La précarité, terreau d’un « nouveau » trouble mental pour les mineurs isolés étrangers

SANTE MENTALE Une étude s’est penchée sur les conséquences psychologiques de la précarité pour les mineurs isolés en France

J.-L.D. avec AFP
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Une personne précaire dans la rue, illustration
Une personne précaire dans la rue, illustration — Pixabay

Ils arrivent avec les psycho-traumatismes de leur parcours migratoire, mais la rue et la précarité​ les emportent vers un « nouveau » genre de trouble psychologique : un rapport met en lumière les effets du « non-accueil » en France sur la santé mentale des mineurs isolés étrangers.

« Humeur triste », « détresse massive » qui peut mener jusqu’aux tentatives de suicide, caractérisent notamment ce trouble attesté par des psychologues de Médecins sans frontières (MSF) et du Comede (Comité pour la santé des exilés). Depuis quatre ans, ils suivent des centaines de migrants dans un centre de Pantin (Seine-Saint-Denis), où sont accompagnés les jeunes étrangers d’abord déclarés majeurs et qui tentent de faire reconnaître leur statut de « mineur non accompagné » devant la justice.

Des troubles dès leur arrivée en France

Durant cette période, ils n’ont pas droit à la prise en charge par l’aide sociale à l’enfance (ASE) et vivent souvent dans « l’errance et la rue » : « Les conditions d’accueil des mineurs non accompagnés au cours de la procédure en reconnaissance de minorité majorent les troubles psychiques préexistants de ces jeunes », écrivent l’ONG et l’association dans un rapport commun présenté ce mardi.

Entre décembre 2017 et juin 2021, 395 de ces jeunes, essentiellement des Africains, ont été suivis dans le centre de MSF, après des parcours migratoires souvent chaotiques. « Lorsqu’ils arrivent en France, une partie de ces jeunes souffrent de troubles psychiques, pour la plupart des syndromes psycho traumatiques et des dépressions », peut-on lire dans le rapport.

Politique de non-accueil

Or, « la politique du non-accueil » en France favorise « l’apparition d’un trouble nouveau chez les mineurs non accompagnés (MNA), réactionnel à la précarité ». « Les MNA qui en sont atteints développent de nombreux symptômes : humeur triste, anxiété, troubles du sommeil et de la concentration, sentiment d’impossibilité à faire face, à faire des projets ou à continuer dans la situation actuelle », écrivent les auteurs, qui évoquent une « détresse massive et réactionnelle à un facteur de stress ».

« D’abord sujets à une première phase d’anxiété majeure, les jeunes tendent à basculer ensuite dans un état dépressif. C’est alors que les désinvestissements apparaissent, ainsi que les attitudes d’isolement et de retrait social. C’est pendant cette seconde phase que des idées suicidaires peuvent émerger », a détaillé Melanie Kerloc’h, psychologue et responsable de la santé mentale auprès de ces jeunes chez MSF.

12 % des jeunes sujets aux dépressions

Il y a « un ensemble de symptômes qui font syndrome », résume Laure Wolmark, chargée du sujet au Comede. La moitié des jeunes suivis dans le centre présente ce type de troubles, souligne le rapport. Preuve, pour les auteurs, que précarité et troubles mentaux sont intimement liés pour ces jeunes aux confins des vulnérabilités liées à l’enfance, l’incertitude administrative, le mal-logement, le parcours migratoire et l’isolement.

Sur les près de 400 jeunes suivis, un autre tiers (37 %) souffre de syndromes psycho traumatiques et 12 % sont sujets aux dépressions, précise encore l’étude, en forme de bilan de quatre années d’activité.

Des lieux de soins pour tous

Pour eux, l’accès aux soins est par ailleurs « semé d’embûches », déplorent les organisations. Il faut « établir la présomption de minorité comme cadre directeur de la prise en charge » de ces jeunes, insistent-elles.

MSF et le Comede recommandent notamment la création de lieux de soins dédiés aux jeunes de 12 à 25 ans, dont l’accès ne serait « pas conditionné au statut administratif » et qui offriraient une prise en charge « pluridisciplinaire », répondant autant aux besoins médicaux que sociaux, comme l’accès au logement, à l’alimentation ou au soutien pour les démarches administratives. « Les objectifs de contrôle de l’immigration », estiment les organisations, « ne doivent pas prévaloir sur ceux de la protection de l’enfance ».