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DETENTIONLe suicide en prison de l’ex-mari de Magali Blandin était-il évitable ?

Meurtre de Magali Blandin : Le suicide en prison de Jérôme Gaillard était-il évitable ?

DETENTIONL’ex-mari de Magali Blandin avait reconnu avoir tué sa femme à son domicile de Montfort-sur-Meu, près de Rennes
Vue extérieure de la prison des hommes de Rennes-Vezin, où Jérôme Gaillard s'est donné la mort.
Vue extérieure de la prison des hommes de Rennes-Vezin, où Jérôme Gaillard s'est donné la mort. - C. Allain / 20 Minutes / 20 Minutes
Camille Allain

Camille Allain

L'essentiel

  • Jérôme Gaillard, qui s’était accusé du meurtre de sa femme Magali Blandin en février 2021 à Montfort-sur-Meu, s’est pendu dans sa cellule de la prison de Rennes tôt lundi matin.
  • Son avocat et celui de son père s’interrogent sur les conditions d’incarcération du défunt et d’un potentiel défaut de surveillance ou d’accompagnement.
  • Jérôme Gaillard avait entamé une grève de la faim depuis trois semaines et une confrontation avec ses parents, mis en examen pour complicité et également incarcérés.

Le ton est grave et la voix empreinte d’émotion. Lundi matin, l’avocat Jean-Guillaume Le Mintier a appris la mort d’un de ses clients par un SMS. « C’est un choc. Depuis sept mois, j’essayais de l’accompagner au mieux, de lui redonner confiance. Il était dans un état de grande détresse psychologique ». Quelques heures plus tôt, Jérôme Gaillard s’était donné la mort en se pendant dans sa cellule de la prison de Rennes-Vezin.

D’après les premiers témoignages des surveillants qui ont retrouvé le corps sans vie, celui qui avait avoué avoir tué sa femme Magali Blandin se serait pendu avec ses draps. En quelques mois, les quatre enfants du couple ont perdu leur mère, frappée à coups de batte de base-ball, avant d’apprendre le suicide de leur père, qu’il n’avait plus vu depuis les premiers soupçons de culpabilité. Les parents de Jérôme Gaillard, incarcérés pour avoir aidé leur fils à tuer sa femme, ont, eux, perdu leur dernier enfant. Il y a une dizaine d’années, le frère de Jérôme Gaillard s’était donné la mort.

Une défaillance ?

Dans ce dossier déjà bien complexe, de nombreuses questions demeurent. Pourquoi le principal mis en cause a-t-il tué son ex-femme ? Ses parents l’ont-ils aidé ? Quel rôle sa connaissance géorgienne a-t-elle eu dans ce dossier ? « Nous n’aurons jamais certaines réponses, notamment sur la personnalité de Jérôme Gaillard », résume Me Olivier Chauvel, avocat du père du défunt. Incarcéré dans un autre établissement, son client est « sous le choc » depuis l’annonce de la mort et ne sait même pas s’il pourra assister aux obsèques de son fils de 45 ans.

Au lendemain des faits, le suicide de l’homme qui s’était accusé du meurtre interroge. Comment une personne aussi fragile a-t-elle pu mettre fin à ses jours ? « Une enquête a été ouverte pour déterminer les causes de la mort. Mais c’est surtout une enquête administrative qu’il faut mener. Il faut faire la lumière sur ce fiasco », résume Me Chauvel. « Manifestement, il y a eu une défaillance ».

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L’avocat du défunt est du même avis. Surtout, il s’interroge sur les mesures de protection mises en œuvre par l’administration pénitentiaire pour éviter ce drame. « Son propre sort l’importait peu. Ce qu’il voulait, c’était que ses parents soient libérés et que ses quatre enfants soient réunis sous le même toit. Il voulait pouvoir les voir si jamais ces derniers en exprimaient l’envie. Mais il se heurtait à un mur », raconte Me Le Mintier. Depuis trois semaines et la confrontation avec ses parents, Jérôme Gaillard avait entamé une grève de la faim. Très affaibli, il avait visiblement « du mal à se lever de son lit ». Comment se fait-il qu’il ait pu se suicider ? « Il m’avait dit qu’il le ferait. Je pense que l’accumulation de la fatigue et l’absence d’alimentation ont dû atteindre sa capacité de discernement. Mais comment se fait-il qu’il n’ait pas été hospitalisé ? Ce n’est pas normal », estime son avocat.

Quatre rondes par nuit

D’abord incarcéré à Angers, Jérôme Gaillard avait été transféré à Rennes-Vezin, où il avait été placé à l’isolement, du fait de l’intense médiatisation de l’affaire. « C’est une mesure de protection pour éviter qu’il côtoie les autres détenus, c’était pour sa sécurité », explique Eric Toxé, délégué du syndicat Ufap-Unsa de la maison d’arrêt rennaise. Au bout d’un mois, la direction de l’établissement avait demandé sa réaffectation au sein du service médico-psychologique régional (SMPR) de la prison. Une unité où des psychologues et psychiatres sont présents et où chacun des détenus a sa propre chambre de 9 m2. Mais où les promenades sont collectives.

Me Jean-Guillaume Le Mintier défendait Jérôme Gaillard, soupçonné d'avoir tué sa femme Magali Blandin, portée disparue pendant plus d'un mois à Montfort-sur-Meu.
Me Jean-Guillaume Le Mintier défendait Jérôme Gaillard, soupçonné d'avoir tué sa femme Magali Blandin, portée disparue pendant plus d'un mois à Montfort-sur-Meu. - AFP

Identifié comme « fragile », Jérôme Gaillard faisait l’objet d’une « surveillance spécifique » qui prévoit notamment quatre rondes par nuit, au lieu de deux pour le reste des détenus. Insuffisant pour empêcher le mis en cause de mettre fin à ses jours lundi vers 4 heures du matin. « On ne peut pas tout contrôler, tout anticiper. Si quelqu’un veut vraiment mettre fin à ses jours, c’est difficile de l’en empêcher », assure Eric Toxé, qui officie depuis vingt-sept ans en milieu carcéral.

Le syndicaliste rappelle au passage « le choc » vécu par le personnel à chacun de ces drames. « Dans toute ma carrière, je n’y ai été confronté qu’une seule fois. Mais je m’en souviens encore. Ça marque à vie ». Le représentant syndical refuse pour autant de polémiquer sur les conditions d’exercice du personnel de l’établissement, où une centaine de matelas sont installés par terre. « On a un manque de surveillants, c’est clair. Mais ça n’a pas d’impact sur les conditions de détention », promet-il.

Le directeur de la prison entendu par les gendarmes

Une enquête a été ouverte par le parquet de Rennes et confiée à la gendarmerie. Sollicitée par 20 Minutes, l’administration pénitentiaire n’a pas répondu. D’après nos informations, les enquêteurs devaient entendre le directeur de l’établissement pénitentiaire ce mardi après-midi pour tenter de comprendre comment un détenu aussi fragile a pu se donner la mort. « C’est un drame pour tout le monde. Je pense aux enfants, à la famille de Magali Blandin », déplore Jean-Guillaume Le Mintier.

Il y a dix ans, l’avocat défendait Sophie Piédoux, nouvelle compagne de Christophe Piédoux, dans un dossier qui ressemble étrangement à celui de Jérôme Gaillard. Cet homme qui avait reconnu avoir tué Anne Caudal, sa compagne, enceinte au moment du drame, s’était donné la mort en prison, un mois après son incarcération. Emportant avec lui ses secrets.

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