Electricité : Pourquoi EDF va arrêter les coupures en dehors de la trêve hivernale ?

PRECARITE Environ 300.000 coupures ont lieu chaque année, et le chiffre risquait d’augmenter avec l’explosion du prix de l’énergie

X. R.
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La puissance sera limitée, mais les ménages concernés pourront continuer de s'éclairer et d'alimenter un petit réfrigérateur.
La puissance sera limitée, mais les ménages concernés pourront continuer de s'éclairer et d'alimenter un petit réfrigérateur. — SIPA
  • EDF a annoncé ce vendredi mettre fin aux coupures d’électricité pour cause d’impayés, en systématisant la limitation de puissance en dehors de la trêve hivernale.
  • Eclairage, régrigérateur, recharge de téléphone portable, les options seront limitées pour utiliser les 1000 watts encore disponibles.
  • D’après plusieurs expérimentations, la limitation de puissance suffit à déclencher la régularisation. Une mesure « solidaire et responsable » pour EDF dans le contexte actuel d’explosion des prix de l’énergie.

C’est une annonce dans l’air du temps, entre le début de la trêve hivernale et les mesures du gouvernement pour contrer la hausse des prix de l’énergie. EDF va arrêter de couper l' électricité aux ménages en situation d’impayés en dehors de la trêve hivernale. A la place, le fournisseur d’énergie va appliquer une limitation de puissance, plus forte tout de même que pendant l’hiver. 20 Minutes fait le point sur cette décision.

Quels appareils continueront de fonctionner ?

La puissance hors trêve hivernale sera limitée à 1kVA (soit l’équivalent de 1000 watts). De quoi « assurer les besoins vitaux pour rester digne », estime Hélène Denise, coordinatrice plaidoyer et mobilisation à la Fondation Abbé-Pierre. En clair, les personnes sanctionnées pourront continuer de s’éclairer, de recharger leurs téléphones portables, de faire fonctionner un petit réfrigérateur et de prendre une douche. Guère plus.

« C’est un premier pas », reprend Hélène Denise. Cette limitation, déjà mise en place au cas par cas depuis plusieurs années, est en effet plus importante que celle appliquée l’hiver, où la loi sur la trêve hivernale permet de maintenir une puissance de 3kVA. Impossible donc, au printemps ou au mois de septembre, de brancher un chauffage électrique ou un appareil électroménager du type lave-vaisselle.

Comment EDF va continuer à lutter contre les impayés ?

L'annonce intervient dans un contexte d' explosion des prix de l’énergie qui pourrait, à court terme, faire augmenter le nombre de mauvais payeurs. Le nombre de coupures « avait déjà augmenté de 17 % en 2019 », rappelle Hélène Denise. EDF prend-il le risque de voir les défauts de paiement se multiplier?

Pas vraiment. Depuis plusieurs mois, la Fondation Abbé-Pierre travaille avec le fournisseur Plüm sur une limitation équivalente. Résultat ? Les impayés n’ont pas augmenté, les clients réagissant à la limitation comme à une coupure, puisque « cette puissance minimale n’est pas confortable », tempère Hélène Denise. « Ce n’est pas une mesure qui coûte si cher, mais qui représente une grande avancée sociale », se satisfait-elle encore.

Pourquoi EDF prend cette décision maintenant ?

La trêve hivernale vient de commencer, permettant aux ménages en difficulté de souffler. Cette annonce est une sécurité de plus pour eux, avec un chèque énergie qui tombera entre-temps. La question est donc d’actualité, d’autant que mercredi, « c’était la journée de lutte contre la précarité énergétique », souligne Hélène Denise. La Fondation Abbé-Pierre avait également formulé une demande au fournisseur d’électricité ces dernières semaines, « pour éviter une punition sociale ».

« Ça va dans le sens de l’histoire, ce n’est pas normal que dans une des plus grandes puissances économiques du monde, 300.000 personnes se retrouvent chaque année dans le noir », insiste-t-elle. Le fournisseur d’électricité indique de son côté avoir « toujours accompagné ses clients » et évoque « une mesure solidaire et responsable dans le contexte actuel ». L’étape suivante est un alignement des autres fournisseurs sur EDF, qui représente 70 % du marché. Le gouvernement, qui a déjà gelé les prix au-delà de la seule trêve hivernale, pourrait légiférer en ce sens, huit ans après avoir interdit les coupures d’eau.