Coronavirus : Pourquoi le retour du masque à l’école dans de nombreux départements fait grincer des dents

EDUCATION Avec cette décision, une soixantaine de départements sur 101 seront concernés par le port du masque à l’école

Delphine Bancaud
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A St Ouen de Membre en Sarthe, les élèves portaient le masque à la rentrée. 02/09/2021.//SICCOLIPATRICK_1649.7593/2109021252/Credit:SICCOLI PATRICK/SIPA/2109021259
A St Ouen de Membre en Sarthe, les élèves portaient le masque à la rentrée. 02/09/2021.//SICCOLIPATRICK_1649.7593/2109021252/Credit:SICCOLI PATRICK/SIPA/2109021259 — SICCOLI PATRICK/SIPA
  • Le masque sera à nouveau obligatoire dès lundi dans les écoles de 39 départements, en raison du regain de l’épidémie de Covid-19.
  • Une décision mal accueillie par les syndicats d’enseignants, qui craignent que ces allers-retours dans le protocole sanitaire ne soient pas bien compris par les familles et que les règles sanitaires ne soient pas forcément bien appliquées.

« Tu as des masques dans ton cartable ? ». Voilà la question que les parents vont devoir reposer à leurs enfants après ces vacances scolaires de la Toussaint. Le masque sera en effet à nouveau obligatoire à partir de lundi dans les écoles primaires de 39 départements, en raison du regain de l’épidémie de coronavirus, a annoncé mercredi le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Une décision qui intervient car dans ces départements, le taux d’incidence est passé au-dessus de 50 cas pour 100.000 habitants.

Avant même les vacances de la Toussaint, le masque était déjà redevenu obligatoire pour les élèves de primaire en Lozère. Cela va donc porter à une soixantaine, sur 101, le nombre de départements où les élèves doivent le porter. Le ministère de l’Education a communiqué la liste des territoires concernés* mercredi soir, un Conseil de défense ayant lieu ce jeudi.

Le protocole « yoyo » critiqué

Cette décision est d’autant plus mal accueillie par les syndicats enseignants qu’ils l’avaient vue venir : « Elle n’est pas surprenante. Lorsqu’en octobre, le masque avait été abandonné dans plusieurs départements, nous avions dit qu’il fallait être prudent car la situation sanitaire pouvait évoluer rapidement », déclare Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat enseignant SE-Unsa. « Les prévisions des scientifiques nous laissaient penser que le taux d’incidence allait remonter. D’autant qu’avec les températures en baisse, il devient difficile d’aérer les classes et que les enfants sont la seule population non vaccinée », abonde Ghislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU.

Le mode de bascule du protocole de niveau 1 (non port du masque) à celui de niveau 2 (masque obligatoire pour les élèves) est aussi critiqué : si le seuil des 50 cas pour 100.000 habitants est dépassé cinq jours consécutifs, le protocole passe du niveau 1 au 2, comme c’est le cas dans les 39 départements concernés. « Cela nous semble trop court. Il faudrait que ce seuil soit dépassé pendant deux à trois semaines afin d’éviter ce phénomène de yoyo permanent », estime Ghislaine David.

Déstabilisant pour les enfants

Chez les parents d’élèves, la nouvelle fait aussi râler : « Les familles sont épuisées de devoir s’adapter sans cesse aux annonces brusques du gouvernement », indique Carla Dugault, coprésidente de la FCPE. Et le retour de règles sanitaires plus strictes risque de ne pas couler de source chez tout le monde : « On s’attend à ce que certains parents discutent du bien-fondé du retour du masque à l’école car ils ne perçoivent pas la reprise épidémique. Comme on l’a vu récemment en Lozère. Cela peut entraîner des tensions que les directeurs d’école devront tenter d’apaiser », anticipe Stéphane Crochet.

Ce retour du masque risque de déranger aussi les élèves, selon Ghislaine David : « En enlevant le masque, ils avaient oublié le Covid-19. Le fait de le remettre est déstabilisant pour eux. Sans compter les problèmes de discipline que cela va entraîner, car les enseignants vont devoir rappeler à l’ordre ceux qui ont perdu l’habitude de le mettre ou qui le portent sous le menton ».

Des inquiétudes pour les prochains mois

Ce retour du port du masque dans 39 départements est aussi interprété comme un signal inquiétant par la communauté éducative : « Plus on va entrer dans l’hiver, plus le nombre de départements dépassant le taux d’incidence de 50 pour 100.000 habitants risque d’augmenter. Cela veut-il dire qu’on est au début de la 5e vague ? On ne veut surtout pas revivre ce que l’on a subi l’an dernier », redoute Stéphane Crochet. Avant les vacances de la Toussaint, le nombre de classes fermées à cause du Covid-19 était légèrement remonté pour la première fois depuis la mi-septembre, pour s’établir à 1.246, soit 0,24 % des classes du pays, selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale.

Pour éviter un scenario noir, les syndicats appellent le ministère à prendre de nouvelles mesures : « Depuis la rentrée, environ 200.000 tests ont été faits dans les écoles, au lieu des 600.000 prévus. On passe à côté de cas positifs chez les élèves. Il faut augmenter le nombre de tests et que les établissements soient équipés de purificateurs d’air », insiste Ghislaine David.

*Voici la liste des 39 départements concernés : l’Ain, les Hautes-Alpes, les Ardennes, l’Aveyron, le Cher, la Corrèze, la Haute-Corse, les Côtes-d’Armor, la Creuse, la Drôme, l’Eure-et-Loir, le Gers, l’Ille-et-Vilaine, l’Indre-et-Loire, l’Isère, le Loir-et-Cher, la Haute-Loire, la Loire-Atlantique, le Lot, le Lot-et-Garonne, le Maine-et-Loire, le Morbihan, la Moselle, le Nord, l’Oise, les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées, les Pyrénées-Orientales, le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Sarthe, la Savoie, la Seine-et-Marne, les Deux-Sèvres, le Tarn, le Tarn-et-Garonne, le Var, la Vendée et la Vienne.