Coronavirus : Y a-t-il « plus de virus dans une cuillère d’eau de mer que d’Européens en Europe », comme le dit Véran ?

FAKE OFF On a interrogé le chercheur canadien à l'origine de ces travaux (promis, vous pourrrez continuer à vous baigner)

Mathilde Cousin
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Olivier Véran à l'Assemblée nationale, le 19 octobre.
Olivier Véran à l'Assemblée nationale, le 19 octobre. — WITT/SIPA
  • Auditionné mardi par le Sénat, Olivier Véran a assuré qu'il y avait « plus de virus dans une cuillère à soupe d'eau de mer qu'il n'y a d'Européens en Europe ».
  • Une façon de rappeler que nous vivons entourés de virus, sans que ceux-ci ne nous rendent forcément malades.
  • 20 Minutes a interrogé Curtis Suttle, chercheur canadien spécialiste des virus marins à l'origine de cette comparaison. 

Un bouillon de culture à chaque bain de mer ? C’est l’image convoquée par Olivier Véran, lors de son audition, mardi au Sénat, sur le projet de loi visant à prolonger le pass sanitaire. Le ministre de la Santé a avancé qu' « il y a plus de virus dans une cuillère à soupe d’eau de mer qu’il n’y a d’Européens en Europe ». Sa déclaration est visible à la 41e minute de cette vidéo.

Une comparaison choc au sujet d'une possible évolution du Covid-19. Evoquant plusieurs scénarios sur le futur de la pandémie, Olivier Véran a ainsi avancé que le virus pourrait devenir inactif et que l’on en viendrait à vivre avec comme nous vivons « avec des milliers et des milliers de virus », qui ne nous rendent pas tous malades. Comme sous l'océan, donc.

D’où vient cette image ? Est-elle juste ? 20 Minutes a interrogé le chercheur canadien Curtis Suttle, à l'origine de cette comparaison.

Une forte concentration dans l’eau de mer

On ne l’imagine pas toujours, mais les virus sont effectivement abondants dans l’eau de mer. « Dans l’eau de mer côtière, il y a environ au moins 10 millions de virus par millilitre d’eau de mer. Et même dans l’océan ouvert, loin, très loin de la terre, il y a au moins un million de virus par millilitre », avance le professeur à l'Université de la Colombie-Britannique. Une expédition scientifique, menée entre 2009 et 2013 avec l’équipe de la goélette Tara, avait recensé 200.000 virus dans les océans de la planète.

Ces virus jouent un rôle extrêmement important dans la régulation de la vie marine. « Les océans sont presque entièrement microbiens, rappelle Curtis Suttle. Ces microbes produisent la moitié de l’oxygène de la planète et les virus tuent environ 20 % de ces microbes chaque jour. Par conséquent, ils complètent vraiment le cycle de vie et de mort dans l’océan. Si vous retirez les virus de l’océan, les choses cessent de se développer, car toute vie dépend du recyclage des ressources et de la capacité à les acquérir. »

Ces virus ont aussi un rôle à jouer dans l’absorption et l’émission du CO2.

L’image utilisée par Olivier Véran, rapprochant ces virus marins et le SARS Cov-2, fait-elle sens pour autant ? Le spécialiste canadien souligne qu’il existe une très grande diversité de virus et que personne ne sait comment va évoluer celui responsable de la pandémie actuelle : « Nous sommes incapables de prédire la direction que prendront les choses. Il peut donc s’agir d’un virus qui continue à circuler, comme le virus du rhume ou la grippe, qui est un virus terrible, mais qui circule chaque année parmi les populations. »

Il est « possible que ce nouveau coronavirus soit similaire » et « qu’il finisse par établir une sorte de relation avec nous », ajoute le spécialiste. « Mais je n’irai jamais jusqu’à dire que nous devrions simplement laisser faire le virus et voir où il nous mène, car les conséquences pourraient être absolument dévastatrices. »