Ille-et-Vilaine : « La précarité est souvent cachée »… Le Secours Populaire en campagne pour aider la France isolée

SOLIDARITE L’association a investi dans un minibus pour délocaliser sa distribution alimentaire et ses actions en faveur des populations isolées

Camille Allain
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Patrick et Jacques, bénévoles, sont accompagnés sur le terrain par Julie, animatrice au Secours Populaire d'Ille-et-Vilaine.
Patrick et Jacques, bénévoles, sont accompagnés sur le terrain par Julie, animatrice au Secours Populaire d'Ille-et-Vilaine. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le Secours populaire d’Ille-et-Vilaine lance un service de bus solidaire afin d’aller à la rencontre des communes rurales.
  • Les habitants de ces villages parfois isolés souffrent régulièrement, notamment de mal-logement.
  • En campagne, la précarité est parfois tenue secrète, expliquent les bénévoles.

Le petit camion vient animer une place d’apparence bien vide. Quelques curieux s’approchent. D’autres interrogent. « Est-ce qu’il est possible de vous donner des vêtements ? Ils sont en bon état mais on ne les met plus ». La réponse est oui. Présent depuis des dizaines d’années à Rennes et dans les villes d’Ille-et-Vilaine, le Secours Populaire a profité des confinements successifs pour se remettre en question sur son accompagnement des populations rurales. « On était absents des campagnes, il faut savoir le reconnaître. Pourtant, la précarité existe aussi​. Elle est souvent cachée, comme s’il y avait un phénomène de stigmatisation dans les villages, un côté qu’en dira-t-on », analyse Julie Orain.

Depuis plusieurs mois, l’animatrice départementale du Secours populaire travaille à la mise en place d’un nouveau dispositif appelé « Solidaribus ». Ce petit véhicule aux couleurs de l’association vient de commencer sa « tournée » qui l’emmènera aux quatre coins de l’Ille-et-Vilaine avec une mission prioritaire : venir en aide aux personnes isolées, d’abord avec l’aide alimentaire. « Lors du premier confinement, on a livré des colis alimentaires. C’est là qu’on s’est rendu compte que certaines personnes faisaient plus de cinquante kilomètres pour en bénéficier. Notre mission, c’est d’aller vers eux », poursuit Julie Orain.

Des problèmes de logement insalubre

En ce lundi de novembre, le Solidaribus s’est garé aux abords de l’église de Pleumeleuc. Cette commune de 3.200 habitants située à une vingtaine de kilomètres de Rennes n’est pas dans une situation d’isolement. Mais ses administrés les plus précaires se heurtent à un problème de mobilité, car aucun bus ne rallie la ville voisine de Montfort-sur-Meu où se concentre l’aide alimentaire. « Notre commune n’est pas oubliée mais elle n’avait rien en faveur des personnes les plus démunies. Notre rôle en tant qu’élus, c’est de toucher ceux qu’on n’entend pas », explique Claudine Raulois, adjointe à la maire de Pleumeleuc en charge de la solidarité. L’aide alimentaire proposée sert aussi d’accroche pour évoquer des problématiques souvent complexes.

Cet après-midi-là, Julie et les deux bénévoles du Secours populaire ont accueilli Claudine (le prénom a été changé), confrontée à un problème de logement insalubre. Son propriétaire refuse d’effectuer les travaux. « Ils vont m’aider à trouver un logement dans la ville. Moi, je n’ai pas de moyen de locomotion, je ne peux pas bouger », explique-t-elle.

La problématique du logement est récurrente dans ces petites communes. Chassés des métropoles devenues trop chères, certains habitants vivent dans des conditions déplorables, sans même s’en rendre compte. « Nous tombons parfois sur des personnes âgées confrontées à des questions d’insalubrité dont on ignorait l’existence », ajoute l’élue de Pleumeleuc. « Dans le monde rural, certains n’ont pas connaissance de leurs droits. La mobilité coûte cher, le logement coûte cher et la fracture numérique se creuse pour ceux qui n’ont pas d’ordinateur », ajoute l’animatrice département du Secours populaire. Ce sont toutes ces missions que son antenne départementale va tenter de remplir. Depuis quelques jours, huit communes d’Ille-et-Vilaine voient le Solidaribus passer une à deux fois par mois. D’autres suivront sans doute.

Huit communes concernées pour l’instant

Lancée le 8 novembre, la campagne du Solidaribus concerne pour l’heure huit communes d’Ille-et-Vilaine : Pleumeleuc, Talensac, Val d’Anast, le Grand-Fougeray, Maen Roch, Louvigné-du-Désert, Val Couesnon et le Vivier-sur-Mer. L’ambition du Secours Populaire est de recruter des bénévoles sur place afin d’implanter des antennes locales dans ces territoires ruraux.