LGV Sud-Ouest : « Tout mettre en œuvre pour arrêter ce projet insensé », lance Pierre Hurmic

GRAND PROJET Le maire de Bordeaux Pierre Hurmic (EELV) a lancé les hostilités ce jeudi contre la ligne à grande vitesse vers Toulouse et Dax, projet qu’il a soigneusement pilonné alors que les collectivités sont en train de débattre de son financement

Mickaël Bosredon
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Un TGV lors d'essais d'une nouvelle ligne à grande vitesse (LGV).
Un TGV lors d'essais d'une nouvelle ligne à grande vitesse (LGV). — G. Arnaud / Eiffage
  • Ce projet de ligne à grande vitesse doit prolonger la LGV entre Paris et Bordeaux, vers Toulouse d’une part et Dax d’autre part.
  • Le maire de Bordeaux Pierre Hurmic (EELV) a décidé de lancer les hostilités contre cette ligne qu’il juge trop coûteuse et ne répondant pas aux besoins des territoires.
  • Il a créé un site Internet, Alternative LGV, autour duquel il espère fédérer toutes les associations et collectivités hostiles au projet.

Après le tronçon Paris-Bordeaux livré en 2017, la ligne à grande vitesse (LGV) se poursuivra-t-elle jusqu’à Toulouse d’une part, et Dax d’autre part ? Le maire de Bordeaux Pierre Hurmic (EELV) fera en tout cas tout pour que cela n’arrive pas, et a lancé les hostilités contre la LGV depuis sa mairie ce jeudi…

« L’heure est grave, lâche-t-il. Il faut tout mettre en œuvre pour arrêter ce projet insensé qu’est la LGV, qui avait été solennellement enterré par le président Macron en 2017. » C’est pourtant l’Etat qui l’avait finalement relancé il y a quelques mois. Pierre Hurmic lance un appel sur internet, Alternative LGV, « contre la LGV et pour relancer les trains du quotidien. »

Le débat s’annonce compliqué en conseil de métropole

Cette ligne à grande vitesse, appelée GPSO (Grand projet du Sud-Ouest) pour les deux branches, vise notamment à relier Toulouse et Paris, via Bordeaux, en un peu plus de trois heures contre environ 4h20 aujourd’hui. Le maire de Bordeaux reproche à ce projet un coût de 14 milliards d’euros (pour les deux branches), des conséquences écologiques « désastreuses » notamment pour le sud-Gironde et la forêt des Landes, et d’apporter des réponses inadéquates aux besoins quotidiens des usagers du territoire.

Alors que l’ensemble des collectivités de Nouvelle-Aquitaine sont en train de se prononcer sur leur participation financière, c’est une petite bombe que lâche l’élu écologiste. Le GPSO doit être en effet financé à hauteur de 40 % par l’Etat, 40 % par les collectivités, et 20 % par l’Europe. Mais quelques collectivités de Nouvelle-Aquitaine commencent à manifester leur hostilité au projet, ou bien se disent favorables mais refusent de sortir le chéquier. C’est dans cette brèche que le maire de Bordeaux espère s’engouffrer, pour les embarquer avec lui.

« Le président de la communauté du Pays basque et maire de Bayonne est contre, les départements de la Gironde et du Lot-et-Garonne ont dit qu’ils ne mettraient pas d’argent, le département des Pyrénées-Atlantiques dit que c’est trop cher » énumère Pierre Hurmic. En revanche, les régions Occitanie - qui a rassemblé 16 collectivités autour d’elle - et Nouvelle-Aquitaine présidées par les socialistes Carole Delga et Alain Rousset sont pour, de même que le département des Landes, ainsi que le président de Bordeaux Métropole Alain Anziani (PS), dont Pierre Hurmic est premier vice-président. Ce qui promet un débat compliqué le 26 novembre prochain, lorsque la métropole sera amenée à se prononcer sur le sujet…

Des alternatives qui seraient moins chères

« Nous savons qu’il existe des alternatives qui ont été étudiées, assure le maire de Bordeaux, elles consistent à améliorer la ligne ferroviaire existante, pour faire des trains rapides à 240-250 km/h [contre 320 km/h pour la LGV]. On essaie de nous piéger en nous disant que c’est la LGV ou rien. »

Ces projets alternatifs se chiffreraient « entre 4,6 et 7,3 milliards d’euros, met-il en avant. Et regardons les gains de temps entre la rénovation de la ligne actuelle et la LGV : entre Bordeaux et Toulouse la différence est de 22 minutes, et entre Bordeaux et Dax le delta est de 6 minutes. Faut-il toujours continuer à gagner quelques minutes de plus, quoi qu’il en coûte ? »

Quant aux collectivités d'Occitanie qui avaient participé au financement de la LGV Paris-Bordeaux, dans l'attente que la ligne soit prolongée jusqu'à Toulouse, Pierre Hurmic leur rétorque que « Toulouse sera toujours plus loin de Paris que Bordeaux, et le TGV Bordeaux-Paris leur fait déjà gagner une heure de temps... C'est pas mal. »