Etudiants : « L’abandon de la réforme des bourses sous ce quinquennat est un vrai regret », selon Paul Mayaux

INTERVIEW Paul Mayaux, le président de la Fage, fait un premier bilan de la politique sociale étudiante du quinquennat

Propos recueillis par Delphine Bancaud
— 
Paul Mayaux, le président du syndicat étudiant la Fage, dans le studio du journal "20 Minutes", le 10 novembre 2021, à Levallois-Perret.
Paul Mayaux, le président du syndicat étudiant la Fage, dans le studio du journal "20 Minutes", le 10 novembre 2021, à Levallois-Perret. — Olivier Juszczak / 20 Minutes
  • A l’occasion de la journée internationale de l’étudiant, qui a lieu ce mercredi, Paul Mayaux, le président de Fage, analyse les mesures du gouvernement concernant la vie étudiante.
  • Il regrette que la réforme des bourses, promise par le gouvernement, ne voit finalement pas le jour d’ici à la fin du quinquennat.
  • La Fage, qui fourmille de propositions en ce qui concerne les aides sociales aux étudiants, va solliciter les candidats à la présidentielle pour tenter d’influer les futures politiques publiques.

A cinq mois de l’élection présidentielle, c’est le moment de regarder dans le rétroviseur pour tirer un premier bilan du quinquennat et faire monter la pression sur les futurs candidats. Quelle a été la politique sociale en faveur des étudiants ? Quelles ont été les avancées, les renoncements ?

A l’occasion de la journée internationale de l’étudiant, qui a lieu ce mercredi, Paul Mayaux, le président de Fage, fait part de ces regrets et de ses espoirs.

La réforme des bourses, qui vous a été promise maintes fois, aura-t-elle lieu avant la fin du quinquennat ?

C’est peu probable à cinq mois de l’élection. Sans doute parce que le gouvernement a priorisé le revenu d’engagement, qui s’adresse à des jeunes jugés plus en difficulté que les étudiants. Cet abandon de la réforme des bourses durant ce quinquennat est un vrai regret, et les étudiants ne comprennent pas cette décision.

Qu’aurait-il fallu changer ?

Aujourd’hui, un tiers des étudiants touchent une bourse. Il faudrait intégrer, parmi les bénéficiaires, ceux de la classe moyenne qui n’en touchent pas, parce que les revenus de leurs parents sont pris en compte alors même que ces derniers ne les aident pas. Il faut aussi travailler à éviter les effets de seuils. Car actuellement, si les parents d’un étudiant gagnent un peu plus que l’année précédente, il peut se retrouver amputé de sa bourse.

Il faut aussi permettre aux étudiants boursiers d’avoir accès à certains services, comme la complémentaire santé solidaire ou le chèque énergie. Enfin, il faut harmoniser le système de bourses dans l’Enseignement supérieur. Car actuellement, ce sont les régions qui versent leurs bourses aux étudiants en filières paramédicales, alors que pour la majorité des autres filières, le Crous s’en charge. Il serait plus efficace que le Crous gère la totalité des bourses.

La Fage préconise la mise en place d’une allocation de rentrée étudiante (ARE) d’un montant de 275 euros. Pourquoi le gouvernement ne vous a-t-il pas suivi sur ce point ?

Sans doute parce qu’il a mis en place d’autres aides, comme l’aide de solidarité de 150 euros versée aux étudiants boursiers lors de la crise sanitaire ou l’indemnité inflation, qui sera versée de décembre 2021 à février 2022 aux étudiants boursiers, aux apprentis et aux étudiants qui sont fiscalement autonomes. Mais pour nous, cela n’aurait pas dû se substituer à une allocation de rentrée. Selon notre dernier indicateur, la rentrée étudiante coûterait 2.392 euros, un montant en augmentation.

Paul Mayaux, le président du syndicat étudiant la Fage, dans le studio du journal
Paul Mayaux, le président du syndicat étudiant la Fage, dans le studio du journal - Olivier Juszczak / 20 Minutes

Mais le ministère de l’Enseignement rétorque qu’il a consacré 3,3 milliards d’euros pour les aides sociales cette année. Et qu’à la rentrée, il a gelé les frais d’inscription et les loyers des logements du Crous, et a augmenté de 1 % les bourses…

Il faut aller plus loin. Car si les bourses ont augmenté de 1 % cette année, l’inflation, elle, a progressé de 1,9 % sur cette période. Et les mesures tampons ne doivent pas remplacer les aides structurelles.

Près d’un étudiant sur deux travaille en dehors des cours. Cette tendance va-t-elle s’accentuer ?

Elle pourrait se généraliser. Avoir un job pendant ses études est une bonne chose, à condition de ne pas être obligé de se salarier pour survivre. Car plusieurs études montent qu’au-delà de 8 heures de travail par semaine, le job vient concurrencer les études et dégrade la qualité des apprentissages. Voire peut provoquer l’échec.

