Lyon : « On est des calmes, mais on veut se battre », le quartier chinois se révolte à son tour contre l’insécurité à la Guillotière

COLERE Le « Chinatown » lyonnais, implanté depuis trois générations à la Guillotière, est sorti de sa discrétion ce lundi pour manifester son ras-le-bol et réclamer à la mairie plus d’actions rapides pour sécuriser le quartier où ils vivent et travaillent

Jennifer Lesieur
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Restaurants et supermarchés dans le quartier asiatique de la Guillotière.
Restaurants et supermarchés dans le quartier asiatique de la Guillotière. — J.L. / 20 MINUTES
  • La communauté asiatique de Lyon déplore l’insécurité croissante à la Guillotière qui frappe leurs familles et leur activité commerciale.
  • Fondateurs du deuxième « Chinatown » de France après Paris, ils dénoncent l’inaction des pouvoirs publics contre les vols, agressions et cambriolages incessants.
  • Riverains et commerçants exigent de la mairie des caméras de surveillance, une présence policière plus importante et un meilleur éclairage de nuit.

Au sein de la Guillotière, gangrenée par une délinquance croissante, une communauté jusque-là discrète laisse à son tour éclater sa colère. Les Asiatiques installés depuis plus de 30 ans dans le «Chinatown» de Lyon dénoncent la dégradation de leur quartier, autrefois si paisible, et se joignent aux collectifs pour appeler les élus à réagir vite, et fort.

Truong Thai est le patron d’un restaurant vietnamien rue de Marseille : tous les week-ends, des bagarres à l’arme blanche ont lieu devant sa vitrine. La semaine, ses employés et ses clients se font agresser, voler, insulter. « Imaginez l’image qu’on donne ! », déplore-t-il. « Pourquoi les clients reviendraient ? On a perdu 30 % de chiffre d’affaires ces deux dernières années. Deux dames se font tabasser récemment, et les cambriolages s’enchaînent depuis un mois et demi. »

Un quartier historique menacé de disparition

David Le, gérant d’un supermarché asiatique, acquiesce : « Combien de fois ai-je eu un client qui passe en caisse, cherche son portefeuille et ne le trouve plus… Je sais que dans 90 % des cas, ils se le font voler à la sortie du métro. Alors le client ne vient plus, tout le monde est en colère, et rien ne change. Ah, si : ça empire. Comment ça peut exister, un quartier comme ça, placé en plein centre de Lyon, à deux minutes de Bellecour ? C’est incompréhensible. »

Ce ras-le-bol des commerçants rejoint celui qui a conduit ceux du cours Gambetta à manifester le 21 octobre. Or, c’est toute une communauté asiatique qui souffre de la mauvaise image d’un quartier qu’elle a œuvré depuis si longtemps à rendre agréable et accueillant. Kear Kun Lo, président de l’Association des Chinois de Lyon, précise qu’« après Paris, Lyon est la seule ville française à avoir un "Chinatown". Ce quartier a été fondé il y a une trentaine d’années, il est d’une grande richesse économique et culturelle. Et si ça continue comme ça, il va disparaître. »

Truong Thai et David Le appartiennent à la deuxième génération. Pères de famille, ils s’inquiètent pour la suivante : « Nous qui avons grandi ici, nous ne laissons même plus nos enfants sortir seuls, ou aller au parc parce qu’il y a des dealers, des seringues… »

La mairie sommée de réagir à court terme

A force de demander des secours qui ne se voient pas, la colère se reporte sur les mairies : « Nous, commerçants, on ne va pas aller se battre avec les délinquants ; on pourrait, mais qui va gagner ? » demande Truong Thai. « Aujourd’hui, à la Guillotière, ce sont des gangs organisés. Si on se défend contre une personne, dix autres arrivent et détruisent votre magasin. Et un magasin, ça ne se déplace pas. Je suis allé manifester, je suis allé rencontrer les élus, mais ils ne proposent que des solutions à long terme. Quand il y a une manif des "gilets jaunes" à Bellecour, les policiers sont tous là, alors pourquoi pas ici ? »

La communauté asiatique lyonnaise, qui se qualifie de discrète et de travailleuse, n’a pas l’intention de baisser les bras. Leurs revendications appuient celles des collectifs et commerçants de la Guillotière : « On demande à la mairie plus de caméras de surveillance, plus de policiers et un meilleur éclairage, car ce quartier est très mal éclairé la nuit », note David Le. « C’est facile à mettre en place, et ça pourrait déjà améliorer les choses. » Si rien n’est fait rapidement, ils pourraient attaquer les élus pour inaction. « On est des calmes, mais on ne se laissera pas faire, on veut se battre », assure Truong Thai. « Parce que personne ne quittera le navire. »