« Contrat engagement jeune » : Pourquoi la mesure est-elle insuffisante contre le chômage ?

EMPLOI Pour 500 euros par mois, Emmanuel Macron incite les jeunes sans emploi à se former

Jean-Loup Delmas
Distribution d'aide alimentaire par l'association COP1 aux étudiants et étudiantes en situation de précarité, le 29 janvier 2021 à Paris (illustration)
Distribution d'aide alimentaire par l'association COP1 aux étudiants et étudiantes en situation de précarité, le 29 janvier 2021 à Paris (illustration) — Louise MERESSE/SIPA
  • Ce mardi, le président Emmanuel Macron a officiellement présenté le « contrat engagement jeune », qui consiste à donner jusqu'à 500 euros par mois à une personne de moins de 26 ans pour qu’elle se forme.
  • Alors que 19,8 % des jeunes actifs de moins de 25 ans sont sans emploi, la mesure est censée combattre le chômage de cette population particulièrement touchée.
  • Le « contrat engagement jeune » semble peiner à satisfaire les premiers concernés.

Ce mardi, le président Emmanuel Macron a présenté le « contrat engagement jeune » , promesse datant de juillet 2021. Une initiative censée aider à résorber le chômage des jeunes, s’élevant à 19,8 % au sein de sa population active au second trimestre 2021 selon l'Insee. Il s’agit de très loin de la tranche d’âge la plus impactée par le chômage (7,1 % des 25-49 ans et 5,9 % des 50 ans ou plus).

Une génération qui a été très touchée professionnellement par la crise sanitaire. Selon la Dares (direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistique), au plus fort du premier confinement au mois d’avril 2020, les embauches ont chuté de 77 % sur un an chez les moins de 30 ans et le nombre d’inscrits à Pôle emploi a augmenté de 36 %. Entre fin 2019 et fin 2020, le nombre de jeunes inactifs a augmenté de 2,4 %. Cette nouvelle mesure pour l’emploi des jeunes suffira-t-elle à inverser la tendance ? 20 Minutes fait le point.

Le « contrat engagement jeune », comment ça fonctionne ?

A partir du 1er mars 2022, tous les jeunes de moins de 26 ans sans formation ni emploi depuis plusieurs mois pourront bénéficier de 15 à 20 heures d’accompagnement par semaine. « Une allocation pouvant aller jusqu’à 500 euros par mois pourra être versée sous condition de revenus, d’assiduité et d’acceptation des offres d’activité faites », précise le chef de l’Etat dans un tweet. Ce dispositif devrait concerner entre 500.000 et 600.000 jeunes de 16 à 25 ans par an.

L’aide, présentée initialement par Emmanuel Macron le 12 juillet comme un « revenu d’engagement », devait initialement toucher plus d’un million de personnes, s'étendant aussi aux travailleurs précaires et à la totalité des jeunes sans emploi ni formation. A la suite d’âpres négociations avec Bercy, qui cherchait à limiter les coûts au maximum, des conditions ont été ajoutées. Le changement de nom ( « contrat » ayant remplacé « revenu ») insiste d’ailleurs sur les devoirs à accomplir pour toucher cette aide, se distinguant d’un RSA pour les jeunes – appelés de leurs vœux par de nombreuses associations – qui aurait été donné sans contrepartie.

Cette aide peut-elle suffire ?

Le manque de formation, qu’est censé résoudre la mesure, est-il réellement au coeur du problème de l’emploi chez les jeunes ? Pour rappel, on estime à environ 300.000 le nombre de contrats non pourvus en France pour 2,4 millions de demandeurs d’emploi. Rien qu’au cœur de la cible du « contrat engagement jeune » d’Emmanuel Macron, 586.000 personnes entre 15 et 24 ans se trouvent sans emploi, toujours selon l’Insee.

Antoine Dulin, président de la commission Insertion jeunes, regrette de fait certains choix. Evidemment, l’amputation du budget par Bercy en fait partie : « A la base, on misait sur une aide d’un milliard, voire un milliard et demi d’euros. Désormais, ce n’est plus que 550 millions d’euros qui sont ajoutés au projet de loi de finance. Evidemment, c’est un premier grand pas, mais loin des objectifs annoncés. »

Du fait de cette manne financière moins importante, l’aide ne sera pas distribuée aux jeunes précaires. En mai 2021, la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) publiait une enquête : « Un an après : l’urgence d’agir pour ne pas sacrifier la jeunesse. » 72 % des personnes interrogées de moins de 25 ans indiquaient avoir rencontré des difficultés financières depuis le début de la pandémie, notamment pour le paiement des charges liées à leur logement (50 %), pour une alimentation saine et équilibrée (52 %) ou encore, pour les personnes menstruées, pour acheter des protections hygiéniques (31 %).

« Il y a tout un travail qui reste à faire pour aider les jeunes précaires, qui représentent la majorité des jeunes avec emploi. Ils sont un angle mort de cette mesure », déplore Antoine Dulin.

De plus, le « contrat engagement jeune » ne peut durer que 12 mois maximum. Or, au vu du marché de l’emploi actuel, il est loin d’être dit qu’au bout d’un an de formation, les jeunes décrochent tous un emploi. « Ce qu’on voit avec la Garantie jeunes, dont le dispositif ne peut pas excéder un an non plus, c’est que 40 % des jeunes qui en sortent sont sans solution. C’est dommage d’avoir reproduit les mêmes biais », note l’expert.

Quelles pistes pour améliorer l’insertion des jeunes à l’emploi ?

En premier lieu, résoudre les problèmes soulevés dans la question précédente, c’est-à-dire augmenter le budget pour couvrir plus de jeunes et supprimer la durée limite d’un an, appuie Antoine Dulin.

Le revenu seul interroge également, et aurait besoin de compléments. « Avec 500 euros par mois, on est loin de pouvoir se loger ou de pouvoir se payer une complémentaire santé », ajoute Antoine Dulin. Un toit et une bonne santé qui devraient être « assurés par droit lorsqu’on suit ce genre de contrat », estime-t-il, sans nécessairement augmenter ledit revenu mensuel, même si « on aurait aimé que le salaire soit aligné sur celui du RSA (565,34 € pour une personne vivant seule) ».

C’est la question que pose cette mesure – et ces manquements : le RSA pour les jeunes. Pour le moment, il est impossible de toucher le RSA à moins de 25 ans. « Mais au fond, c’est une première brèche sur cette question », s’enthousiasme Antoine Dulin.

Autre signe d’encouragement, le chômage des jeunes – s’il atteint des proportions de façon plus importantes que chez les autres catégories d’âge – est le seul à baisser par rapport au deuxième trimestre 2020, il y a un an, selon l’Insee. Le pourcentage de jeunes de moins de 25 ans a baissé de 2,8 points, contre une augmentation nationale de 0,8 point. « Les politiques mises en place et la relance de la croissance vont résoudre une partie des problèmes », estime Antoine Dulin.