Pédocriminalité dans l’Eglise : Les victimes saluent des « mesures positives » mais leurs attentes restent fortes

VIOLENCES SEXUELLES La reconnaissance de la responsabilité de l’Eglise dans les actes de pédocriminalité commis depuis des décennies était particulièrement attendue par les victimes

Hélène Sergent
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La réponse des évêques de France au rapport de la commission Sauvé sur les abus sexuels dans l'Eglise était très attendue par les victimes de violences sexuelles.
La réponse des évêques de France au rapport de la commission Sauvé sur les abus sexuels dans l'Eglise était très attendue par les victimes de violences sexuelles. — Valentine CHAPUIS / AFP
  • A l’issue de l’Assemblée plénière réunissant les 120 évêques de France, leur représentant a annoncé ce lundi une série de mesures et un calendrier pour lutter contre la pédocriminalité dans l’Eglise.
  • Après avoir reconnu une « responsabilité institutionnelle » dans les actes pédocriminels qui ont touché près de 300.000 personnes depuis 1950, l’Eglise va créer un fonds d’indemnisation des victimes.
  • Une étape importante saluée par les associations, qui regrettent toutefois un manque de mesures « concrètes » et le silence du Pape.

Quelles réponses apporter aux victimes après les souffrances endurées ? Un mois après la remise du rapport de la commission Sauvé sur les crimes sexuels commis dans l’Eglise, l’institution a annoncé ce lundi 8 novembre une série de mesures pour lutter contre la pédocriminalité. A l’occasion de leur assemblée plénière organisée à Lourdes, les 120 évêques de France ont livré leurs résolutions contre ces violences et abus « systémiques » qui ont touché, selon la commission Sauvé, près de 330.000 personnes depuis 1950.

Reconnaissant sa « responsabilité institutionnelle », l’Eglise de France a annoncé la mise en place d’un fonds d’indemnisation des victimes piloté par une instance nationale indépendante et financé par un emprunt ou la vente de biens – y compris immobliliers. Un tribunal pénal canonique national doit aussi être installé d’ici avril prochain. Des avancées jugées « positives » par les associations représentantes des victimes, qui appellent toutefois à des actions plus « concrètes ».

« Ça a été long »

« Vous devez payer pour tous vos crimes », avait lancé François Devaux aux responsables des diocèses lors de la remise du rapport de la Ciase, la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise. Un mois après, à l’issue de la conférence de presse tenue par le représentant des évêques de France, le cofondateur de l’association La Parole libérée salue une « vraie prise de conscience ». « Ces annonces vont dans le bon sens, c’est une très bonne chose, même si ça a été long, note François Devaux. J’ai entendu une parole sérieuse avec un souci de transparence et une ouverture au dialogue. Même si ce ne sont que des engagements, l’Eglise a donné une méthodologie et un calendrier précis. »

Un sentiment partagé par Olivier Savignac, cofondateur de l’association Parler et revivre, qui accueille des victimes de prêtres et de religieux. « C’est positif. Enfin, quand l’Eglise est au pied du mur, elle répond positivement aux demandes et recommandations qui lui sont faites. Mais je dis bien "quand elle est au pied du mur" », réagit-il auprès de 20 Minutes. Les modalités de financement de l’indemnisation des victimes étaient particulièrement attendues : « L’institution a un dû vis-à-vis des enfants et des personnes vulnérables abusées. Il ne s’agit pas d’un don. Le fait qu’elle accepte de se déposséder de certaines de ses richesses pour contribuer à réparer la dévastation qu’ont été ces abus dans la vie de toutes les victimes est un signal fort. »

Le rôle de l’Etat et du pape pointés du doigt

Mais leurs attentes restent immenses. Violé par un prêtre entre 8 et 11 ans, Arnaud Gallais regrette le manque de précisions sur ce processus d’indemnisation et sur les montants qui pourraient être accordés aux victimes. Il dénonce également le « désengagement » de l’Etat dans cette lutte contre la pédocriminalité dans l’Eglise. « Quelle autre institution se voit accorder le droit de s’infliger elle-même sa propre peine ? Aucune. Au moindre prêche douteux prononcé dans une mosquée, l’Etat intervient. Là, on a 330.000 viols ou agressions sexuelles commis sur des enfants et rien, pas un mot. Je suis en colère », confie-t-il.

Au-delà du rôle de l’Etat, François Devaux pointe pour sa part l’absence de « volontarisme » du pape sur ce sujet. « Le rapport de la Ciase l’a dit : tant qu’on ne réforme pas le système, les abus vont perdurer. Or, le pape se contente d’exprimer sa honte à chaque nouvelle commission sans jamais reconnaître la responsabilité institutionnelle de l’Eglise à travers le monde. La situation avance pour les victimes françaises et c’est une bonne chose, mais les évêques risquent d’être rapidement bloqués par le manque de volontarisme de Rome », craint-il.

Enfin, le volet consacré à la prévention d’actes pédocriminels manque cruellement dans la réponse apportée par les évêques français, estime de son côté Olivier Savignac. « Neuf groupes de travail vont être mis en place mais aucun ne porte spécifiquement sur cette question. L’Eglise a pourtant un rôle à jouer, pour elle mais vis-à-vis de la société tout entière », juge-t-il. D'autant que la formation des religieux comme des laïcs qui interviennent auprès d’enfants ou de publics vulnérables préoccupe de nombreuses victimes. « Ce qu’elles attendent, c’est que les enfants d’aujourd’hui ne connaissent jamais ce qu’elles ont vécu. Elles refusent que tout cela perdure », conclut-il.