Froid : Comment la précarité énergétique nuit-elle à la santé des Français ?

PAUVRETE Ce mercredi se déroulait la première journée de la précarité énergétique en France

Jean-Loup Delmas
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Habiter dans un logement difficile à chauffer accroît de 50% le risque de se déclarer en mauvaise santé
Habiter dans un logement difficile à chauffer accroît de 50% le risque de se déclarer en mauvaise santé — Pixabay
  • En France, 12 millions de personnes ont déjà eu froid en 2021, soit 20 % de la population.
  • Plusieurs associations, dont la Fondation Abbé-Pierre, se sont mobilisées ce mercredi contre cette précarité énergétique.
  • Celle-ci a de lourdes conséquences sur la santé : bronchites, asthmes et maladies non-respiratoires peuvent se multiplier.

La Fondation Abbé-Pierre, accompagnée de 19 autres associations comme Greenpeace ou le Réseau Action Climat, organisait ce mercredi une journée nationale contre la précarité énergétique. Selon le baromètre annuel du Médiateur national de l’énergie publié le mois dernier, 20 % des Français – soit 12 millions – déclarent avoir souffert du froid au cours de l’hiver 2021, pendant au moins 24 heures, six points de plus qu’en 2020.

Un froid dû pour 40 % des foyers à une mauvaise isolation thermique de leur logement, 36 % à des raisons économiques, 22 % une installation de chauffage insuffisante, et 4 % une coupure d’énergie de la part du fournisseur à cause d’une facture impayée.

La santé baisse en même temps que la température

Cette précarité n’est pas sans conséquence pour le corps. Régis Largillier, membre du collectif et spécialiste de l’impact de la précarité énergétique sur la santé au sein de la chaire Hope, indique que les personnes souffrant de précarité énergétique ont deux à trois plus de chances de tomber malades. Aux classiques bronchites et asthmes s’ajoutent tout un tas de maladies non respiratoires, notre santé dépendant beaucoup de la température ambiante.

« Le froid a de nombreux effets sur l’organisme, notamment aux niveaux cardiovasculaire et respiratoire, car le corps tente de se réchauffer par lui-même en augmentant le métabolisme, mais aussi de réchauffer l’air qui pénètre par les narines avant qu’il n’arrive aux poumons, entraînant un assèchement des muqueuses nasales qui favorise l’entrée de certains pathogènes », explique le chercheur en santé publique Mickaël Ehrminger.

Des conséquences plus ou moins sévères peuvent être observées en fonction de la température intérieure, liste le chercheur. En dessous de 16 degrés, la fonction respiratoire peut souffrir ; en dessous de 12 degrés, le système cardiovasculaire peut être mis à rude épreuve ; en dessous de 6 degrés, le risque de mort par hypothermie rôde. « La précarité énergétique est très corrélée avec la mortalité hivernale. On remarque que dans les régions où les températures intérieures sont moins élevées et où l’efficience énergétique des logements est moindre, il y a plus de décès en hiver », détaille-t-il.

La santé mentale aussi affectée

La précarité énergétique nuit à la santé de plusieurs manières. Les personnes ayant un chauffage ou une isolation déficiente peuvent avoir recours à des chauffages d’appoint, « pouvant provoquer une pollution intérieure importante et représenter un véritable danger lorsqu’ils sont utilisés de manière permanente plutôt que ponctuelle », appuie Mickaël Ehrminger. « De mauvaises conditions de chauffage peuvent également être associées à la présence d’une humidité importante et de moisissures potentiellement nocives pour la santé, notamment respiratoire », ajoute-t-il.

Reste également des effets délétères sur la santé mentale. Des études en cours montrent que les victimes de précarité énergétique consomment trois ou quatre fois plus de psychotropes que la population moyenne, indique Régis Largillier. Au-delà des conséquences du froid, il y a la honte de la moisissure ou d’un logement gelé, incitant à n’inviter personne chez soi : « Cela entraîne une coupure sociale avec ses proches, sa famille, un isolement responsable d’une plus mauvaise prise en charge, mais également de dépression, de solitude, etc. », appuie l’expert.

La précarité tue

« Une température inconfortable peut dégrader le sommeil, et engendrer de facto une fragilisation du système immunitaire, provoquer du stress, de l’irritabilité, parfois des troubles psychiques caractérisés, et jusqu’à des conséquences sociales et professionnelles » liste de son côté Mickaël Ehrminger.

Tous ces constats peuvent s’étendre à une réalité plus large : la précarité tue, conclut le chercheur. « De manière générale, la précarité énergétique est liée à la précarité et à un niveau de vie défavorisé, dont on sait qu’ils sont des déterminants sociaux majeurs de santé. On sait que les personnes défavorisées ont une espérance de vie en bonne santé inférieure de près de 10 ans par rapport aux personnes les plus favorisées. »