TER en PACA : « Le tarif ne change pas », assure Thierry Mallet, PDG de Transdev qui détrône la SNCF

INTERVIEW « Notre rôle a toujours été d’être l’alternative aux opérateurs historiques », explique Thierry Mallet, dont l'entreprise a remporté l’exploitation de la ligne Nice-Toulon-Marseille

Alexandre Vella
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Thierry Mallet, PDG de Transdev
Thierry Mallet, PDG de Transdev — O.Panier des Touches / Capa Pictures
  • Le groupe privé Transdev opérera la ligne Marseille-Toulon-Nice à compter de 2025, après avoir remporté l'exploitation aux dépens de la SNCF.
  • C’est la fin d’un monopole historique en France.
  • « Nous sommes dans une logique où nous portons un service public régional », explique son PDG, Thierry Mallet.

Thierry Mallet est le PDG de Transdev, société qui vient de briser le monopole historique de la SNCF en France en remportant l’exploitation de la ligne TER Marseille-Toulon- Nice en PACA. De nouveaux trains, plus spacieux et confortables, promet-il, vont être livrés, un centre de commandement construit à Marseille et un centre de maintenance bâti à Nice. Les premiers trains signés Transdev circuleront à partir de 2025, le temps que tout ceci soit réalisé. Coût, billetterie, ambition, service… Thierry Mallet, répond aux questions de 20 Minutes.

J’ai une carte d’abonnement, sera-t-elle encore valable sur les trains opérés par Transdev ? Pour prendre mon billet, j’irai sur oui.sncf ?

Toute la billetterie, les abonnements, ça ne bouge pas. Car en réalité, lorsque vous avez une carte ZOU, vous vous abonnez à la Région. Le fait que ce soit un train opéré par la SNCF ou Transdev ne change rien. Après, l’utilisation des cartes SNCF sur cette voie-là, sur le fait de passer d’un TGV à un TER, dépendra d’accords entre la SNCF et la région. Nous, nous restons l’opérateur, nous nous intégrons complètement dans le système de la région.

A quel moment je me rends compte que je voyage avec Transdev ?

Quand vous montez dans le train. Il y aura peut-être un logo « by Transdev » au moment de l’achat ou sur le billet, mais ça reste un billet régional. Dans les trains, il y aura quelques endroits où il y aura des logos Transdev, mais nous sommes dans une logique où nous portons un service public régional. Donc avant tout, c’est le ZOU qui est mis en avant. Ça se verra par contre sur la tenue des agents et, après, j’espère que vous le verrez à la qualité de service.

Est-ce que vous proposerez des services à bord ?

Nous aurons des distributeurs automatiques, donc il y aura un peu de restauration légère. Il y aura du wifi gratuit à bord, des prises électriques et USB.

Et en termes de temps de parcours ? Ça ne change pas ?

2h38, ça ne change pas. Alors, nous pourrions rouler plus vite, puisque le train peut aller à 200 km/h, mais l’état de la ligne actuelle ne le permet pas. Il faudrait des travaux de fond importants.

Et le prix ? 36,20 euros le tarif de base de seconde classe ?

Le tarif ne change pas, c’est la région qui le fixe. D’ailleurs j’insiste : ce qui coûte cher, ce n’est pas le billet, c’est de prendre sa voiture. Le fait de baisser le tarif n’est pas un objectif en soi. Si on veut plus de monde dans les trains, ce n’est pas en baissant les tarifs, c’est en offrant plus de trains. La qualité de service est plus importante que le tarif dans le choix des transports publics. Le motif du prix représente 12 % des motivations à prendre le train, loin derrière le fait que ce soit pratique (47 %) et ceux qui n’ont pas d’autres choix (30 %).

Transdev opère dans 17 pays, majoritairement dans des lignes de bus ou des transports urbains. Avec ce marché vous souhaitez accroître la part du train ?

Nous opérons déjà sur le marché ferroviaire dans cinq pays, et depuis 25 ans. Sur 7 milliards d’euros d’activité, nous avons peu plus d’un milliard d’euros de ferroviaire. Nous transportons les jours de pointe entre 500.000 et 700.000 personnes par jour, à comparer avec cette ligne, qui fait 7.000 personnes. Tout ça pour dire que c’est une très belle ligne, et que c’est vraiment dans notre cœur d’expertise.

Notre rôle a toujours été d’être l’alternative aux opérateurs historiques, notamment sur les trajets du quotidien. Nous sommes numéro deux en Allemagne, nous étions numéro trois en Suède.

Prévoyez-vous d’ouvrir des lignes de bus en liaison avec la gare Saint Charles ou celle de Nice ?

Nous ne sommes pas un opérateur privé, au sens où nous n’allons pas ouvrir des lignes si la région ou la métropole ne nous le demande pas. Nous considérons que le transport public est la rencontre avec une ambition politique. C’est toujours un dialogue, car de fait nous sommes dans un schéma où les tarifs sont fixés par la région.

D’autres lignes TER vont s’ouvrir à la concurrence, puis viendra le temps des RER parisiens. Allez-vous vous systématiquement vous positionner ?

Nous allons systématiquement nous intéresser à toutes les ouvertures à la concurrence. Nous l’avons fait avec la région Paca, mais nous avons décidé d’aller uniquement sur la ligne Marseille-Toulon-Nice – car c’était celle sur laquelle nous étions le plus susceptibles d’amener de la valeur – et pas sur l’autre lot où nous avons considéré que la SNCF était mieux placée que nous. Donc on sera toujours sélectif.

Vous avez déjà ciblé des lots ?

Le prochain appel d’offres, c’est le Grand-Est, puis les Hauts-de-France, la région Pays-de-la-Loire et les trams-trains T4 et T11 en région parisienne. Nous commençons déjà à travailler les deux lots du Grand-Est. Le Nancy-Contrexeville est assez intéressant puisqu’il y a le renouvellement d’infrastructure. Ce sont des voies qui ne sont plus en exploitation et qu’il faut rénover. C’est une ligne qui a été abandonnée et qu’il faut remettre en service.

Des cheminots ont manifesté leurs inquiétudes, notamment sur la peur de perdre leur statut passé la période légale de quinze mois…

Il n’y a pas de perte de statut. Passés les quinze mois, ils gardent les avantages acquis et une partie importante du statut, qui est la garantie de l’emploi. Leur système de retraite ne change pas, à moins que la loi ne change pour tout le monde. La seule chose qui change, c’est l’organisation du travail. Il y aura plus de polyvalence, mais on les rémunérera mieux en échange de ça. Nous devons faire venir 160 personnes et notre but, c’est que nous le fassions en priorité sur la base du volontariat. Parce que si nous n’avons pas assez de volontaires, il y aura un transfert obligatoire. Notre souhait n’est pas d’en arriver là, et donc d’être suffisamment attractif.