Nouvelle-Calédonie : La date du référendum pour l’indépendance maintenue, les indépendantistes mécontents

VOTE Le FLNKS a répété leur consigne de « non participation » et ne reconnaîtra pas le résultat du scrutin

M.F avec AFP
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La baie de Numbo, à Ducos, en Nouvelle-Calédonie.
La baie de Numbo, à Ducos, en Nouvelle-Calédonie. — Theo Rouby / AFP

Le haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie a annoncé vendredi le maintien du référendum d’autodétermination à la date initialement prévue. « Les Calédoniennes et les Calédoniens qui souhaitent se rendre aux urnes le 12 décembre pourront le faire dans la paix », a indiqué Patrice Faure, assurant que la situation sanitaire était « maîtrisée ».

Cette décision annoncée à l’occasion d’un déplacement à Ponérihouen, village géré par un maire indépendantiste, a été saluée par les partisans du maintien dans le giron français, mais beaucoup moins par les indépendantistes du FLNKS qui demandaient un report à septembre 2022 en raison de la situation sanitaire. Les non indépendantistes se sont félicités de cette décision « qui offre des perspectives d’avenir », tandis que leurs adversaires ont promis de contester le résultat.

Désaccord sur l’évaluation de la situation sanitaire

A plusieurs reprises, le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu avait expliqué que « seul le critère sanitaire » serait pris en compte pour décider du maintien ou non du vote. Le Caillou, longtemps épargné, est frappé depuis début septembre par une épidémie de Covid-19, faisant 272 morts en deux mois sur l’archipel de 280.000 habitants, mais désormais en net repli.

Dès le 20 octobre, le FLNKS avait prévenu qu’il ne participerait pas à la troisième et dernière consultation sur l’accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie, prévue dans le cadre de l’accord de Nouméa (1998). La coalition indépendantiste, rejointe par d’autres formations nationalistes, estime « impossible » la tenue d’une « campagne équitable » à cause des nombreux décès et des restrictions sanitaires.

Le référendum pourrait être contesté devant l’ONU

« Pour nous ça ne change rien. On reste sur la consigne de ne pas y aller. On ne se sent pas concerné par ce référendum car les conditions sanitaires et sociales ne sont pas réunies pour être dans la sérénité et la paix », a réagi Daniel Goa, porte-parole du FLNKS, sur RNC la1ère. Signataire de l’accord de Nouméa et élu territorial, Victor Tutugoro, a de son côté réaffirmé que le FLNKS « ne reconnaîtra pas le résultat », qui pourrait être contesté devant l’ONU (Organisation des nations unies).

« C’est le dernier rendez-vous du processus de décolonisation de l’accord de Nouméa, et il se fera sans le peuple premier, sans le peuple colonisé ! On est en train de nous voler ce référendum », a tonné le leader kanak. Il a en outre accusé l’Etat de vouloir se « précipiter pour casser la dynamique » du oui à l’indépendance. Le score des indépendantistes était passé de 43,3 % lors du premier référendum en novembre 2018 à 46,7 % des suffrages en octobre 2020. « L’Etat sait que la situation est favorable au non parce qu’il n’y a pas de campagne et que la France apporte une aide massive face à la crise sanitaire », a expliqué Victor Tutugoro.

Des indicateurs sanitaires « acceptables et soutenables »

Les non indépendantistes, qui tenaient au maintien du vote, ont eux applaudi cette décision. « Nous remercions l’État d’assumer ses responsabilités et ainsi d’offrir des perspectives d’avenir aux Calédoniens en nous donnant la possibilité de clôturer la période de l’Accord de Nouméa », a réagi dans un communiqué le mouvement Les Voix du non, qui rassemble les principaux partis loyalistes.

Ils ont souligné que « les indicateurs sanitaires (…) sont aujourd’hui acceptables et soutenables » pour rendre « possible » l’organisation d’une campagne qu’ils ont eux-mêmes reprise depuis deux semaines. « Nous regrettons qu’à ce moment de notre histoire commune les indépendantistes ne soient pas à la hauteur des enjeux », a également indiqué le mouvement.

Ultime référendum

Cet ultime référendum sur l’accession à la pleine souveraineté intervient au terme d’un processus de décolonisation et de réconciliation entre les communautés, après les violences des années 1980, ouvert par les accords de Matignon en 1998 puis prolongé par l’accord de Nouméa. Leader de Générations.nc, Nicolas Metzdorf s’est félicité que « l’Etat n’a pas tremblé » car « rien ne pouvait justifier un report du référendum si ce n’est une menace indépendantiste de déstabilisation ».

Député de la première circonscription de Nouvelle-Calédonie, Philippe Dunouyer (UDI) a estimé que ce troisième référendum « (nous) imposait d’initier, dès le lendemain, des discussions afin de construire les bases d’un nouvel avenir en commun ».