Islam : Les représentants musulmans toujours divisés sur la création du Conseil national des imams

MESENTENTE A tour de rôle, le Conseil français du culte musulman et la Grande Mosquée de Paris ont annoncé dimanche la création prochaine de leur propre instance

20 Minutes avec AFP
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Des imams de la Grande Mosquée de Paris lors d'un hommage aux victimes des attaques terroristes du 13 novembre 2015, à Paris le 12 novembre 2021.
Des imams de la Grande Mosquée de Paris lors d'un hommage aux victimes des attaques terroristes du 13 novembre 2015, à Paris le 12 novembre 2021. — Adrienne Surprenant/AP/SIPA

L’instance voulue par le gouvernement pour restructurer l’islam de France continue de diviser les représentants des musulmans. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) et la Grande Mosquée de Paris ont ainsi chacun annoncé dimanche la création prochaine de leur propre Conseil national des imams.

La Grande mosquée de Paris et les trois fédérations qui ont claqué la porte du bureau exécutif du CFCM en mars ont annoncé leur volonté de fonder un Conseil national des imams (CNI), qui doit labelliser les imams exerçant en France, comme souhaité par l’exécutif dans le cadre de sa lutte contre l’islam radical. Le CNI « sera créé lors d’une assemblée générale le dimanche 21 novembre 2021 », ont-elles expliqué.

Le CFCM dans la tourmente

Le CFCM a immédiatement réagi en annonçant lui aussi la création d’un CNI. Dans un communiqué, il appele « l’ensemble des instances départementales du culte musulman à se réunir en congrès, le 12 décembre 2021, pour la mise en place effective du Conseil National des Imams ». Il dénonce également « l’initiative unilatérale » des quatre fédérations dissidentes et estime que « la légitimité » du CNI « ne peut être acquise que sous l’égide du CFCM et avec la participation de l’ensemble de ses fédérations ainsi que l’implication de toutes les structures régionales et départementales. »

Interlocuteur historique des pouvoirs publics concernant le culte musulman, le CFCM est plongé dans la tourmente depuis que le gouvernement a voulu faire adopter une « Charte des principes pour l’islam de France », réclamée par Emmanuel Macron dans la foulée de son offensive contre le « séparatisme ». Le texte, qui devait servir de pierre angulaire pour restructurer la deuxième religion du pays, dénonce notamment « l’instrumentalisation » politique de l’islam, proscrit « l’ingérence » d’Etats étrangers et réaffirme la « compatibilité » de l’islam avec la République.

La relation entre le Maroc et l’Algérie en toile de fond

En janvier, trois fédérations du CFCM, dont les deux turques – le Millî Görüs et le Comité de coordination des musulmans turcs de France – ont rejeté cette charte, qui risque selon elles de « fragiliser » la confiance à l’égard des musulmans. Après ce refus, quatre des neuf fédérations du CFCM, la Grande Mosquée de Paris, le Rassemblement des Musulmans de France, Musulmans de France et la Fédération Française des Associations Islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA) ont annoncé en mars quitter le bureau exécutif du CFCM, pour créer une nouvelle instance chargée de réfléchir à « la refondation de la représentation du culte musulman en France ».

Ces divisions de fond sont également nourries par l’inimitié notoire entre le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, proche du Maroc, et le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz, proche de l’Algérie.