JO de Paris 2024, procès des attentats 13-Novembre... Comment la gendarmerie se prépare aux menaces chimiques ou biologiques

SECURITÉ La gendarmerie a créé il y a 20 ans une cellule spécialisée pour faire face à la menace nucléaire, radiologique, biologique et chimique

Thibaut Chevillard
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La cellule NRBC de la gendarmerie fête en 2021 son 20e anniversaire
La cellule NRBC de la gendarmerie fête en 2021 son 20e anniversaire — Thibaut Chevillard
  • Pour faire face à la menace nucléaire, radiologique, biologique et chimique, la gendarmerie a créé en juillet 2001 une cellule spécialisée, composée aujourd’hui de 15 militaires, appuyée par 800 gendarmes formés à cette thématique.
  • Ils interviennent pour sécuriser les lieux sensibles ou pour aider les enquêteurs d’autres unités à effectuer des constatations et des prélèvements en « milieu dégradé ».
  • Une unité particulièrement mobilisée dans le contexte du procès des attentats du 13-Novembre et qui va monter en puissance en vue des Jeux olympiques de Paris en 2024.

Depuis le début du procès des attentats du 13-Novembre, le palais de justice de Paris s’est bunkérisé. La salle d’audience, dans laquelle se retrouvent chaque jour accusés, parties civiles, avocats et magistrats, fait l’objet d’une surveillance toute particulière des services de sécurité. Explosifs, bombe sale comme celle utilisée dans le métro de Tokyo en 1995… Les menaces prises en compte sont nombreuses.

Chaque matin, une équipe de la cellule nationale nucléaire, radiologique, biologique et chimique de la gendarmerie passe donc ce lieu hautement sensible au peigne fin et « contrôle les détenus » avant qu’ils n’arrivent dans la salle d’audience, nous explique celui qui commande cette unité, le chef d’escadron Christophe Péré. Les démineurs sont les premiers à travailler, suivis des équipes spécialisées dans la détection de radioéléments et de substances biologiques et chimiques. « On garantit qu’après notre passage, il n’y a rien » de suspect sur le site.

Tous les ans, les gendarmes de la C2NRBC – qui fête en 2021 ses deux décennies d’existence – effectuent environ 80 missions de ce type, que ce soit à l’occasion de matchs de football où le président de la République est présent ou des Journées du patrimoine, dans certains sites ouverts au public. Car « la menace terroriste est persistante », insiste Christophe Péré.

Le terrorisme, ses hommes y ont été directement confrontés, il y a six ans. Le 9 janvier 2015, après avoir tué deux policiers, un salarié de Sodexo et une partie de la rédaction de Charlie hebdo, les frères Kouachi se retranchent dans une imprimerie Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Paris. La présence de produits chimiques dans le bâtiment nécessitait la présence de ces spécialistes aux côtés des militaires du GIGN qui ont donné l’assaut.

« C’est la première fois qu’on était confronté à un tel risque »

Signe que le sujet est pris au sérieux par les autorités, les effectifs de la cellule ont été multipliés par 3 depuis sa création, en 2001. Les deux officiers et 13 sous-officiers qui y sont affectés sont aussi une aide précieuse pour les enquêteurs d’autres services qui ne peuvent pas travailler en « milieu dégradé ». Ils sont notamment intervenus lors de l’incendie de l’usine Lubrizol, au Petit-Quevilly, près de Rouen, en septembre 2019. « Les pompiers avaient tellement arrosé les lieux que nos bottes s’enfonçaient dans 40 cm de boue », se rappelle le chef de la C2NRBC. Objectif : procéder à des constatations sur le terrain, rendues difficiles en raison de la présence de produits chimiques et d’amiante. « C’est la première fois qu’on était confronté à un tel risque. »

Équipés de combinaisons semblables à celle d’Heisenberg dans la série Breaking Bad, les opérateurs peuvent travailler 45 minutes d’affilée avant de passer le relais à une autre équipe. En juin 2020, lors de l’incendie qui a ravagé le sous-marin nucléaire Perle à Toulon, les membres de la cellule ont passé deux jours sur place pour aider les enquêteurs de la section de recherche de la gendarmerie maritime et les experts de  l'IRCGN à mener les investigations. Un drame avait été évité de peu. « Par chance, ils avaient vidé le circuit primaire et le réacteur une semaine avant l’incendie », souffle le chef d’escadron Christophe Péré.

Un nouveau nom en 2022

Retirer ces combinaisons de spationautes – étanches et filtrantes – nécessite un certain entraînement. Ainsi qu’un équipement mobile « de décontamination modulaire » composé de trois véhicules, comprenant notamment « des douches, des sas d’entrée et de sortie des intervenants, et des produits de décontamination », précise le haut gradé. Afin d’éviter de polluer la zone d’intervention, l’eau utilisée et les tenues sont confiées à des entreprises spécialisées dans la destruction de produits contaminés.

Unique en Europe, cette unité s’apprête à monter en puissance. En janvier 2022, à quelques mois de la Coupe du monde de rugby et des Jeux olympiques de Paris, la cellule deviendra une « force ». « On va montrer, à notamment à l’occasion des événements sportifs organisés en 2023 et 2024, son utilité », conclut le chef d’escadron Peré.