« Ma thèse en 180 secondes » : Entre fantaisie et sérieux, nos lecteurs déroulent leurs propositions

VOTRE VIE VOTRE AVIS « 20 Minutes » a demandé à ses lecteurs leurs idées de sujet de thèse et comment ils les présenteraient en trois minutes pour intéresser les néophytes

L.Gam.
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Un homme fait un exposé (photo d'illustration)
Un homme fait un exposé (photo d'illustration) — Canva
  • « Ma thèse en 180 secondes », c’est un concours de vulgarisation destiné aux thésards.
  • Le but principal est d’arriver à intéresser tout le monde à des sujets souvent obscurs ou de niche.
  • Trois sociologues ont analysé les effets et en tirent un constat mitigé.

A vos marques, prêts ? Partez ! Vous avez 180 secondes, pas une de plus, pour exposer votre sujet de thèse. « Si je pouvais participer au concours « Ma thèse en 180 secondes », je réciterais un poème sur fond musical avec lequel je ferais voyager les auditeurs dans ma petite bulle d’univers », confie Khalid, « autiste et passionné d’astrophysique ». « J’ai développé durant près de vingt ans une théorie qui vise, entre autres, à unifier les lois de la cosmologie. D’ailleurs, j’ai vulgarisé mes travaux dans un livre de poche et j’en finalise actuellement un autre qui explique l’origine des constantes fondamentales, comme celle de Planck, d’Einstein ou de Newton », précise-t-il. 20 Minutes a interrogé ses internautes sur leurs idées de thèse à présenter en trois minutes.

Si notre lecteur Khalid semble avoir bien réfléchi à la question, un autre, « Mr Bokeh » semble dubitatif sur la faisabilité d’un tel challenge : « En 180 minutes (sic), je ne pourrais que donner des titres de sujet de thèses que je pourrais développer par la suite… » Un constat partagé par les sociologues Stéphane Le Lay, Jean Frances et Jean-Marc Corsi qui dans leur livre Ma thèse en 180 secondes. Quand la science devient spectacle (Editions du Croquant) regrette « l’installation rapide, dans le champ de l’ESR, d’un dispositif compétitif et ludique encourageant les doctorants à questionner leur rapport aux règles du métier scientifique ».

Le défi de la vulgaraisation

Dans une interview au Monde, les trois chercheurs pointent les failles et les atouts de ce concours, débarqué en France en 2014, qui a pour but de vulgariser des sujets souvent abscons, voire inconnus du grand public, tout en permettant aux docteurs « de communiquer à partir de leurs travaux de manière différente du format purement académique, qu’ils maîtrisent ». Une idée défendue par Anaïs, doctorante française, expatriée au Québec qui poursuit sa « thèse sur l’impact de la pollution chimique sur les orques. J’espère à terme que ma recherche permettra d’améliorer les efforts de conservation et aidera nos politiciens à réduire la pollution qui pèse non seulement sur cette espèce charismatique, mais aussi sur les populations autochtones qui dépendent des mêmes proies. » Les chercheurs sont ainsi mis en lumière, leurs sujets également et on y ajoute « le côté « fun » et spectaculaire au dispositif avec animateur, musique, entraînement avec la Ligue d’improvisation… », dixit nos trois sociologues.

Cet aspect de gamification du travail scientifique est cependant à double tranchant : avec l’aspect concours, il n’est plus vraiment question de vulgariser mais de gagner. « Dans ce cadre-là, on a observé un décalage très net entre la manière dont les gens définissaient leur projet de thèse, et la manière dont ils présentaient leur recherche à MT180. La dimension probatoire, qui est d’apporter des preuves, propre à la vulgarisation, passe aussi à la trappe. On passe d’une question de recherche à l’annonce, le plus souvent, de résultats qui font sens ou qui sont assez spectaculaires. », révèlent les auteurs de Ma thèse en 180 secondes. Quand la science devient spectacle.

Spectacle, provocation et esbroufe

Faire le show, c’est bien le but de certains de nos lecteurs inspirés qui ont proposé comme sujet de thèse et donc pour un éventuel MT180, la fabrication de la cervoise, l’éjaculation précoce ou le bilan du quinquennat Macron. « On a en fait affaire à ce que le spécialiste des sciences de la communication Mathieu Quet appelle une « communication promettante », qui est une ellipse et un passage sous silence de tout ce qui fait les difficultés de la recherche ». On reste dans le spectacle, dans la provocation : « Comment la modération des journaux de gauche censure tout ce qui n’est pas bien pensant » ou « Comment un petit microbe de quelques microns peut détruire la liberté de 67 millions de Français », proposent encore d’autres internautes.

Le plus prometteur nous ayant été envoyé, étant sans nul doute : « Etat des connaissances actuelles sur la vie et l’œuvre de Raboliette Huglin, pinceuse de sabots à la ferme des graviers de Malicornay de 1325 à 1332. » Autant de sujets fantaisistes qui pointent combien il est encore difficile aujourd’hui pour le grand public de comprendre les tenants et les ténèbres du monde des thésards. « Ça souligne bien l’état de désolation du champ académique. Parce que, quand on en arrive à mettre en place des dispositifs comme ça pour recréer du lien, des ambiances sympa et mettre en lumière les travaux des doctorants, c’est que, d’une certaine manière, on a échoué. », concluent les trois sociologues. Mais sur « la cuisson des œufs à la coque » : qui de l’œuf ou de la poule ?