armelle Le Bigot-Macaux, présidente de l’association Agir contre la prostitution des enfants (ACPE), qui juge toutefois l’enveloppe financière insuffisante.

Campagnes de sensibilisation, formation de professionnels, parcours de soins personnalisés, financement de « maraudes » sur les réseaux sociaux… Le  gouvernement a présenté lundi son plan de lutte contre la prostitution des mineurs. Porté par le secrétaire d’État chargé de la Protection de l’enfance, Adrien Taquet, ce plan pèse 14 millions d’euros et sera déployé en 2021 et 2022. Il liste 13 actions qui ont pour but de « donner les moyens d’appréhender un phénomène peu connu pour le comprendre, le prévenir et le combattre ». Le plan découle d’un rapport remis au ministère en juillet 2021, qui dresse l’état des lieux de la prostitution des mineurs en France.

Interrogée par 20 Minutes, Armelle Le Bigot-Macaux, présidente de l’association Agir contre la prostitution des enfants (ACPE), salue « une très belle avancée par rapport au "no man’s land" qu’était le sujet de la prostitution des mineurs » jusqu’à présent.

Depuis de nombreuses années, vous appelez le gouvernement à se saisir du sujet de la prostitution des adolescentes. Êtes-vous satisfaite du plan qui a été présenté ?

La commission qui a travaillé en amont ce plan, et dans laquelle l’association a été très impliquée, a fait un très bon travail. Aujourd’hui, Adrien Taquet a tenu les promesses qu’il avait faites il y a deux ans. C’est une première étape.

Cependant, c’est un plan très limité en comparaison avec l’état des lieux transmis en juillet dernier au ministère, qui invitait vraiment à ouvrir les yeux sur le sujet. Les chiffres de 7.000 à 10.000 mineurs concernés sont bien en dessous de la réalité des faits aujourd’hui. Et cela ne cesse d’augmenter, notamment avec les réseaux sociaux. L’engrenage est discret : au début, ce ne sont que quelques « nudes » [photos nues] pour se mettre en valeur, on plaisante avec les copines. Puis tout va à vitesse grand V.

Pour vous, où se situe l'enjeu en matière de prévention ?

Quand les gamines ont basculé – ce sont majoritairement des filles –, il est très difficile de les aider. La prévention est donc essentielle, et l'un des points-clés, c’est l’éducation. Il faudrait faire respecter les lois existantes, car aujourd’hui les jeunes s’informent comme ils le peuvent, et notamment sur les sites pornos. Or une loi de 2001 qui oblige trois interventions d’éducation à la sexualité par an dans les classes.

Mais c'est un point sensible : les enseignants ne sont pas formés, et lassés par les demandes d'intervention en tout genre. Il faut laisser les associations intervenir. La prévention peut également être utile aux jeunes qui pourraient devinir des proxénètes car ils sont, généralement, à peine plus vieux que leurs victimes.

Que va-t-il se passer à présent ? Le plan « lancé en 2021, se déploiera dans son intégralité en 2022 », indique le gouvernement...

Nous attendons beaucoup de ce plan, qui est le premier pas d’un long chemin qui reste à parcourir .Il y a de nombreuses choses qui, si elles sont mises en place, vont aider les jeunes. Le financement des actions est tout de même un point négatif. 14 millions, on ne va pas aller bien loin avec ça.

Avec les associations, nous serons mises à contribution pour l’exécution de ce plan. Nous serons là pour vérifier que tout est mis en place, et que l’argent est dépensé correctement. Maintenant que le train est lancé il ne faut pas qu’il s’arrête. Nous espérons que la prostitution des mineurs sera un point abordé par tous les candidats à la présidentielle. En tout cas, nous ferons tout pour.