Lyon : Privées de correspondance bus BlaBlaCar, cinq femmes contraintes de passer la nuit dehors à la gare de Perrache

TEMOIGNAGES En raison de retard accumulé sur le trajet Paris-Genève, cinq voyageuses de la compagnie de bus BlaBlaCar ont manqué leur correspondance à Lyon, où elles devaient changer de car. Le début d’une nuit de galère

Caroline Girardon
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Cinq voyageuses de la compagnie Blablacar bus ont dû passer la nuit dehors en gare de Perrache, le samedi 30 octobre.
Cinq voyageuses de la compagnie Blablacar bus ont dû passer la nuit dehors en gare de Perrache, le samedi 30 octobre. — Cristina Picallo
  • Cinq voyageuses, dont une adolescente de 14 ans, ont passé toute une nuit dehors à Lyon, le samedi 30 octobre.
  • Embarquées sur le trajet Paris-Genève, elles ont manqué leur correspondance en gare de Perrache à cause de retard accumulé sur la première partie du parcours.
  • Les malheureuses ont multiplié les appels auprès de la compagnie BlaBlaCar bus qui déplore aujourd’hui « une situation regrettable ».
  • Certaines, qui se sont confiées à 20 Minutes, entendent porter plainte contre la société afin d’obtenir des dommages et intérêts.

« C’était horrible ». Quelques jours après sa mésaventure, survenue à Lyon la nuit du 30 au 31 octobre, Cristina Picallo rit jaune. Dans quelle galère s’est-elle embarquée, se demande-t-elle encore. Cette mère de famille, qui réside à Genève, a passé la nuit dehors « dans le froid » à la suite d’un incroyable concours de circonstances. Contrainte d’attendre que les heures défilent, bloquée au pied de la gare de Perrache. Avec elle, sa fille Myriam âgée de 14 ans et trois autres compagnes d’infortune qu’elle ne connaissait pas jusque-là. Dont Morgane Lelièvre, une Toulousaine de 31 ans, revenant d’un séjour de plusieurs années à l’étranger.

Toutes avaient acheté un trajet en bus Paris-Genève via la compagnie BlaBlaCar. Avec une correspondance prévue à Lyon vers 19h30. « Au départ, on s’est retrouvé coincé dans les embouteillages à la sortie de Paris. Je ne me suis pas inquiétée car je pensais que la compagnie avait l’habitude et qu’elle avait prévu large », raconte Morgane, qui avait déboursé 55 euros pour le trajet. « Lors d’une pause, la conductrice a appelé la centrale pour avertir de notre retard et prévenir que nous arriverions à 20h30 au lieu de 18h50, poursuit Cristina. On lui a répondu que la correspondance nous attendrait. »

Onze voyageurs sur le carreau

A l’arrivée en gare de Perrache, deux correspondances. Mais pas de bus Lyon-Genève, « déjà parti depuis une heure ». « Nous étions 11 à nous retrouver sur le carreau, six garçons et nous cinq », expliquent les deux voyageuses. La compagnie propose de payer des nuits d’hôtels à 80 euros et suggère à ses clients d’entreprendre eux-mêmes les démarches. « Je n’y croyais pas, mais tout était complet. La seule chambre que nous ayons trouvée était à 1.880 euros la nuit », témoigne Cristina.

« On a appelé pendant des heures, on a cherché des solutions. Le seul train disponible pour Genève était lui aussi complet alors on a recontacté le service client pour leur suggérer de nous commander un taxi, complète Morgane. A chaque fois, le même refrain : on vous rappelle. Et rien, au final. »

Pas d’hôtels disponibles, pas de train ni de taxi

Le petit groupe patiente ainsi quatre heures, multipliant les coups de téléphone. En vain. Les garçons décident de s’en aller de leur côté. « A 0h08 précisément, ils nous ont enfin rappelés pour nous prévenir qu’un taxi arriverait dans dix minutes », raconte Cristina. Les minutes défilent. Aucun taxi à l’horizon. A minuit et demi, les cinq femmes sont priées de quitter la gare qui ferme et se retrouvent seules en pleine nuit avec leurs valises. Contraintes de s’installer dans les escalators de la gare, ne sachant pas où aller ni que faire.

Le taxi, lui, ne viendra jamais. « La raison qui nous a été présentée est que la compagnie n’avait pas de carte pour payer la course et que les taxis refusaient les paiements sur facture. » Soit. Le groupe ne se sent « pas à l’aise » et se rassure comme il le peut. « Il y avait des hommes autour de nous, certains dormaient dans les escaliers. Nous avions aucun endroit pour uriner, excepté en pleine rue », décrit Morgane, encore chamboulée. « Le pire moment était à 3 heures du matin quand nous avons dû reculer nos montres d’une heure », se remémore Cristina. Attendre une heure de plus a été « un coup de massue », poursuit la mère de famille, déchirée par la vision de sa fille « dormant par terre ». « Par chance, personne n’a été agressif. Mais si quelqu’un avait sorti un couteau, qu’est-ce qu’on aurait fait ? »

Dépôt de plainte

Un mail leur a toutefois été envoyé à 2 heures pour les prévenir que des places leur avaient été réservées pour la prochaine correspondance de 6h30. Dépitées, les quatre femmes et l’adolescente dénichent elles-mêmes un Flexibus, partant de Perrache, une heure plus tôt. « Franchement, on ne pouvait plus attendre davantage. Heureusement, nous sommes restées toutes ensemble. On s’est serré les coudes. C’était chouette que les filles soient là », souffle Morgane qui entend porter plainte contre la compagnie, ce jeudi afin d’obtenir des dommages et intérêts. « Si au moins, ça peut éviter à d’autres voyageurs de vivre le même cauchemar », argumente-t-elle.

Un cas isolé ? Cristina atteste pourtant connaître un ami, ayant vécu la même mésaventure à Annecy. « Le froid lui avait provoqué des engelures. Malgré les certificats médicaux qu’il a pu fournir, son dossier a été rejeté. Il a fini par jeter l’éponge et abandonner les poursuites. A croire que c’est que BlaBlaCar recherche ». Elle dit vouloir en finir avec cette histoire. « Je veux juste récupérer les sommes que j’ai engagées, pas obtenir un bon d’achat », prévient-elle.

« Une situation regrettable »

Contactée par 20 Minutes, la compagnie BlaBlaCar déplore une « situation regrettable » et présente ses « excuses » aux voyageurs. « Les passagers concernés ont été en contact à de nombreuses reprises durant la soirée avec la "tour de contrôle" des bus BlaBlaCar qui a essayé de trouver une solution pour les acheminer à destination », précise-t-elle, indiquant que la « procédure habituelle dans une telle situation » est de réserver une nuit d’hôtel pour les passagers et de les faire voyager dans le premier bus le lendemain matin, ou de leur proposer « un trajet en taxi de manière exceptionnelle ».

« N’arrivant pas à trouver de solution auprès d’un hôtel ou d’un taxi en ce week-end prolongé, et ce malgré de nombreux échanges, nous avons finalement été contraints de leur demander d’attendre le tout premier bus qui partait pour Genève », reconnaît l’entreprise. « Leur trajet leur sera intégralement remboursé. Nous allons travailler pour améliorer nos procédures pour mieux faire face à de telles situations », promet la compagnie en guise de conclusion.