« La Fage demande que les APL soient adaptées aux bassins de vie, car leur montant est le même partout ».

Vos épiceries solidaires, qui viennent en aide aux étudiants les plus précaires, sont-elles prises d’assaut depuis la rentrée ?

Oui, le nombre d’étudiants sollicitant ces épiceries est en augmentation. C’est en raison de la précarité étudiante avec l’apparition d’un nouveau public pour ce dispositif : les étudiants des classes moyennes non boursiers et qui ne sont pas aidés par leurs parents. A Valenciennes, il y avait environ 80 inscrits à l’épicerie solidaire l’an dernier, et à cette rentrée, on est autour de 200.

Le non-recours à certaines aides est une réalité. Qu’aurait dû faire le gouvernement pour améliorer cela ?

Il y a des lacunes dans la communication. Il faudrait instaurer un guichet unique d’aides aux étudiants qui leur permettraient de faire une demande d’APL, une aide d’urgence, l’AAH (allocation adulte handicapé)…

Vous avez été déçu par le revenu d’engagement. Est-ce parce qu’il ne s’adresse pas vraiment à votre public ?

C’est une promesse manquée, car il n’inclut pas les jeunes diplômés dont la formation est parfois en décalage avec le marché de l’emploi et qui se retrouvent sans revenus pendant plusieurs mois après leur sortie de formation. ll faudrait proposer des modules d’accompagnement pour ce public et ainsi réellement inclure les diplômes dans un parcours vers l’insertion sociale et professionnelle. En 2016, l’Aide à la Recherche du Premier Emploi (ARPE) avait été créée par le précédent gouvernement. Elle était destinée aux jeunes fraîchement diplômés, afin de les accompagner sur le marché du travail. Et ce coup de pouce financier de 550 euros maximum était accordé durant 4 mois maximum. Elle a été supprimée en 2019, puis rétablie l’an dernier, mais avec des critères d’attribution plus restrictifs, et elle ne sera plus accessible au 1er janvier 2022. Il faudrait la reproposer en la couplant avec un accompagnement du jeune par l’APEC.

Paul Mayaux, le président du syndicat étudiant la Fage, dans le studio du journal
Paul Mayaux, le président du syndicat étudiant la Fage, dans le studio du journal - Olivier Juszczak / 20 Minutes

Sur les APL (aide personnalisée au logement), qu’aurait dû faire le gouvernement ?

La baisse de 5 euros en 2018 a été très mal ressentie par les étudiants. La Fage demande que les APL soient adaptées aux bassins de vie. Car les loyers sont très chers dans des villes comme Nice, Paris ou Annecy. Et pourtant, le montant des APL est le même partout.

Par ailleurs, sur ces deux dernières années, la crise du logement étudiant se fait davantage sentir. On a vu des étudiants dormir dans des campings, chez des amis, dans des voitures… Notamment à Angers et à Strasbourg. La Fage a pu s’organiser pour proposer à ces étudiants des logements provisoires. Mais il faut trouver d’autres solutions, comme une plus grande ouverture du parc HLM aux colocations étudiantes.

Concernant la construction de logements étudiants, estimez-vous que le gouvernement pourra atteindre ses objectifs de 60.000 d’ici à la fin du quinquennat ?

A priori oui. Mais sur les 60.000 logements, 24.000 seront pilotés par des bailleurs privés, et les loyers ne seront donc pas proposés à tarif social.

« Nous aimerions proposer aux candidats à la présidentielle un grand oral sur la vie étudiante »

L’une des grandes mesures de ce quinquennat concernant les jeunes a été la création du Service national universel (SNU). Que lui reprochez-vous ?

Pour 2022, le budget prévu est de 110 millions d’euros, et il est en hausse de 48 millions d’euros par rapport à 2021. Ces fonds auraient pu être plus utiles à des associations œuvrant pour des jeunes. Par ailleurs, ce n’est pas en deux semaines de SNU que l’on parvient à créer de la mixité. C’est en révisant la carte scolaire que l’on y parvient.

Elle a été supprimée en 2019. Elle a été rétablie l’an dernier, mais avec des critères d’attribution plus restrictifs et ne sera plus accessible au 1er janvier 2022.

Comment allez-vous interpeller les candidats pendant la campagne ?

Dès à présent, nous allons prendre contact avec les conseillers jeunesse des candidats afin de les interpeller directement pour leur présenter notre corpus de propositions et influencer leurs programmes. Ce qui permettrait de participer à la construction des politiques publiques de demain. Nous aimerions aussi proposer aux candidats un grand oral.

Allez-vous organiser un véritable front des organisations étudiantes pour porter des revendications communes ?

Je ne pense pas, car aujourd’hui, le paysage des organisations étudiantes est assez éclaté.

Les sondeurs prédisent une forte abstention chez les jeunes lors de la présidentielle. Comptez-vous les inciter à voter ?

La Fage va organiser une campagne de communication pour rappeler aux étudiants l’intérêt du vote citoyen.